KARAM EVOQUE AVEC LE MINISTRE DES A.E. DES QUESTIONS INTERESSANT LA PRESSE
BOUEZ: "LE DERNIER MOT DANS LES PRESIDENTEILLES EST A L'ASSEMBLEE NATIONALE"

Le dernier mot dans les présidentielles revient à l’Assemblée nationale et le futur chef de l’Etat doit avoir conscience des grandes difficultés auxquelles il sera confronté, en raison du gel du processus de paix et de ses répercussions politico-économiques au plan local”, a déclaré M. Farès Bouez, ministre des Affaires étrangères, en recevant au palais Bustros, M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes, venu l’entretenir de questions intéressant la Presse.
Le chef de la diplomatie soupçonne Israël et la juiverie américaine d’avoir fomenté le scandale de “Monicagate”, en vue d’affaiblir le chef de l’Exécutif américain et, partant, de l’empêcher d’exercer des pressions sur Netanyahu, à l’effet de favoriser un règlement juste du conflit israélo-arabe.
En ce qui concerne la position du secrétaire général de l’ONU envers la résolution 425, le chef du palais Bustros l’a qualifiée de “contradictoire” et d’ambiguë”.
L’AFFAIRE “MONICAGATE”
Interrogé sur l’affaire de “Monicagate” dans laquelle le président Clinton est impliqué, M. Bouez pense que “rien dans la loi américaine ne justifie la destitution du chef de la Maison-Blanche pour un tel motif.”
Puis, il soupçonne Israël d’avoir fomenté ce scandale pour neutraliser l’action de l’Administration US, dont l’attitude est objective. “Cette affaire, ajoute-t-il, aura ses répercussions sur la politique internationale des Etats-Unis, les responsables de ce pays devant s’employer, à présent, à redorer le blason du président, plutôt qu’à se pencher sur les dossiers chauds de la planète.
“Quoi qu’on dise, le président Clinton jouit toujours du soutien de la population, ainsi que le montrent les derniers sondages d’opinion. Ceci lui permettra de se maintenir au pouvoir jusqu’à la fin de son second quadriennat.”

CONJONCTION D’INTÉRÊTS AVEC BERRI
En réponse à une question concernant ses relations avec le chef du Législatif, M. Bouez dit qu’il voue au président Berri une grande admiration, avant d’enchaîner: “Il y a une conjonction d’intérêts qui nous rapprochent et je souhaite approfondir davantage nos relations.”
A la question: Le ministère des A. E. serait-il transféré à l’ancien palais du gouvernement, sis à Sanayeh, maintenant que la présidence du Conseil a déménagé au grand sérail? M. Bouez répond par la négative, en précisant que le président Hariri lui en avait fait la proposition il y a deux ans. Puis, le Conseil des ministres a décidé de parachever la construction du siège du ministère à Baabda, non loin du palais présidentiel. “Par la suite, poursuit-il, la Cour des comptes a émis un avis contraire, alors qu’elle n’en a pas le droit”...
En ce qui concerne le rôle de l’Europe dans le processus de paix au Proche-Orient, le ministre des A.E. souhaite qu’il soit plus efficace. “Malheureusement, observe-t-il, les dissensions intereuropéennes entravent l’action de l’U.E. et restreignent sa capacité d’intervention, certains parmi les “Quinze” jugeant inutile tout rôle qu’ils pourraient jouer indépendamment des Etats-Unis.”

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE
- Votre nom figure sur la liste des présidentiables: quel est votre programme et qui soutient votre candidature?
“Au Liban, il n’y a pas, à proprement parler et au sens juridique, de candidats déclarés à la présidence de la République. Maintes fois, la Chambre a porté à la magistrature suprême des personnalités qui n’avaient pas posé leur candidature.
“Quoi qu’il en soit, le futur chef de l’Etat doit prendre conscience des lourdes responsabilités qu’il aura à assumer et des grandes difficultés auxquelles il sera confronté, en raison du gel du processus de paix au Proche-Orient, ce qui a des répercussions politico-économiques au plan local.
“Le Liban ne peut plus se contenter d’être un pays de services; il est tenu de développer les secteurs productifs et de procéder à une réforme radicale de l’Administration étatique. Sans perdre de vue la dette publique qui a atteint un nouveau plafond.
“Au plan politique, il faut d’urgence appliquer l’accord de Taëf dans son esprit et sa lettre, afin de ramener la confiance dans l’Etat, du moins dans une première étape, en prévision des réformes constitutionnelles à réaliser.”
Et de soutenir: “L’édification de l’Etat des institutions chez nous est soumise à une orientation politique de la part de l’Etat et non des personnes. Elle constitue une continuité des constantes de la politique libanaise, sans que celles-ci changent avec les personnes.”

QUID DU SOMMET ARABE?
- Un sommet arabe se tiendra-t-il dans un avenir prévisible, surtout si Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne, reconnaît l’échec des négociations avec Israël?
“Tous les efforts visant à convoquer un sommet arabe ont trébuché jusqu’ici, en raison des dissensions interarabes.
“Parlons en toute franchise, la tenue d’un sommet arabe, sans en assurer au préalable le succès et l’adoption de résolutions fermes, courageuses et contraignantes, n’est pas recommandée ni désirable.
“Il est donc plus important d’assurer le succès du sommet, que de le préparer. Nous sommes avec un sommet réalisant parfaitement la gravité de la situation à laquelle nous avons abouti dans la région, de même que le négativisme de Netanyahu, sans persister à faire des paris stériles.
“De là, nous sommes pour un sommet qui annulerait toute forme de normalisation avec l’Etat hébreu, suite au pari sur l’instauration de la paix. Un sommet qui utiliserait toutes les potentialités politiques et économiques arabes en vue de consacrer notre droit.”

- La motion portant dissolution de la Knesset, si elle était adoptée, serait-elle dans l’intérêt de Netanyahu ou de ses adversaires?
“Le fait pour certains régimes arabes de ne pas dénoncer la politique de Netanyahu, incite l’Occident à ne pas prendre l’initiative de la condamner. Ceci rend inefficace l’opposition à la politique du Premier ministre israélien de l’intérieur.
“Pourquoi voulez-vous que le peuple israélien dénonce cette politique erronée, du moment que Netanyahu peut torpiller la paix sans en payer le prix?”

LA PROPOSITION FRANCO-ÉGYPTIENNE
A propos de la proposition franco-égyptienne relative à la tenue d’une conférence des pays désireux de sortir le processus de paix au P.-O. de l’impasse, M. Bouez émet ces réflexions: “Si une telle conférence a pour but de réactiver l’opération de paix selon les principes et le mécanisme définis à Madrid, elle sera la bienvenue.
“Mais si elle vise à préconiser un nouveau mécanisme de paix ou à modifier les principes de Madrid, nous nous y opposerons, car une telle initiative donne à Netanyahu un prétexte pour torpiller l’opération de paix et parier sur le facteur temps, en suscitant une controverse sur le nouveau mécanisme qui débouchera sur le néant.”

- Quelle a été la réponse du secrétaire général des Nations Unies sur le mémoire libanais relatif à l’application de la résolution 425 du Conseil de Sécurité?
“La réponse de M. Kofi Annan a été contradictoire et complaisante à la fois. En effet, d’un côté, il s’est prononcé en faveur de l’application de cette résolution, parce qu’elle ne comporte pas de conditions politiques ou militaires et, de l’autre, il considère la proposition israélienne comme un pas positif.
“La position de M. Annan paraît donc ambiguë par rapport au Liban. Nous demandons donc au Conseil de Sécurité d’appliquer ses résolutions sans complaisance, ni hésitation et, surtout, sans se baser sur des critères différents, selon les Etats et les circonstances.”


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