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Au cours
d’une cérémonie publique, le président Hraoui a dit
qu’il allait confier à son successeur un Etat digne de ce nom, alors
que lui-même avait pris en charge un Etat ravagé par la guerre.
Sans nier que d’importantes réalisations ont été accomplies
sous la IIème République, il faut admettre que l’Etat de
droit est loin d’avoir été édifié, par la faute
de la troïka, laquelle a empêché les institutions étatiques
de fonctionner normalement et, partant, de s’acquitter comme il se doit
de leur mission.
“Quand j’ai
été élu, il n’y avait pas d’Etat. Maintenant, je peux
confier à mon successeur un Etat digne de ce nom”, a dit le président
sortant dans un discours prononcé au cours d’une cérémonie
publique.
Ceci lui a valu de frénétiques applaudissements et on
se demande pourquou!
Où est cet Etat que l’actuel locataire du palais de Baabda prétend
avoir édifié - et cela était-il possible avec la troïka,
système hybride anti-démocratique? - et dans quel “état”
le cède-t-il au président élu?
Un Etat policé suppose un respect des lois et règlements
en vigueur. Les a-t-on appliqués envers et contre tous? Et tous
les justiciables ont-ils été traités de la même
façon? Tout s’est passé jusqu’ici sous le règne de
l’ingérence des politiciens qui ont agi aux fins de faire pencher
la balance de la justice de leur côté ou en faveur de leurs
proches et partisans qu’ils ont voulu protéger contre son glaive!
L’Etat de droit exige, également, le maintien de l’ordre et
de la sécurité sur l’ensemble du territoire national. Est-ce
bien le cas? Nous regrettons de répondre par la négative
à cette question, en dépit des allégations du ministre
de l’Intérieur qui prétend avoir neutralisé l’armée
du crime et tordu le cou de tous les malfaiteurs... A propos, où
en sont les investigations sur les meurtres de joailliers?
Ainsi, on a déploré en moins de dix jours, l’assassinat
de deux gendarmes à Saïda; la mort atroce d’une jeune femme
qui a été brûlée vive par son violeur et la
maltraitance d’une fillette de dix ans par ses employeurs à Tripoli,
un couple de sadiques dont la sauvagerie n’a d’égale que la trivialité...
...Sans parler de tant de scandales - ceux des Finances et de la Douane,
notamment - qu’on s’est ingénié à camoufler!
De tels forfaits se commettent quand l’Etat devient peu crédible.
Vit-on, effectivement, à l’ombre de l’Etat de droit qui est
tenu de traiter tous les citoyens sur le même pied d’égalité;
de leur assurer les soins médicaux, l’instruction aux enfants en
âge scolaire, les services publics moyennant des prix logiques, sans
que l’administré crève pour pouvoir payer la scolarité
de sa progéniture et les frais d’hospitalisation aux membres de
sa famille, leur permettre de manger à leur faim et de mener une
vie décente?
D’après les dernières statistiques d’un organisme spécialisé
des Nations Unies, beaucoup de nos concitoyens vivent sous le seuil de
pauvreté. Aussi, n’est-il pas étonnant de voir s’expatrier
tant de Libanais, pour la plupart des jeunes, alors que les personnes déplacées
continuent à vivoter et dans quelles conditions inhumaines et himiliantes,
loin de leurs villages!
Un Etat digne de ce nom mérite-t-il ce titre, quand il ignore
ou néglige ses fils déshérités et accorde la
priorité, non à l’homme mais à la pierre?
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