LA JUSTICE LIBANAISE SAISIE DU DOSSIER DES VOITURES VOLEES EN EUROPE
C’est l’une des séquelles de la guerre: le Liban qui s’était débarrassé d’une sale réputation - celle de pays où se cultive le haschisch, devenu à un moment donné le centre de ralliement des trafiquants de la drogue - faisait de nouveau parler de lui, cette fois en tant que lieu de prédilection pour les gangs s’adonnant à la contrebande des voitures de luxe.

Ces dernières étaient subtilisées dans les pays d’Europe et introduites en territoire libanais sans payer de droit de douane. Ceci a mis la puce à l’oreille des Pouvoirs publics qui ont suspecté la présence dans l’enceinte portuaire de complices aux contrebandiers, leur facilitant la tâche, en contrepartie de pots-de-vin substantiels. Et ce, en raison du prix élevé des automobiles de marque qui étaient acquises par des personnes aisées.
L’Interpol avait donné l’alerte et le Parquet de Beyrouth informé de cette affaire, est entré en action. Il s’agissait pour lui d’identifier les membres de cette mafia qui, opérant dans l’ombre, réalisaient de grands profits en vendant les voitures sur le marché local et arabe.
Ces dernières étaient volées dans maints pays d’Europe, en Allemagne notamment, où les compagnies d’assurance étaient tenues de dédommager les propriétaires des automobiles volées. Ceci les obligeait à verser à ces derniers des sommes importantes s’élevant à des milliards de dollars, d’autant que les voitures sont assurées contre tous risques.
 

 

Quelques -unes des voitures volées rassemblées
dans la cour extérieure du palais de Justice.
DES CULTURES PROHIBÉES AU VOL DES VOITURES
L’Interpol est donc entrée en action. Après avoir mené la chasse aux narcotrafiquants, qui opéraient à partir du Liban et, plus particulièrement de la Békaa, mettant ainsi fin aux cultures prohibées - sans que les Nations Unies assurent des cultures de rechange aux Békaaiotes - la Police internationale a déclenché une campagne d’envergure contre la mafia spécialisée dans le vol des automobiles de marque (Mercedes, Porsche, Ferrari, notamment).
Elle a commencé par entreprendre des investigations intensives, à l’effet de déterminer les procédés utilisés par les contrebandiers pour l’acheminement des véhicules volés au Liban et dans le monde arabe.
Cette opération s’effectue, généralement, de la manière suivante: la mafia agit de connivence avec les propriétaires des voitures. Ceux-ci facilitent l’exportation de leurs véhicules moyennant une somme inférieure à leur prix normal. Mais ils compensent leur perte en percevant un montant élevé à titre de dédommagement, des compagnies auprès desquelles ils ont contracté une police d’assurance contre le vol.
Les voitures “volées”, sont importées d’Allemagne, de Belgique et d’Italie, après le changement du numéro de leur châssis.
 

 
SAISIE DE 75 VOITURES VOLÉES
Les services de la douane au port de Beyrouth œuvrant en coopération avec l’Interpol, sont parvenus à saisir, sur ordre de M. Adnan Addoum, procureur général près la Cour de Cassation, soixante-quinze voitures, la plupart étant des “Mercedes” destinées à des personnes fortunées et influentes.
Ceci a été prouvé par les multiples interventions de ces dernières auprès des services portuaires qualifiés, en vue de hâter le dédouanement des véhicules.
Les agents de la section des investigations criminelles ont effectué des descentes dans la région de Verdun à Beyrouth, où ils ont mis la main sur une “Mercedes” volée à l’étranger et dont le numéro du châssis avait été changé.
Après enquête, il est apparu qu’une personne connue sous le nom de “Kapo”, diminutif de Gabriel Terezian (27 ans), l’avait exposée dans un parking, en prévision de sa vente.
Les tenanciers de ce parking ont informé les organismes officiels qualifiés, après la disparition de “Kapo”, revenu, probablement, en Europe pour “importer” d’autres automobiles et qui n’a plus donné signe de vie, après que cette affaire a éclaté au grand jour...

LE PARQUET DE LA COUR D’APPEL SAISI DU DOSSIER
M. Adnan Addoum, procureur général près la Cour de Cassation, a confié le dossier des voitures volées, à M. Abdallah Bitar, procureur général près la Cour d’Appel de Beyrouth.
On apprend que des poursuites ont été engagées contre certains détenus et des prévenus ont été libérés après leur interrogatoire sous caution d’élection de domicile, mais il leur est interdit de voyager.
Selon des sources judiciaires, certaines des voitures volées sont immobilisées au parking du palais de Justice à Beyrouth. En voici les marques: “Mercedes” noire CL500 (numéro d’immatriculation 252555); “Mercedes” gris metallisé (E430 8379); “Mercedes” E200 Kompressor sans numéro; “Porsche Carrera” bleu-marine sans numéro, “Porsche” grise 1570707, “Ferrari Bercetta” “F300” rouge 36166 et “Ferrari” noire sans numéro.
Ces mêmes sources affirment que les investigations se poursuivent afin de dissiper toute ambiguïté, avec la possibilité d’interroger des personnes non civiles. L’une des voitures “Mercedes” volées a été retournée en Allemagne après confirmation du droit de propriété du plaignant.
Les organismes libanais concernés vérifient auprès des agences Mercedes au Liban et en Allemagne, les numéros des châssis des voitures saisies pour s’assurer de leur lieu de fabrication. Il s’est avéré que le réseau du vol a changé les numéros des châssis dans les pays européens, afin de faciliter leur transport.
Des renseignements précisent que le Parquet de Beyrouth a accusé neuf personnes d’avoir introduit par le port de Beyrouth des voitures volées et les avoir vendues sur le marché libanais, après avoir falsifié les papiers et changé les numéros du châssis et d’immatriculation moyennant des pots-de-vin.
Selon les articles des lois 638/219, 456, 459, 456/454, 459/454, 352, 353, 221, 383 et 219, les membres du réseau sont passibles de peines de prison allant de 3 à 5 ans.
Les accusés qui ont été arrêtés sont: Mohamed Anouar Hafez, Riad Georges el-Ferkh et Milad Toufic el-Hayek. Ils ont été déférés par le procureur Abdallah Bitar au premier juge d’instruction, M. Saïd Mirza, qui les a soumis à un interrogatoire et signé à leur encontre des mandats d’arrêt.
Quant à Naji Salim Abdo, Georges Abdallah Doumit, Elias Bcherrani, Ahmed Ali Kesrouani et Garbis Joseph Nadirossian, ils ont été libérés après avoir été entendus par le juge d’instruction.
Les investigations ont révélé que deux voitures ont été retrouvées dans une salle d’exposition, leur propriétaire les ayant mises en vente et disparu. Le propriétaire de la salle a été appréhendé; puis, relâché pour cause de non-identification.
Les personnes détenues vont-elles servir à la bonne marche de l’enquête et, partant, permettre de tirer cette affaire au clair?
Le Liban possède-t-il, effectivement, un réseau spécialisé dans la contrebande des voitures volées?
Les organismes de sécurité, en particulier le bureau des investigations criminelles, œuvrent en vue de découvrir les principaux coupables.L’enquête menée par le magistrat instructeur, M. Saïd Mirza sera-t-elle déterminante?

Enquête de HODA SALIBA

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