
ET SI CETTE ENFANT ÉTAIT LA VÔTRE? |
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| Je
lis dans “L’Orient-Le Jour” du 26 octobre 98 l’information suivante: “La
justice devrait normalement se saisir de cette affaire (celle de la petite
Fatmé - 10 ans - sauvagement torturée par ses employeurs,
à Tripoli) aujourd’hui même et l’on s’attend à ce que
l’avocat général près la Cour d’Appel du Liban-Nord
en confie le dossier au premier juge d’instruction...”
J’ose à peine en croire mes yeux! Ainsi, il aura fallu une pleine semaine, après l’admission de la petite fille aux soins intensifs pour que la justice se décide à agir. Le corps de l’enfant n’était qu’une plaie: le dos lacéré par une chaîne d’acier avec laquelle on l’avait fouettée, la poitrine, les bras, les jambes constellés de brûlures de cigarettes et de coupures purulentes dues à la pointe acérée d’un couteau, les pieds énormes rongés par la gangrène, un œil poché, l’autre complètement fermé par un énorme hématome, souffrant de traumatisme crânien et, peut-être, violée!... Et ce n’est qu’une semaine plus tard que la justice s’avise de “soupçonner” l’existence de mauvais traitements et “songe” à bouger pour lancer un mandat d’arrêt à l’encontre de Mar-wan Hamad et de sa femme, curieusement pré-nommée Hanane (tendresse), les employeurs de Fatmé. Comme la vie humaine est bon marché dans ce pays où tout le reste est hors de prix! Et s’il s’était agi d’étudiants distribuant des tracts en faveur d’un des leaders de l’oppo-sition, aurait-on attendu une semaine pour lancer à leurs trousses la Sécurité d’Etat et les FSI? Bien entendu, les Hamad, mari et femme, nient énergiquement le crime ignoble dont on les soupçonne. Ce soir à la télévision, le père de dame-tendresse est venu nous raconter que ce sont les “siens” (les parents de Fatmé) qui sont coupables de ce forfait et le récit qu’en a fait la petite, sur son lit d’agonie, n’est qu’une “sordide tentative de chantage”. Pour dame Hanane, ce serait un accident de voiture. Pour son avocat, ce n’était pas Fatmé qui était employée par les Hamad mais Miriam, sa sœur jumelle, complètement évaporée celle-là... Quoi encore! Il ne manquait que le “Masque de Fer” et les “Corsican brothers”, sans compter “Le mystère de la chambre jaune”. Et pourtant, ce sont les Hamad eux-mêmes qui, d’après les premières informations, ont amené l’enfant presque mourante à l’hôpital, en prétendant qu’elle était tombée dans les escaliers. Curieux escaliers munis de chaînes pour fouetter ceux qui s’y hasardent, de mégots de cigarettes incandescents transformés en OVNI, de lanceurs de couteaux acharnés sur ceux qui y tombent afin de les repasser, ensuite, à de vilains satyres! Est-ce que personne n’a plus honte dans cette république où seul le veau d’or et, ses adora-teurs ont droit de cité, les vieux, les enfants et, par extension, tout être faible, pauvre et sans défense pouvant être impunément sacrifié? Qu’est-il advenu de ces petits martyrs, victimes de viols d’incestes, de tortures, de mutilations, transformés en esclaves par des sadiques dépravés et pervers, des monstres déshumanisés, des brutes bestiales que l’on semble protéger en ne donnant que leurs initiales à la presse? Machistes, sexistes, les agents des autorités en place le sont quand il s’agit de considérer d’un œil rigolard une employée de maison que son patron a violée, mais tellement compatissants et pudiques lorsqu’ils tentent d’empêcher les photographes de s’approcher de la dame Hamad, comme si une représentante du sexe faible n’est considérée comme une égale par ces messieurs que quand elle se transforme en monstre. Peut-être n’ont-ils pas tout à fait tort après tout. Pour en revenir à ces enfants que leurs parents - criminels - font travailler à peine ont-ils perdu leurs dents de lait, ils sont légion dans ce pays et personne ne s’en soucie. Sait-on que l’amende prévue par le code pour les tortionnaires (quand on se décide à les attraper) est au maximum de 100.000 L.L. Moins de 70$. Soixante-dix dollars pour l’avenir, la vie d’un enfant! C’est moins qu’un dîner fin, par tête de pipe, dans un restaurant huppé de la ville. Moins qu’une infraction aux règlements des bâtiments, puisqu’il vous en coûtera 50 millions si l’idée vous prend de vitrer un balcon sans permis. Et ce soir, messieurs les responsables - gouvernants, législateurs et agents d’exécution - après avoir vu la plaie purulente qu’est devenu le corps de cette enfant de dix ans, une des nombreuses petites victimes qui subissent le même sort et dont on ne parle pas, oserez-vous regarder vos enfants ou vos petits-enfants dans les yeux et vous dire que vous êtes un être humain à part entière? Notre avenir n’est pas - en dépit de ce que pensent certains - dans la cité du futur que l’on construit. Notre avenir est dans le regard de nos enfants. |
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