Il semble que le président élu ait atteint une phase avancée
dans ce domaine, ce qui explique les fréquentes réunions
de travail qu’il tient avec le Premier ministre et d’autres responsables,
ce qui a contraint le chef du gouvernement à ne pas passer le dernier
week-end en sa résidence de Fakra. De fait, il s’est consacré
à préparer certains dossiers en coopération avec M.
Fouad Sanioura, ministre d’Etat aux Finances et des experts en matières
économique et financière.
Selon des sources fiables, le président Lahoud se préoccupe
de se renseigner sur les réserves du Trésor, sur le montant
exact de la dette publique et, aussi, sur les ressources véritables
de l’Etat lui permettant de rembourser ces dettes.
De plus, il s’informe sur la nature des projets déjà
réalisés et sur leurs sources de financement, de même
que sur les projets à exécuter ou en cours d’exécution.
Une fois mis au courant de tous ces détails, le nouveau chef de
l’Etat définira les moyens à mettre en œuvre à l’effet
de traiter tous ces dossiers, aidé en cela par un Cabinet fort,
cohérent et représentatif. Il aura ainsi la possibilité,
en profitant des erreurs du passé de rectifier la politique étatique
et, partant, alléger le fardeau sous lequel ploient les citoyens.
FREINER LE GASPILLAGE
Il se confirme que le président Lahoud s’attèlera en
priorité aux finances publiques. En conséquence, il se souciera
de freiner le gaspillage, estimant que c’est l’unique moyen de renflouer
le Trésor et de réduire le déficit budgétaire.
Tel était l’objet de la réunion de travail qu’il a présidée
lundi et a duré plus de cinq heures. En plus du président
Hariri, M. Sanioura y a participé, ainsi que des responsables du
CDR, du Comité supérieur de secours, du Conseil du Liban-Sud,
de la Caisse des déplacés et de l’Institut public pour l’en-couragement
des investis-sements, autant d’organismes relevant de la présidence
du Conseil.
Le président élu a posé à ces responsables
des ques-tions quelque peu embar-rassantes, portant sur les dépenses
engagées. Plus d’une fois, M. Hariri est intervenu pour expliquer
et justifier certaines dépenses apparemment abusives.
L’insistance du nouveau chef de l’Etat à éclaircir des
faits et des dossiers quelque peu ambigus, paraît avoir gêné
le président du Conseil, surtout quand il a été question
des adjudications en vue de l’exécution de grands travaux, certaines
d’entre elles ayant été effectuées de gré à
gré, les décisions y relatives ayant émané
de la troïka, de triste mémoire. Il serait apparu que la plupart
des projets adjugés l’ont été moyennant des sommes
mirifiques, dépassant de loin leur coût réel.
Aussi, s’attend-on que le président Lahoud confère dans
les prochains jours avec les responsables des organismes de contrôle:
Cour des comptes, Inspection centrale, Conseil de discipline et Conseil
de la fonction publique. Ces réunions se tiendront dès que
l’Assemblée clôturera ses séances plénières
dans le cadre de sa session en cours.
LE DOSSIER DE LA RÉFORME EN TÊTE
DE LISTE
Quoi qu’il en soit, il est quasi-certain que le dossier de la réforme
administrative figurera en tête de la liste des urgences du nouveau
régime et dès la mise sur pied du futur gouvernement, ce
dernier devant inscrire la réforme mentionnée dans sa déclaration
ministérielle.
D’après des sources informées, le président Lahoud
est persuadé que la situation requiert une action rapide, à
l’effet de freiner la marche du pays vers l’effondrement. De plus, il importe
de mettre un terme à la corruption et au gaspillage, sans quoi il
ne sera pas possible de rétablir la confiance du citoyen dans l’Etat
et ses institutions.
Toujours selon les mêmes sources, les initiatives qui seront
prises dans ce domaine, surprendront tout le monde, le nouveau régime
étant soucieux de tirer profit du large crédit de confiance
que lui accorde le peuple.
A cet effet, les membres du gouvernement seront intè-gres, compétents,
irrépro-chables et représentatifs au double niveau politique
et populaire.
A ce propos, il semble que l’idée suggérant la formation
d’un Cabinet ne comprenant que des extra-parlementaires, fait son chemin.
Et ce, aux fins de consacrer le non-cumul de la députation et de
la charge ministérielle , idée à laquelle le Général-Président
serait acquis. Partant du fait que la Chambre n’exercerait pas avec autant
d’efficacité son contrôle sur le gouvernement, si ce dernier
est exclusivement composé de parlementaires.
HARIRI CONTRARIÉ
Il semble que le président Hariri soit contrarié par
cette tendance, car cela l’empêchera de nommer des ministres de son
bord, plus particu-lièrement d’éléments attachés
à ses entreprises dont il proposerait les noms, sous prétexte
qu’il s’agit d’élé-ments probes et compétents...
Les milieux de l’opposition (anti-haririenne) s’attendent que M. Hariri
n’ait plus les coudées franches, comme cela a été
le cas depuis son accession au Sérail; il sera forcé de s’en
tenir aux dispositions de la Cons-titution et des lois en vigueur qui définissent
ses préro-gatives et les lignes rouges qu’il lui est interdit de
dépasser.
Pour toutes ces raisons, le premier Cabinet du nouveau régime
ne sera pas le fruit d’un consensus entre les pôles du pouvoir comme
précé-demment, mais d’un choix désintéressé,
loin des intérêts personnels, car le président Lahoud
ne se prêtera à aucune forme de bazar dans ce domaine. Il
déterminera les critères sur base desquels les ministres
seront choisis, le président du Conseil désigné devant
prendre en consi-dération ces critères pour nommer les membres
de son équipe gouvernementale.
Aussi, s’attend-on à ce que les ministres en exercice soient
exclus du prochain Cabinet, car le nouveau régime tient à
s’entourer de nouveaux visages n’ayant été mêlés
à aucun compromis ni profité du partage du gâteau (ou
du fromage, terme qu’utilisait le président Fouad Chéhab).
Ceci étant, le président Hariri ne s’attachera à
aucun des anciens ministres à l’exception, peut-être, de M.
Sanioura qu’il tient à garder toujours à titre de ministre
d’Etat aux Finances, dépar-tement dont il conserverait le portefeuille.