AMBASSADEUR DU JAPON A BEYROUTH DEPUIS MARS 1998
MATSUSHIRO HORIGUCHI:"LE GOUVERNEMENT DE TOKYO SOUHAITE CONTRIBUER A L'INSTAURATION DE LA PAIX AU PROCHE-ORIENT"
"BIEN DE NOS SOCIETES SONT PRETES A FINANCER LES PROJETS DE LA RECONSTRUCTION AU LIBAN", AJOUTE LE DIPLOMATE JAPONAIS

Diplomate de carrière, M. Matsushiro Horiguchi, nouvel ambassadeur du Japon à Beyrouth - il a présenté ses lettres de créance le 27 mars 1998 - est diplômé (BA) de l’université de Tokyo et du “Yale Graduate School” (MA).
Ayant rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1968, il a été affecté au bureau des affaires économiques (Gatt division), avant d’être transféré à l’ambassade de la République de Corée en qualité de troisième secrétaire (1971-73).
Rappelé à l’administration centrale, il a été affecté au bureau des Affaires asiatiques jusqu’en 1975, date à laquelle il a été attaché au bureau des Nations Unies; puis, à la Division de coopération multilatérale (bureau de la coopération économique).
De 1979 à 1981, il est premier secrétaire près l’ambassade du Japon à Pékin; de 1981 à 1984, premier secrétaire près la délégation de l’OECD; de 1984 à 1985, “senior assistant” de la Division de la coopération politique.
En 1985, il assume les fonctions de directeur de l’Office de la loi sur la mer et, en 1988, celles de directeur du bureau de l’immigration relevant du ministère de la Justice. De 1990 à 93, il est muté à l’ambassade de Myanmar avec rang de ministre délégué; de 1993 à 96, il fait partie de la délégation permanente auprès des Nations Unies; de 1996 à 98, il est nommé consul général à Edimbourg (Ecosse) jusqu’en 1998, date à laquelle il a été transféré à Beyrouth avec rang d’ambassadeur.
- Comment qualifiez-vous les relations du Japon avec le monde arabe, en général et le Liban en particulier? Quel est le volume des échanges de part et d’autre?
“Le monde arabe est une région importante pour le Japon, 80% de ses importations en pétrole venant des pays arabes. La stabilité et la paix au Proche-Orient sont indispensables pour  l’économie japonaise.
“Une des quatre origines de la civilisation où existe une longue histoire et un héritage ancien important, le monde arabe, constitue une zone touristique de grande importance pour les Japonais.
“Le Liban est connu au Japon avec ses beaux paysages, sa riche culture, sa nourriture délicieuse et son peuple chaleureux, accueillant et hospitalier. Il a été le centre financier et commercial du Proche-Orient pour 124 compagnies japonaises. C’est un pays qui œuvre pour la reconstruction et le développement après la destruction survenue durant dix-sept années de guerre.
“Le Japon souhaiterait élargir son assistance basée sur sa propre expérience de redressement pour effacer les séquelles de la guerre depuis cinquante ans. En 1997, les importations japonaises du Proche-Orient ont atteint 38,3 billions de dollars (8,6%+), alors que les exportations pour cette région ont été de 12,1 billions de dollars - (12,8%+).
“Dans la même année, les importations japonaises du Liban ont été de 3,5 millions de dollars - (7,9%+), alors que les exportations vers le Liban se sont élevées à 172,5 millions de dollars - (23,6%).”

CONTRIBUTION À LA RECONSTRUCTION
- Les entreprises japonaises contribuent-elles, dans quels domaines et secteurs, à la reconstruction des régions libanaises dévastées par la guerre ou à la remise en état de nos infrastructures?
“Le gouvernement japonais a élargi ses engagements en accordant des prêts en yen de l’ordre de 100 millions de dollars pour le financement de projets visant à contrôler la pollution de la mer et l’approvisionnement en eau. Le premier pas pour ce projet sera entamé en automne 1998. Au cas où une société japonaise reçoit l’ordre de l’exécution de ce projet, elle sera la première à participer à la reconstruction du Liban.
“Vu que le gouvernement japonais va élargir le prêt et prendre la décision de financer d’autres projets de reconstruction au Liban, de plus en plus bien des sociétés japonaises participeront au processus.”

LA CRISE ÉCONOMIQUE DE L’ASIE
- Quel est l’impact de la crise économico-financière ayant secoué, dernièrement, le continent asiatique?
“La part mondiale du GNP est de 26% US, 29% EU, 17% Japon, Chine moins que 3%; Corée moins que 2%. L’Indonésie moins que 1%; la Thaïlande moins 0,6%. Le rapport du BIS sur la part du Japon des Etats-Unis et de l’Europe Unie dans les montants non payés, accordés comme crédits pour la Corée, l’Indonésie et la Thaïlande vers la fin de juin 1997 apparaît comme suit: Japon 38%, EU 33%, US 8%. Ceci montre que le Japon et l’Europe sont profondément intégrés dans la crise économique de l’Asie.
“Le Japon voit cette crise comme un problème de communauté internationale et contribue aux efforts internationaux pour la juguler. Le total des montants accordés par le Japon à ces trois pays est de 19 billions de dollars pour le  Japon, alors qu’il est, pour les Etats-Unis, de 8 billions et l’EU de 6,25 billions de dollars.
“Comme facteur commun des crises, quelques monnaies asiatiques ont été converties en dollars. L’augmentation de la valeur du dollar, depuis 1995, a impliqué une parallèle augmentation de la valeur de ces monnaies asiatiques qui ont conduit à un abaissement de la compétitivité et même, à un déficit du commerce et des comptes courants.
“Ces pays adoptent beaucoup les prêts à court terme pour financer les projets à long terme. Ils ne peuvent gérer leurs paiements d’une façon propre, ce qui mène à la crise financière. Les facteurs de base de l’achèvement remarquable dans les décades précédentes comme: la proportion élevée de l’épargne domestique, l’éthique du travail sérieux, les entrepreneurs bien entraînés et la main-d’œuvre sont toujours présents. Après quelques années de réajustement, les économies de ces pays vont se développer de nouveau et s’accroître.”

CAUSE D’UNE DÉFAITE
- Comment expliquer la défaite du parti gouvernemental et la victoire du parti libéral démocrate aux dernières élections?
“Le gouvernement de Hashimoto ne pouvait pas éviter la faillite économique, l’économie s’étant altérée durant les cinquante dernières années.
“M. Kan, du parti démocrate, proposa une nouvelle politique basée sur le populisme qui reste encore à tester. Les électeurs ont donc opté pour le parti démocrate pour stimuler la politique du Japon.”

- Les milieux économiques japonais ont réclamé un “homme à poigne” à la tête du Cabinet, après la démission de M. Hashimoto, M. Obuchi, chef de la diplomatie est-il cet homme? On dit de lui que c’est un “homme de consensus” capable de rechercher des compromis avec l’opposition conservatrice et, partant, de faire avancer les réformes?
“Dans l’Histoire japonaise, “l’homme à poigne” a été un homme de consensus et M. Obuchi est l’un d’eux. Dans la politique japonaise, les leaders politiques ont prévu d’établir un consensus pour persuader les partis d’opposition d’assumer les responsabilités des décisions politiques qui seront formulées par les bureaucrates et approuvées par le Cabinet. Il n’est pas sûr que ce processus de décision peut être efficace dans le climat politique japonais actuel. Le processus traditionnel pour formuler le consensus est la voie la plus sûre pour changer le Japon, même si cela devait prendre plus de temps pour opérer le changement que souhaitent les Japonais.”

DYNAMISER L’ÉCONOMIE NATIONALE
- Le Japon est confronté, dit-on, à des défis graves et à des options vitales pour son avenir. Quel serait l’ordre des priorités par rapport aux problèmes à résoudre?
“Premièrement, il est  très important de revitaliser l’économie japonaise. Pour cela le gouvernement a adopté une série de mesures, dont le renforcement des banques et des institutions financières par l’injection de capitaux publics de l’ordre approximativement de 240 billions de dollars, en arrêtant ou en diminuant les entrées de fonds, les produits et les autres taxes approximatifs de 16 billions de dollars.
“Le nouveau gouvernement s’est engagé à prendre davantage de mesures nécessaires. Le système japonais dans l’administration des finances, de l’assistance/sécurité, de l’éducation et d’autres domaines, utilisé pour bien travailler relativement dans les cinq dernières décades, est maintenant soumis à un examen fondamental et à une réforme pouvant dynamiser la totalité du système pour la préparation de l’avènement du XXIème siècle.
“Parmi les problèmes que nous confrontons, je citerai les suivants:
1) Comment réformer les institutions bancaires qui ont des prêts non performés résultant des investissements optimistes durant la période de 1980?
2) Comment dérégulariser les activités économiques afin de renforcer les initiatives au secteur privé?
3) Comment améliorer la créativité dans les écoles d’enfants?
4) Comment améliorer notre santé et le bien-être dans notre société qui compte beaucoup de personnes âgées?
“Tous ces problèmes exigent notre attention et nous stimulent.”
“Le Japon possède des industries de base très fortes comme les industries de haute technologie. L’industrie automobile réalise des pourcentages d’épargne élevés qui peuvent être mobilisés pour des investissements et possède, également, une main-d’œuvre bien instruite et bien entraînée. Mes prévisions sont optimistes: le Japon va revenir sur le marché de la concurrence.”

- La Corée du Sud a invité vingt compa-gnies étrangères - japonaises notamment - à racheter “Kia Motors”. Tokyo réagira-t-il, positivement, à cet appel?
“Je comprends que Mazda, depuis des années, a établi des relations de coopération avec Kia, mais Mazda a ses propres problèmes et je crains qu’elle ne puisse pas aider la Kia; c’est assez difficile.”

TOKYO ET LE CONFLIT ISRAÉLO-ARABE
- Quelle est la position de Tokyo envers la crise israélo-arabe et, surtout, les mesures arrêtées par Tel-Aviv pour judaïser Jérusalem? Le gouvernement japonais peut-il jouer quelque rôle dans l’opération de paix au Proche-Orient pour la sortir de l’impasse?
“Tokyo avait déjà apporté son appui à la position arabe au processus de paix. En ce qui concerne la décision des Israéliens d’approuver un plan étendant l’autorité municipale de Jérusalem, le gouvernement japonais la regrette, car elle affecte, négativement, le processus de paix qui passe par une étape critique.
“Le Japon est profondément intéressé à cette question et a déjà joué un rôle important dans la coopération multilatérale pour promouvoir le développement régional. Pour les Palestiniens, le gouvernement japonais a consenti une donation de 350 millions de dollars, le plus grand montant d’aide accordé par un seul pays.
“Le Japon désire contribuer au processus de paix à travers le dialogue avec les parties concernées, encourageant les circonstances favorables pour aboutir à une paix juste et compréhensive.”

RELATIONS SINO-AMÉRICANO-NIPPONES
- Quelle est la réaction des autorités japonaises à l’expansion de l’Otan vers les pays de l’Est?
Comment ont-elles réagi au rapprochement entre la Chine et les Etats-Unis, concrétisé par la récente visite du président Clinton à Pékin?
“Le Japon n’a aucune raison d’être mécontent de l’expansion de l’Otan vers les pays de l’Est qui sont arrivés à un accord avec cette organisation.
“Le gouvernement japonais accueille favorablement les nouvelles relations formées entre les Etats-Unis et la Chine, les deux pays étant d’une grande importance pour le Japon.
“Une meilleure compréhension entre les Etats-Unis et la Chine est bénéfique au Japon pour renforcer ses relations bilatérales avec chacun de ces deux pays. De même, ceci peut réduire les doutes possibles éprouvés par chacun d’eux pour une relation plus profonde du Japon vis-à-vis de l’autre partie.”

- Quel est votre meilleur souvenir de diplomate?
“Quand j’étais à l’ambassade de Pékin, de février 1979 à août 1981, Deng Xiao Ping a détrôné Hua-Guo-Feng qui a été nommé comme héritier de Mao-Tsé Tung par Mao lui-même. Il a commencé à moderniser l’économie en y introduisant quelques éléments du mécanisme du marché et ouvrant de nouvelles relations avec les pays industrialisés.
“A la demande du gouvernement chinois, le gouvernement du Japon a commencé à financer plusieurs projets de modernisation en Chine. J’ai participé dès le début à toutes les négociations entre les deux gouvernements, tout en connaissant totalement le sens et la portée historique de la Chine moderne, ainsi que des relations sino-japonaises. Cette assistance économique japonaise a contribué, grandement, au démarrage de l’économie chinoise dans les années 80. Je suis très heureux du progrès remarquable de l’économie chinoise, réalisé au cours des vingt dernières années.”

JEANNE MASSAAD

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