Il va sans dire que l’échéance présidentielle est
à l’origine du bras de fer entre les présidents Berri et
Hariri. Puis, le fait pour les chances d’une nouvelle reconduction du mandat
du président Hraoui de s’être amenuisées, a ravivé
les dissensions au niveau des seconde et troisième présidences,
dont les titulaires s’emploient à consolider leur position avant
l’avènement du futur régime...
Cependant, les “décideurs” ne paraissent pas pressés
de révéler leurs cartes et retardent le plus possible le
moment de les dévoiler. Selon des indications de source fiable,
le scénario ne serait connu que dans la première quinzaine
de septembre, plus exactement, après le sommet syro-libanais dont
la date n’a pas encore été fixée.
LA TRÊVE ÉBRANLÉE...
Cela dit, les observateurs se perdent en conjectures quant à
la persistance de la trêve déclarée entre MM. Berri
et Hariri, surtout après le retour du Premier ministre de l’étranger.
Au cours du meeting de Tallet Ar-Radar, le chef du Législatif
avait haussé le ton et décoché des flèches
encore plus empoisonnées au président du Conseil. L’entourage
de M. Berri laisse entendre que “la trêve est momentanée”
entre Koraytem et Aïn el-Tiné et serait respectée jusqu’à
l’échéance présidentielle.
La coterie du président de la Chambre ajoute que celui-ci aurait
pu forcer le Cabinet haririen à se présenter au parlement,
en le forçant à souscrire à la convocation de l’Assemblée
en session extraordinaire. Et ce, en faisant signer à soixante-cinq
députés une pétition en ce sens.
Cependant, M. Berri a jugé l’opération périlleuse
à l’approche de l’élection présidentielle, surtout
que la pétition parlementaire aurait pu être interprétée
comme un vote de défiance. Aussi, le président Berri a-t-il
évité de coincer le Cabinet au point de le contraindre à
présenter sa démission.
A ce propos, il y a lieu de faire état des critiques formulées,
tant par le ministre de la Justice contre M. Berri, que par le ministre
de la Défense contre le vice-président de la Chambre, insinuant
que “le Législatif tente d’imposer sa loi à l’Exécutif,
ce qui transgresse les clauses de la Constitution.”
KHADDAM MÊLÉ À LA POLÉMIQUE...
Les déclarations des deux membres du gouvernement auraient pu
torpiller la trêve, si M. Hariri en personne n’était entré
en contact avec ces derniers à partir de Ryad, pour leur demander
instamment de mettre un terme à la controverse au risque de tout
remettre en question.
Le ministre de l’Intérieur qui avait fait la navette, précédemment,
entre Koraytem et Aïn el-Tiné pour prévenir l’escalade,
est revenu à la charge et a contribué à réduire
la tension.
Sa tâche a été rendue complexe, après que
M. Mohsen Dalloul, ministre de la Défense, eut accusé M.
Elie Ferzli, vice-président de l’Assemblée, d’attribuer à
M. Abdel-Halim Khaddam des propos qu’il n’aurait pas tenus... Le NÞ2
du Législatif a, alors, parlé, “d’intoxication”.
D’aucuns ont prêté à M. Ferzli l’intention de dénoncer
le Premier ministre en personne, en l’accusant d’avoir transmis à
M. Khaddam des renseignements “empoisonnés” autour de l’échelle
des salaires. Et ce, en lui faisant croire que les commissions parlementaires
- dont les réunions de travail étaient présidées
par le vice-président de la Chambre - auraient doublé le
coût de l’échelle...
Suite aux nombreux points d’interrogation que ses virulentes déclarations
ont suscités, M. Ferzli a précisé qu’il n’était
pas dans son intention de porter atteinte au vice-président syrien,
mais de défendre les commissions et, surtout, de dénoncer
le comportement du président du Conseil, l’accusant d’avoir sciemment
induit Damas en erreur.
QUI ENTRETIENT LA CONFUSION?
D’autre part, M. Mohamed Abdel-Hamid Beydoun, député,
membre du bloc parlementaire du président Berri, avait tiré
à boulets rouges sur M. Hariri, dans un speech qu’il a prononcé,
dimanche dernier, au cours d’une cérémonie commémorative
organisée à l’intention du regretté éducateur
Moussa Kandil, à Bourj Kalawié. M. Beydoun s’est prononcé
en faveur de la formation, sous le futur régime, d’un Cabinet qui
ne serait pas présidé par M. Hariri, “parce que, dit-il,
au cours des dernières années du pouvoir haririen, le pays
a manqué de liberté et de transparence, alors qu’il a été
impossible de réclamer des comptes au gouvernement sur sa gestion
de la chose publique.”
Par ailleurs, des milieux parlementaires opposants font assumer au
chef du gouvernement et à son brain-trust, “la responsabilité
de semer et d’entretenir la confusion à l’approche de l’échéance
présidentielle, aux fins de faire élire un président
faible ou, tout au moins, soumis à sa férule.”
Ces mêmes milieux soutiennent que le Premier ministre agit dans
un double but: Primo, manœuvrer de manière à être “le
principal électeur” aux présidentielles. Secundo, fomenter
des problèmes susceptibles de mettre en mauvaise posture tout “présidentiable”
qui ne voudrait pas coopérer avec Koraytem ni lui confier la tâche
de former le premier gouvernement du futur régime.
Mais les milieux mentionnés disent que “le plan de Hariri est
maintenant à découvert et ne peut plus berner personne”.