Editorial


Par MELHEM KARAM 

 

LA VOIE DE LA PAIX RECOUVERTE DE BRIS DE VERRE
Le président Bill Clinton s’est soucié d’affirmer à ses adversaires et à l’opinion publique que l’affaire de Monicagate ne l’a ni affaibli, ni débarrassé de son influence en tant que président de la première puissance du monde. Il a passé dix jours et autant de nuits, la veille des élections législatives devant se dérouler le 2 novembre prochain, sa chemise ayant été trempée maintes fois de sueur, afin de faire approuver les accords de Wye Plantation qu’il a considérés comme une victoire diplomatique personnelle, après avoir déployé de grands efforts pour les réaliser. “J’ai accompli ce que mon devoir, en tant que chef d’Etat, m’a dicté de faire, a-t-il déclaré. Puis, en tant que chrétien croyant. J’ai agi en vue de me faire pardonner mes péchés”, allusion émise d’une manière transparente, à l’affaire Monicagate. Quoi qu’on minimise ces accords, Clinton a remporté une victoire au double plan américain et international, bien que l’opposition américaine l’ait qualifiée de “mini-victoire”. Les journaux d’opposition estiment que le quatrième accord de la paix palestino-israélienne n’a pas servi les desseins requis. Le républicain Bob Gar a dit que les accords étaient presque réussis. Mais il reste l’affaire de l’espion Jonathan Polard et celle de Azzam Azzam. C’est une gifle pour quiconque combat l’espionnage, exposant au danger sa vie pour protéger son pays. Bill Clinton effectuera vers la mi-décembre une visite au Proche-Orient et prendra la parole devant le Conseil national palestinien à Gaza, pour appeler au respect de la tolérance et de l’ouverture réciproques. Dans le même temps, la commission juridique du Congrès aura clôturé l’enquête sur l’affaire de Monicagate. Ce qui est plus important que l’approbation de l’accord, c’est le fait pour Yasser Arafat et Benjamin Netanyahu d’exécuter le pacte que Bill Clinton leur a demandé de signer, en présence du roi Hussein qui a eu du mérite dans ce qui s’est produit. Le président américain a arraché cela au terme de dix jours de négociations-marathon. Ils doivent aussi expliquer à leurs congénères, que le sol est encore semé de mines et encombré d’extrémistes des deux bords, ainsi que l’a observé le président Clinton, ces derniers étant déterminés à tout torpiller. D’autant que les peuples palestinien et israélien en ont marre des promesses non tenues. C’est pourquoi, le doute domine la situation. Après son retour à son pays où il a été largement boycotté à l’aéroport, Netanyahu a tenu une conférence de presse pour assurer qu’il avait accompli son devoir et obtenu le meilleur accord dans les circonstances présentes, avouant qu’il était douloureux pour lui de renoncer à la terre d’Israël. Toujours est-il qu’il a engagé un combat féroce avec son équipe de travail, ajoutant qu’à son avis, son gouvernement est le seul qui continue à lutter en faveur des colons... Il a tenu ces propos, en écoutant des manifestants scander des slogans le taxant de traîtrise. Cependant, ce qui l’a rempli d’aise, en quelque sorte, c’est d’apprendre que selon un sondage d’opinion, 75% des Israéliens approuvent l’accord. Et qu’Ariel Sharon, connu pour son intransigeance, en est satisfait, parce qu’il a valu des acquis à l’Etat d’Israël. A propos du retrait de Cisjordanie, il a dit que cela avait fait l’objet d’un accord avant les négociations. Le président Arafat, lui, a entrepris une tournée dans le monde arabe pour expliquer les motivations de l’accord, ses résultats, ses objectifs et son application d’une façon minutieuse. Si le scénario établi est exécuté à la lettre, Israël restituera 13% du territoire cisjordanien à Yasser Arafat en trois étapes programmées sur vingt jours. Dès à présent, l’armée israélienne a commencé à se préparer à évacuer dix de ses bases. Au terme de l’opération, l’Autorité palestinienne aura à contrôler 40 pour cent de Cisjordanie et 90% de la totalité des habitants qui y résident. Le président Arafat s’est engagé à abroger trente-quatre clauses de l’ancienne charte de l’OLP qui, d’après ce qu’en dit Tel-Aviv, prévoit la destruction de l’Etat hébreu. Les Palestiniens doivent réduire de dix mille les effectifs de leur police et s’abstenir de mener des campagnes hostiles à Israël. Netanyahu assure que le retrait israélien n’aura lieu que si les Palestiniens tiennent toutes leurs promesses en ce qui concerne la lutte acharnée contre les terroristes et les islamistes. L’accord négocié à Wye Plantation et signé à Washington, prévoit l’application d’un accord approuvé depuis dix-sept mois et auquel Netanyahu refusait de souscrire. La question, désormais, est de savoir si le nouvel accord sera appliqué ou restera lettre morte. La réponse dépend de la bonne intention des deux parties. Netanyahu a failli torpiller l’accord au dernier moment, quand il a demandé au président Clinton de libérer l’espion juif, Jonathan Polard, le ressortissant américain condamné à perpétuité, sous l’inculpation d’avoir espionné aux USA dans l’intérêt d’Israël. Ceci avait tout l’air d’un chantage auquel Clinton n’a accordé aucune attention, adressant des propos durs à Netanyahu au cours d’une rencontre bipartite. En revanche, Yasser Arafat s’est comporté d’une manière convenable, donnant ainsi l’impression d’être un chef d’Etat véritable. Il a poussé la perspicacité jusqu’à envoyer à Netanyahu un bouquet de fleurs à l’occasion de son quarante-neuvième anniversaire. Lorsqu’il a été invité à assister à une partie du sommet européen en Autriche, ils s’est montré optimiste, disant qu’il est persuadé du fait que les accords de Wye Plantation seront appliqués avec l’aide de l’Europe. Yasser Arafat a paru satisfait à Vienne après avoir traversé l’Atlantique, la nuit, pour traiter avec d’autres interlocuteurs et dans un cadre différent, sans laisser paraître que quelque chose avait changé. Il est arrivé dans l’après-midi au lac touristique de Poertschach où il a rencontré les quinze délégués d’Europe et s’est soucié d’informer les Européens de tout ce qui s’était passé, en dépit de leur absence de Wye Plantation. Il a salué les chefs d’Etat et de gouvernement réunis en Autriche et leur a adressé un mot de remerciements, avant d’affirmer que l’union européenne est l’instance internationale qui aide le plus le peuple palestinien, financièrement et politiquement. “Ce soutien, a-t-il ajouté, nous est cher et précieux dans tous les domaines.” Arafat croit en ce qu’il appelle “la paix des braves” face et contre “Hamas” et les extrémistes. “Nous ne permettrons à personne, affirme-t-il, d’exposer la paix au danger”. Toutefois, il sait que son action demeure boîteuse et a besoin d’être parachevée. C’est pourquoi, il doit agir avec opiniâtreté et persévérance pour trancher les affaires des eaux, des frontières, des réfugiés, des colonies, avoir raison de l’entêtement de Aharon Domb, chef de 170.000 colons et à tant de questions restées en suspens, de même que la restitution de 13% des territoires occupés pour laquelle aucune carte n’a encore été élaborée. Arafat dit: “Nous nous sommes entendus pour examiner toutes les questions pendantes dès leur début”. A la question: “Quand le peuple palestinien aura-t-il sa patrie et son Etat?”, il sourit et hésite avant de répondre: “Prochainement, s’il plaît à Dieu.”

***

Le temps presse et la date (le 4 mai 1999) de la proclamation de l’Etat palestinien approche. L’assouplissement de la manière de traiter avec “Hamas” est imminent, de même que la libération de cheikh Hamed Al-Bissaoui, chef de l’instance d’appel chérié qui a jugé illégal l’accord de Wye Plantation. L’histoire est ancienne: toute voie de la paix n’a été aucun jour recouverte d’asphalte et de marbre, mais semée de bris de verre et de fils barbelés, le seul gagnant étant celui qui a un long souffle.  

Photo Melhem Karam


Home
Home