Editorial


Par MELHEM KARAM 

 
EN SON ABSENCE, LA GESTION POLITIQUE SE ROUILLE
LA NATURE DU SYSTÈME REND INÉVITABLE LE CONFLIT PERMANENT ENTRE LES PRÉSIDENTS BERRI ET HARIRI 
Nous trouvons étrange qu’une telle dimension soit donnée aux conflits entre les deuxième et troisième présidences; que les proches se mobilisent pour dissiper le nuage et rasséréner l’atmosphère. Alors que la manière saine de traiter cette affaire consiste à insérer ces litiges au cœur de l’action responsable, au double plan législatif et exécutif.
Si le ton de ces dissensions s’atténue, l’action politique en leur absence se rouille et devient terne. La législation libanaise est équilibrée ou ainsi elle paraît, parce que les législateurs ont conscience de leurs charges. Et parce que le président de la Chambre, avocat de carrière, s’est entraîné, de l’université au palais de Justice, à assumer la présidence du Pouvoir législatif. C’est la trilogie, base du jeu législatif.
De là, l’idée d’une coopération quotidienne continue entre le parlement et le palais de Justice, avec ses magistrats et ses avocats, les Ordres de la Presse et les journalistes, la Faculté de Droit avec ses professeurs et ses étudiants.
Revenons à l’histoire du conflit opposant les présidents Berri et Hariri. On ne devrait pas l’appeler ainsi, car c’est un fait résultant de la séparation des pouvoirs. Nous sommes dans la IIème république et ne pouvons pas l’appeler IIIème république, même si certains utilisent ce terme. Car le système européen et, surtout, français, part du principe que la république ne change que par le changement total de sa Constitution.
En 1926, il y a eu un changement pour la première fois au Liban, sans être suivi d’un autre changement. Ce jour-là, il y a eu la Constitution libanaise qui n’a pas été modifiée depuis lors. Oui, certaines de ses clauses ont été amendées, sans que la loi fondamentale soit révisée dans son ensemble. Et la Constitution a consacré la base de la séparation des pouvoirs. Il en a été ainsi avec chaque Constitution, depuis la révolution française, celle de 1789. Et cette séparation mène, naturellement, aux divergences que nous ne devons pas considérer comme une entrave, mais de la coordination, si cette coordination opte pour le réalisme.
Youssef Saouda, l’un de nos grands, est revenu dans les années cinquante du Brésil où il a été ambassadeur. Et peu après son retour il a dit: “Un nouveau terme bourdonne dans mon oreille que je n’entendais pas auparavant. C’est le mot “éveil”. Comme bourdonne dans les oreilles, aujourd’hui, le mot “plafond”. Comme si l’Arabe est appelé à s’entraîner, négativement, pour se retrouver assis et, peut-être, paralytique sous un plafond!
L’important est qu’il existe un plafond. Chacun est à la recherche d’un plafond, lequel serait une tente ou une ombrelle; cela n’est pas une chose dangereuse. Un homme politique conseille à l’autre de ne pas rester seul, à découvert, mais de se placer sous un plafond. L’éveil qui s’accroît ne reste pas sous un plafond; il le traverse. Et le conflit entre les deux présidences, sorti de sous le plafond, doit rester à l’air libre.
Bienvenue à l’initiative! Où est l’étrange et le nouveau en elle?
La nature du système exige cela et la revitalisation de la vie politique est une action bénie, à condition de maintenir la controverse à un niveau digne de deux institutions pareilles au parlement et au gouvernement.
Aujourd’hui, sous l’ardeur du litige entre les présidents des Pouvoirs exécutif et législatif, on parle de l’échéance présidentielle qui intéresse tous les Libanais. La décision, il est vrai, est sujette à des ingérences extérieures et tel a été le cas de la présidence depuis que le Liban existe. Il n’y a rien de nouveau en cela. Cependant, nous nous soucions du fait que l’option soit libanaise. Et l’option des Libanais est incarnée par la Chambre. De là, nous nous adressons au président Nabih Berri pour lui dire: Votre souci, vous et vos frères, comme le souci du gouvernement, est que le futur président doit émaner de nos volontés et que celles-ci le bénissent.
Quant à la cause du Sud, elle ne pose plus aucun problème. Nous adoptons à l’égard du Sud une position unique. De même par rapport à la résolution 425. Je ne dis pas cela, parce que la façon d’agir, aujourd’hui, part d’une relation privilégiée avec la Syrie sœur et du Liban-Sud.
Non, l’intérêt que nous portons à nos crises intérieures et à nos symboles nationaux exige de nous de dire cela. Puis, il y a aussi nos obsessions nationales: le Sud, la démocratie, la paix, l’option libanaise et la liberté. J’ai dit paix et non trêve, ni cessez-le-feu. Parce que la trêve est une solution militaire passagère au conflit, alors que la paix en est la solution politique. C’est-à-dire la solution stable permanente; d’où la nécessité qu’elle soit juste et globale. Il y a une grande différence entre une trêve éphémère et une paix permanente. Il existe entre nous et Israël un accord d’armistice signé en 1949. A quoi a-t-il abouti au plan du règlement du conflit et qu’a-t-il réalisé? Rien.
Les questions de l’heure dans nos obsessions, sont les prémi-ces d’une offensive féroce contre la Presse, nous venant locale-ment et de l’extérieur. Pour y faire face, nous disons avec une dé-termination décisive que nous appelons à l’application de la loi sur l’enrichissement illicite. Et commençons par la Presse; par le contrôle de ses rentrées. Nous n’avons pas de mérite, du mo-ment que la loi le stipule. Et cette loi, nous avons contribué à son élaboration, par souci de la transparence. C’était dans le passé. Quant à la transparence, aujourd’hui, terme très moderne tra-duit du français, elle ne suffit que sur le plan du principe. Aussi, appelons-nous à l’application de la loi pour renforcer la trans-parence, connaître l’origine de ces rentrées. S’il en est parmi nos confrères qui auraient des rentrées suspectes, nous les sanction-nerions nous-mêmes et inviterions l’autorité à les châtier.
Nous voulons engager un dialogue avec le Pouvoir autour de nos rentrées et discuter nos problèmes à l’ombre de la logique convaincante. Porter atteinte à la Presse et tenter de minimiser son rôle, qui cela sert-il? Et qui glorifie-t-il? Personne. Il rapetisse tout le monde. Le grand rôle de la Presse est une voile de sauvetage à tous ceux qui nagent dans les eaux du verbe. Puis, parlons en toute franchise: l’un des événements les plus importants de notre temps, est le carnage de Cana. Y a-t-il quelque chose de plus grand?
Parlons avec plus de franchise: Sans la Presse, la façon dont a été traité le massacre de Cana aux plans local, arabe et international, aurait-elle été de la dimension qui a été la sienne? Nous voulons un dialogue autour de tout ce qu’accomplit la Presse, d’une position sage et d’un angle conscient; un dialogue qui serait le fils de la raison et de la logique, loin de la dureté, de l’impulsivité, des séquelles et des idées préconçues.
Y a-t-il de la dureté dans ce que je dis? Pas du tout. Ceux qui savent combien nous avons enduré en faveur de la liberté journalistique et combien nous lui avons offert de sacrifices et de martyrs, nous donnent raison. Le salut du martyr pour être agréé par lui, doit être pareil au sien et rendu avec sincérité.
Ainsi, la marche se perpétuera. Nous appelons, nous autres, en permanence à la transparence, à la révélation des rentrées et à la dénonciation des suspectes parmi elles, Dieu, la patrie et la conscience professionnelle étant notre but au début et à la fin. 
Photo Melhem Karam

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