SUITE AUX MENACES ISRAELIENNES ET A L'ESCALADE AU LIBAN-SUD
PRIORITE A LA CONSOLIDATION DU FRONT INTERIEUR EN PREVISION DES PRESIDENTIELLES

La dégradation de la situation au Liban-Sud a atteint son paroxysme mardi dernier, après que les Israéliens eurent attenté à la vie de Houssam el-Amine, responsable de “Amal” et pilonné des objectifs civils dans la zone frontalière et la Békaa ouest,  violant par deux fois “l’entente d’avril 96”.

Ceci a provoqué une riposte de la part de la Résistance qui a lancé des dizaines de katiouchas sur le nord d’Israël.
S’agit-il d’une ingérence israélienne dans l’échéance présidentielle, visant à perturber la situation intérieure?
Israël accuse “Amal” d’intensifier ses opérations contre “Tsahal” depuis près d’un an et lui fait assumer la responsabilité de la mort de cinq de ses soldats à Wadi Slouki depuis quelques mois. Il précise que l’attentat contre el-Amine a été exécuté par décision du conseil ministériel restreint de l’Etat hébreu.
Le pilonnage du Sud et de la Békaa ouest s’est soldé par sept blessés, en plus de la mort de Houssam el-Amine, alors que douze personnes ont été blessées en haute Galilée, suite aux tirs de “Amal” et du “Hezbollah”.
Cette tragique évolution ayant entraîné la coupure du courant électrique dans toutes les colonies de peuplement dans le nord d’Israël, de l’aveu des responsables, a contraint les colons à passer la nuit de mercredi à jeudi dans les abris. Et ce, suite à l’agression israélienne perpétrée contre une position des forces arabes syriennes à Machghara, ce qui a fait dire au président Hraoui en Conseil des ministres: “Il s’agit de ballons d’essai politiques auxquels Netanyahu nous a habitués, en vue de semer le trouble dans le pays.”

BERRI EXPRIME SES CRAINTES
Au cours des jours précédents, le président Nabih Berri avait exprimé ses craintes d’un nouveau recours de l’ennemi israélien à l’escalade. Selon certains renseignements, M. Berri était personnellement visé et ses proches lui ont conseillé de quitter Msaileh. Mais il a préféré rester parmi les Sudistes.
De son côté, le président Hariri, tout en qualifiant la situation au Liban-Sud d’inquiétante, a reçu des assurances, selon lesquelles “le Liban ne ferait pas l’objet d’une agression d’envergure.”
En ce qui concerne la “trêve” observée entre les présidents de l’Assemblée et du Conseil, des députés ayant conféré mercredi avec le président Berri, lui ont attribué des propos dont il ressort “qu’aucun conflit personnel ne l’opposait à M. Hariri.”
Quant à la convocation de la Chambre en session extraordinaire, le chef du Législatif précise qu’une tendance se dessine en vue de maintenir le parlement en session permanente, les sessions extraordinaire et ordinaire ne suffisant pas à examiner et ratifier les nombreux projets déposés sur le bureau de la Chambre. M. Najah Wakim, député de Beyrouth, qui avait eu une longue entrevue au début de la semaine avec M. Berri, mettrait au point une proposition portant amendement de la loi relative à la convocation de l’Assemblée.

QUID DE LA RÉVISION DE L’ARTICLE 49?
D’autre part, des parlementaires ont rapporté, à l’issue d’un entretien avec le chef du Législatif, que l’échéance présidentielle commencera à courir le 24 septembre, pour prendre fin le 23 octobre, date d’expiration du mandat présidentiel.
Entre ces deux dates, le président de la Chambre a le droit de convoquer cette dernière à élire un nouveau président de la République. Cependant, des sources parlementaires craignent que le président Hariri s’emploie à torpiller le quorum, afin de provoquer la vacance de la première présidence, pour assumer, avec son gouvernement, les charges présidentielles, en vertu de l’article 62 de la Constitution.
Par ailleurs, M. Berri paraît maintenant acquis à l’idée d’élire le chef de l’Etat au suffrage universel, pour avoir le droit de dissoudre le parlement, selon une procédure simplifiée.
Quoi qu’il en soit, la tendance sous l’hémicycle est en faveur de l’élection d’un président fort, au niveau de l’étape présente.
Dans ce contexte, on présume qu’il sera procédé à la révision de l’article 49 de la Constitution (dans ses deux paragraphes) afin de permettre aux fonctionnaires de la première catégorie de poser leur candidature à la magistrature suprême.
Cela dit, on s’attend que la trêve entre les deuxième et troisième présidences se perpétue, jusqu’au 10 septembre, surtout après la rencontre du président Berri à Bloudane, avec M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président syrien, en présence des généraux Ibrahim Safi et Ghazi Kanaan, respectivement commandant et chef des S.R. des forces syriennes stationnées en territoire libanais.
D’après des milieux informés, M. Khaddam a conseillé “d’examiner tous les sujets litigieux avec un esprit d’entente dans l’intérêt du Liban et de son peuple.”

LA SITUATION AU SUD
Au cours du dîner qu’il a offert samedi dernier en l’honneur de la Presse, en sa résidence de Msaileh, le président Berri a paru satisfait de la situation intérieure, mais préoccupé par l’évolution de la conjoncture régionale et internationale, surtout que cette nuit-là, on signalait un branle-bas de combat de la part d’Israël.
M. Berri n’a pas fait allusion de sa brouille avec M. Hariri. En revanche, M. Mohamed Abdel-Hamid Beydoun, proche du chef du Législatif, a de nouveau pris violemment à partie le chef du gouvernement, sans le citer nommément. Ceci a porté les observateurs à déduire que la rencontre Khaddam-Berri n’avait résolu que la moitié du problème.
D’aucuns pensent que l’interview télévisée du président Hariri, vendredi dernier, au cours de laquelle celui-ci a évoqué des points particulièrement délicats, en rapport avec son maintien à la présidence du Conseil, peut avoir indisposé le camp du président Berri, celui-ci estimant que le Premier ministre veut le mettre au pied du mur.
Toujours est-il qu’en ce qui a trait aux élections présidentielles, les présidents de l’Assemblée et du Conseil évitent d’étaler leurs cartes. Ils attendent, sans doute, pour prendre position le sommet libano-syrien dont la date serait proche, si l’on en croit le ministre de l’Intérieur.
Maintenant que le projet relatif à l’échelle des salaires est mis au rancart jusqu’au futur régime, on s’attend que les présidentiables commencent à se déclarer au cours de la semaine à venir, M. Boutros Harb, député de Batroun, ayant été le premier à annoncer sa candidature.
D’après les milieux politiques et parlementaires, il faut s’attendre à plusieurs candidats, afin d’impliquer à l’élection présidentielle un cachet démocratique.
Mais si le choix du futur chef de l’Etat paraît tranché à l’avance, surtout si les “décideurs” ont déjà fixé leur option - la constitution du premier Cabinet du prochain régime s’annonce, d’ores et déjà, malaisée.
En effet, si M. Hariri est chargé de former le nouveau gouvernement - comme cela semble être le cas - celui-ci voudrait exclure de l’équipe gouvernementale les représentants des partis ou, tout au moins, restreindre au maximum la représentation de ces derniers.

PRIORITÉ AU FRONT INTÉRIEUR
Quant au président Berri, soutenu par l’opposition, il est d’avis de concrétiser la clause de l’accord de Taëf préconisant la mise sur pied d’un Cabinet d’entente ou d’union, afin d’assurer une représentation nationale la plus large possible. Sans s’opposer pour autant au choix de ministres connus pour leur compétence et leur spécialisation et à la formation d’un “Cabinet de technocrates”.
Il reste que le danger pesant sur la région méridionale continue à préoccuper les responsables, d’autant que Netanyahu et les “faucons” parmi ses ministres, menacent de frapper les infrastructures libanaises, notamment les réseaux électriques et hydrauliques, sous prétexte de combattre le terrorisme.
Aussi, s’attend-on à une série de réconciliations interlibanaises pour renforcer le front intérieur qui s’effectueraient par l’entremise de M. Khaddam, la première d’entre elles ayant été scellée, jeudi soir, entre le président Hariri et M. Walid Joumblatt, à Bloudane.

 Par NADIM EL-HACHEM

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