ALORS QUE LA TREVE POLITIQUE A FAILLI SE ROMPRE
HARIRI SOUPCONNE DE VOULOIR PLACER SOUS SA FERULE LE FUTUR LOCATAIRE DU PALAIS DE BAABDA

Le fait pour le chef du gouvernement de s’être éloigné du pays, en passant plus d’une semaine en Sardaigne, n’a pas  aidé à mettre un terme à la polémique qui l’a opposé au chef du Législatif au cours de la dernière quinzaine. Les deux hommes ont continué à s’invectiver par amis ou alliés interposés. Il a fallu l’intervention de Damas pour calmer le jeu.

Il va sans dire que l’échéance présidentielle est à l’origine du bras de fer entre les présidents Berri et Hariri. Puis, le fait pour les chances d’une nouvelle reconduction du mandat du président Hraoui de s’être amenuisées, a ravivé les dissensions au niveau des seconde et troisième présidences, dont les titulaires s’emploient à consolider leur position avant l’avènement du futur régime...
Cependant, les “décideurs” ne paraissent pas pressés de révéler leurs cartes et retardent le plus possible le moment de les dévoiler. Selon des indications de source fiable, le scénario ne serait connu que dans la première quinzaine de septembre, plus exactement, après le sommet syro-libanais dont la date n’a pas encore été fixée.

LA TRÊVE ÉBRANLÉE...
Cela dit, les observateurs se perdent  en conjectures quant à la persistance de la trêve déclarée entre MM. Berri et Hariri, surtout après le retour du Premier ministre de l’étranger.
Au cours du meeting de Tallet Ar-Radar, le chef du Législatif avait haussé le ton et décoché des flèches encore plus empoisonnées au président du Conseil. L’entourage de M. Berri laisse entendre que “la trêve est momentanée” entre Koraytem et Aïn el-Tiné et serait respectée jusqu’à l’échéance présidentielle.
La coterie du président de la Chambre ajoute que celui-ci aurait pu forcer le Cabinet haririen à se présenter au parlement, en le forçant à souscrire à la convocation de l’Assemblée en session extraordinaire. Et ce, en faisant signer à soixante-cinq députés une pétition en ce sens.
Cependant, M. Berri a jugé l’opération périlleuse à l’approche de l’élection présidentielle, surtout que la pétition parlementaire aurait pu être interprétée comme un vote de défiance. Aussi, le président Berri a-t-il évité de coincer le Cabinet au point de le contraindre à présenter sa démission.
A ce propos, il y a lieu de faire état des critiques formulées, tant par le ministre de la Justice contre M. Berri, que par le ministre de la Défense contre le vice-président de la Chambre, insinuant que “le Législatif tente d’imposer sa loi à l’Exécutif, ce qui transgresse les clauses de la Constitution.”

KHADDAM MÊLÉ À LA POLÉMIQUE...
Les déclarations des deux membres du gouvernement auraient pu torpiller la trêve, si M. Hariri en personne n’était entré en contact avec ces derniers à partir de Ryad, pour leur demander instamment de mettre un terme à la controverse au risque de tout remettre en question.
Le ministre de l’Intérieur qui avait fait la navette, précédemment, entre Koraytem et Aïn el-Tiné pour prévenir l’escalade, est revenu à la charge et a contribué à réduire la tension.
Sa tâche a été rendue complexe, après que M. Mohsen Dalloul, ministre de la Défense, eut accusé M. Elie Ferzli, vice-président de l’Assemblée, d’attribuer à M. Abdel-Halim Khaddam des propos qu’il n’aurait pas tenus... Le NÞ2 du Législatif a, alors, parlé, “d’intoxication”.
D’aucuns ont prêté à M. Ferzli l’intention de dénoncer le Premier ministre en personne, en l’accusant d’avoir transmis à M. Khaddam des renseignements “empoisonnés” autour de l’échelle des salaires. Et ce, en lui faisant croire que les commissions parlementaires - dont les réunions de travail étaient présidées par le vice-président de la Chambre - auraient doublé le coût de l’échelle...
Suite aux nombreux points d’interrogation que ses virulentes déclarations ont suscités, M. Ferzli a précisé qu’il n’était pas dans son intention de porter atteinte au vice-président syrien, mais de défendre les commissions et, surtout, de dénoncer le comportement du président du Conseil, l’accusant d’avoir sciemment induit Damas en erreur.

QUI ENTRETIENT LA CONFUSION?
D’autre part, M. Mohamed Abdel-Hamid Beydoun, député, membre du bloc parlementaire du président Berri, avait tiré à boulets rouges sur M. Hariri, dans un speech qu’il a prononcé, dimanche dernier, au cours d’une cérémonie commémorative organisée à l’intention du regretté éducateur Moussa Kandil, à Bourj Kalawié. M. Beydoun s’est prononcé en faveur de la formation, sous le futur régime, d’un Cabinet qui ne serait pas présidé par M. Hariri, “parce que, dit-il, au cours des dernières années du pouvoir haririen, le pays a manqué de liberté et de transparence, alors qu’il a été impossible de réclamer des comptes au gouvernement sur sa gestion de la chose publique.”
Par ailleurs, des milieux parlementaires opposants font assumer au chef du gouvernement et à son brain-trust, “la responsabilité de semer et d’entretenir la confusion à l’approche de l’échéance présidentielle, aux fins de faire élire un président faible ou, tout au moins, soumis à sa férule.”
Ces mêmes milieux soutiennent que le Premier ministre agit dans un double but: Primo, manœuvrer de manière à être “le principal électeur” aux présidentielles. Secundo, fomenter des problèmes susceptibles de mettre en mauvaise posture tout “présidentiable” qui ne voudrait pas coopérer avec Koraytem ni lui confier la tâche de former le premier gouvernement du futur régime.
Mais les milieux mentionnés disent que “le plan de Hariri est maintenant à découvert et ne peut plus berner personne”.

 Par NADIM EL-HACHEM

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