LE NOUVEAU REGIME TENANT A S'ENTOURER D'ELEMENTS INTEGRES ET COMPETENTS
PAS DE MINISTRES "INAMOVIBLES" AU SEIN DU PROCHAIN CABINET
Le président Emile Lahoud étant un homme pratique privilégiant le travail silencieux, loin du tapage médiatique, il s’est soucié dès le premier instant de prendre connaissance de tous les dossiers de l’Etat traitant des problèmes d’ordre politique, économique, social, financier, ou ceux en rapport avec la reconstruction, la pédagogie et l’environnement, afin de s’en faire une idée exacte sur la base de laquelle il prendra les décisions qui s’imposent dès son entrée en fonctions le 24 novembre prochain.

Il semble que le président élu ait atteint une phase avancée dans ce domaine, ce qui explique les fréquentes réunions de travail qu’il tient avec le Premier ministre et d’autres responsables, ce qui a contraint le chef du gouvernement à ne pas passer le dernier week-end en sa résidence de Fakra. De fait, il s’est consacré à préparer certains dossiers en coopération avec M. Fouad Sanioura, ministre d’Etat aux Finances et des experts en matières économique et financière.
Selon des sources fiables, le président Lahoud se préoccupe de se renseigner sur les réserves du Trésor, sur le montant exact de la dette publique et, aussi, sur les ressources véritables de l’Etat lui permettant de rembourser ces dettes.
De plus, il s’informe sur la nature des projets déjà réalisés et sur leurs sources de financement, de même que sur les projets à exécuter ou en cours d’exécution. Une fois mis au courant de tous ces détails, le nouveau chef de l’Etat définira les moyens à mettre en œuvre à l’effet de traiter tous ces dossiers, aidé en cela par un Cabinet fort, cohérent et représentatif. Il aura ainsi la possibilité, en profitant des erreurs du passé de rectifier la politique étatique et, partant, alléger le fardeau sous lequel ploient les citoyens.

FREINER LE GASPILLAGE
Il se confirme que le président Lahoud s’attèlera en priorité aux finances publiques. En conséquence, il se souciera de freiner le gaspillage, estimant que c’est l’unique moyen de renflouer le Trésor et de réduire le déficit budgétaire.
Tel était l’objet de la réunion de travail qu’il a présidée lundi et a duré plus de cinq heures. En plus du président Hariri, M. Sanioura y a participé, ainsi que des responsables du CDR, du Comité supérieur de secours, du Conseil du Liban-Sud, de la Caisse des déplacés et de l’Institut public pour l’en-couragement des investis-sements, autant d’organismes relevant de la présidence du Conseil.
Le président élu a posé à ces responsables des ques-tions quelque peu embar-rassantes, portant sur les dépenses engagées. Plus d’une fois, M. Hariri est intervenu pour expliquer et justifier certaines dépenses apparemment abusives.
L’insistance du nouveau chef de l’Etat à éclaircir des faits et des dossiers quelque peu ambigus, paraît avoir gêné le président du Conseil, surtout quand il a été question des adjudications en vue de l’exécution de grands travaux, certaines d’entre elles ayant été effectuées de gré à gré, les décisions y relatives ayant émané de la troïka, de triste mémoire. Il serait apparu que la plupart des projets adjugés l’ont été moyennant des sommes mirifiques, dépassant de loin leur coût réel.
Aussi, s’attend-on que le président Lahoud confère dans les prochains jours avec les responsables des organismes de contrôle: Cour des comptes, Inspection centrale, Conseil de discipline et Conseil de la fonction publique. Ces réunions se tiendront dès que l’Assemblée clôturera ses séances plénières dans le cadre de sa session en cours.

LE DOSSIER DE LA RÉFORME EN TÊTE DE LISTE
Quoi qu’il en soit, il est quasi-certain que le dossier de la réforme administrative figurera en tête de la liste des urgences du nouveau régime et dès la mise sur pied du futur gouvernement, ce dernier devant inscrire la réforme mentionnée dans sa déclaration ministérielle.
D’après des sources informées, le président Lahoud est persuadé que la situation requiert une action rapide, à l’effet de freiner la marche du pays vers l’effondrement. De plus, il importe de mettre un terme à la corruption et au gaspillage, sans quoi il ne sera pas possible de rétablir la confiance du citoyen dans l’Etat et ses institutions.
Toujours selon les mêmes sources, les initiatives qui seront prises dans ce domaine, surprendront tout le monde, le nouveau régime étant soucieux de tirer profit du large crédit de confiance que lui accorde le peuple.
A cet effet, les membres du gouvernement seront intè-gres, compétents, irrépro-chables et représentatifs au double niveau politique et populaire.
A ce propos, il semble que l’idée suggérant la formation d’un Cabinet ne comprenant que des extra-parlementaires, fait son chemin. Et ce, aux fins de consacrer le non-cumul de la députation et de la charge ministérielle , idée à laquelle le Général-Président serait acquis. Partant du fait que la Chambre n’exercerait pas avec autant d’efficacité son contrôle sur le gouvernement, si ce dernier est exclusivement composé de parlementaires.

HARIRI CONTRARIÉ
Il semble que le président Hariri soit contrarié par cette tendance, car cela l’empêchera de nommer des ministres de son bord, plus particu-lièrement d’éléments attachés à ses entreprises dont il proposerait les noms, sous prétexte qu’il s’agit d’élé-ments probes et compétents...
Les milieux de l’opposition (anti-haririenne) s’attendent que M. Hariri n’ait plus les coudées franches, comme cela a été le cas depuis son accession au Sérail; il sera forcé de s’en tenir aux dispositions de la Cons-titution et des lois en vigueur qui définissent ses préro-gatives et les lignes rouges qu’il lui est interdit de dépasser.
Pour toutes ces raisons, le premier Cabinet du nouveau régime ne sera pas le fruit d’un consensus entre les pôles du pouvoir comme précé-demment, mais d’un choix désintéressé, loin des intérêts personnels, car le président Lahoud ne se prêtera à aucune forme de bazar dans ce domaine. Il déterminera les critères sur base desquels les ministres seront choisis, le président du Conseil désigné devant prendre en consi-dération ces critères pour nommer les membres de son équipe gouvernementale.
Aussi, s’attend-on à ce que les ministres en exercice soient exclus du prochain Cabinet, car le nouveau régime tient à s’entourer de nouveaux visages n’ayant été mêlés à aucun compromis ni profité du partage du gâteau (ou du fromage, terme qu’utilisait le président Fouad Chéhab).
Ceci étant, le président Hariri ne s’attachera à aucun des anciens ministres à l’exception, peut-être, de M. Sanioura qu’il tient à garder toujours à titre de ministre d’Etat aux Finances, dépar-tement dont il conserverait le portefeuille.

NADIM EL-HACHEM

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