

CONJONCTION D’INTÉRÊTS AVEC BERRI
En réponse à une question concernant ses relations avec
le chef du Législatif, M. Bouez dit qu’il voue au président
Berri une grande admiration, avant d’enchaîner: “Il y a une conjonction
d’intérêts qui nous rapprochent et je souhaite approfondir
davantage nos relations.”
A la question: Le ministère des A. E. serait-il transféré
à l’ancien palais du gouvernement, sis à Sanayeh, maintenant
que la présidence du Conseil a déménagé au
grand sérail? M. Bouez répond par la négative,
en précisant que le président Hariri lui en avait fait la
proposition il y a deux ans. Puis, le Conseil des ministres a décidé
de parachever la construction du siège du ministère à
Baabda, non loin du palais présidentiel. “Par la suite, poursuit-il,
la Cour des comptes a émis un avis contraire, alors qu’elle n’en
a pas le droit”...
En ce qui concerne le rôle de l’Europe dans le processus de paix
au Proche-Orient, le ministre des A.E. souhaite qu’il soit plus efficace.
“Malheureusement, observe-t-il, les dissensions intereuropéennes
entravent l’action de l’U.E. et restreignent sa capacité d’intervention,
certains parmi les “Quinze” jugeant inutile tout rôle qu’ils pourraient
jouer indépendamment des Etats-Unis.”
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
- Votre nom figure sur la liste des présidentiables: quel
est votre programme et qui soutient votre candidature?
“Au Liban, il n’y a pas, à proprement parler et au sens juridique,
de candidats déclarés à la présidence de la
République. Maintes fois, la Chambre a porté à la
magistrature suprême des personnalités qui n’avaient pas posé
leur candidature.
“Quoi qu’il en soit, le futur chef de l’Etat doit prendre conscience
des lourdes responsabilités qu’il aura à assumer et des grandes
difficultés auxquelles il sera confronté, en raison du gel
du processus de paix au Proche-Orient, ce qui a des répercussions
politico-économiques au plan local.
“Le Liban ne peut plus se contenter d’être un pays de services;
il est tenu de développer les secteurs productifs et de procéder
à une réforme radicale de l’Administration étatique.
Sans perdre de vue la dette publique qui a atteint un nouveau plafond.
“Au plan politique, il faut d’urgence appliquer l’accord de Taëf
dans son esprit et sa lettre, afin de ramener la confiance dans l’Etat,
du moins dans une première étape, en prévision des
réformes constitutionnelles à réaliser.”
Et de soutenir: “L’édification de l’Etat des institutions chez
nous est soumise à une orientation politique de la part de l’Etat
et non des personnes. Elle constitue une continuité des constantes
de la politique libanaise, sans que celles-ci changent avec les personnes.”
QUID DU SOMMET ARABE?
- Un sommet arabe se tiendra-t-il dans un avenir prévisible,
surtout si Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne, reconnaît
l’échec des négociations avec Israël?
“Tous les efforts visant à convoquer un sommet arabe ont trébuché
jusqu’ici, en raison des dissensions interarabes.
“Parlons en toute franchise, la tenue d’un sommet arabe, sans en assurer
au préalable le succès et l’adoption de résolutions
fermes, courageuses et contraignantes, n’est pas recommandée ni
désirable.
“Il est donc plus important d’assurer le succès du sommet, que
de le préparer. Nous sommes avec un sommet réalisant parfaitement
la gravité de la situation à laquelle nous avons abouti dans
la région, de même que le négativisme de Netanyahu,
sans persister à faire des paris stériles.
“De là, nous sommes pour un sommet qui annulerait toute forme
de normalisation avec l’Etat hébreu, suite au pari sur l’instauration
de la paix. Un sommet qui utiliserait toutes les potentialités politiques
et économiques arabes en vue de consacrer notre droit.”
- La motion portant dissolution de la Knesset, si elle était
adoptée, serait-elle dans l’intérêt de Netanyahu ou
de ses adversaires?
“Le fait pour certains régimes arabes de ne pas dénoncer
la politique de Netanyahu, incite l’Occident à ne pas prendre l’initiative
de la condamner. Ceci rend inefficace l’opposition à la politique
du Premier ministre israélien de l’intérieur.
“Pourquoi voulez-vous que le peuple israélien dénonce
cette politique erronée, du moment que Netanyahu peut torpiller
la paix sans en payer le prix?”
LA PROPOSITION FRANCO-ÉGYPTIENNE
A propos de la proposition franco-égyptienne relative à
la tenue d’une conférence des pays désireux de sortir le
processus de paix au P.-O. de l’impasse, M. Bouez émet ces réflexions:
“Si une telle conférence a pour but de réactiver l’opération
de paix selon les principes et le mécanisme définis à
Madrid, elle sera la bienvenue.
“Mais si elle vise à préconiser un nouveau mécanisme
de paix ou à modifier les principes de Madrid, nous nous y opposerons,
car une telle initiative donne à Netanyahu un prétexte pour
torpiller l’opération de paix et parier sur le facteur temps, en
suscitant une controverse sur le nouveau mécanisme qui débouchera
sur le néant.”
- Quelle a été la réponse du secrétaire
général des Nations Unies sur le mémoire libanais
relatif à l’application de la résolution 425 du Conseil de
Sécurité?
“La réponse de M. Kofi Annan a été contradictoire
et complaisante à la fois. En effet, d’un côté, il
s’est prononcé en faveur de l’application de cette résolution,
parce qu’elle ne comporte pas de conditions politiques ou militaires et,
de l’autre, il considère la proposition israélienne comme
un pas positif.
“La position de M. Annan paraît donc ambiguë par rapport
au Liban. Nous demandons donc au Conseil de Sécurité d’appliquer
ses résolutions sans complaisance, ni hésitation et, surtout,
sans se baser sur des critères différents, selon les Etats
et les circonstances.”