Photo de famille au sommet de Poertschach. Le président Chirac est encadré du chancelier Viktor Klima et de Gerhard Schröder. Au second plan à droite, Massimo D’Aléma. |
Tony Blair et le “Tony Blair allemand”, Gerhard Schröder. |
L’hôte, le chancelier autrichien Viktor Klima, plaçant
ce sommet dans la perspective de “l’avenir de l’Europe” et de celui
qui le suivra en décembre, avait effectué au préalable
une tournée dans les capitales européennes pour y déceler
les différentes sensibilités. L’Europe était devenue
rose à l’exception de l’Espagne et de l’Irlande, annonçant,
ainsi, les orientations de l’an 2000.
Un grand absent à ce sommet, le premier qu’il manque depuis
seize ans, le chancelier sortant Helmut Kohl qui avait marqué
de sa stature de géant la construction européennne et la
marche vers l’euro. Pour que son nom soit à jamais lié à
celui de l’euro, les Quinze lui ont accordé le titre de “citoyen
d’honneur” européen, la plus haute distinction que seul le père
fondateur de l’Europe, Jean Monnet, avait obtenue auparavant.
Promenade sous la pluie: Jacques Santer, Antonio Guterres, Jean-Luc Dehaene et Lionel Jospin. |
TLe Premier ministre russe Evguéni Primakov reçu par le président autrichien Thomas Klestil. |
UNE "PREMIERE" POUR SCHRODER ET D'ALEMA
Les sommets offrent toujours aux nouvelles vedettes politiques européennes
leur baptême de feu européen.. Après celui de Nordwick
qui avait accueilli en mai 1997 Tony Blair et celui d’Amsterdam tenu en
juin de la même année et qui avait reçu Lionel
Jospin, celui de Poertschach a fait les honneurs à Gerhard Schröder
et à Massimo D’Aléma, le premier postcommuniste à
accéder au cercle des Quinze.
La nouvelle Europe des Quinze est résolument sociale. “Le concert
européen sans la moindre fausse note” (Libre Belgique) a donné
la priorité à la croissance et la lutte contre le chômage,
pré-conisant une convergence des fiscalités et une réduction
des taux d’intérêt des pays membres. Néanmoins, la
volonté politique était également présente.
Les Quinze ont réfléchi à leur capacité de
défense qui devrait les rendre moins dépendants des Etats-Unis
et à l’échéance majeure que représente l’entrée
en vigueur de l’euro le 1er janvier 1999.
L’Europe qui représente 20% du PIB mondial, pourrait constituer
la première puissance mo-nétaire mondiale et se trouver,
de ce fait, dans le collimateur des Etats-Unis qui ne souffrent aucune
concurrence à leur statut de superpuissance. Comme ils avaient contribué
à la fin des années 80 à renforcer le yen face à
un dollar faible, contribuant, ainsi, à la déstabilisation
de l’économie japonaise, ils pourraient utiliser la même stratégie
et combattre un euro surévalué. Les enjeux sont énormes,
d’autant que nul ne pourrait échapper à long terme à
la crise financière actuelle, la plus dangereuse depuis 1929.
L’accord de principe des Quinze sur la plupart des sujets devrait pouvoir,
désormais, se concrétiser dans la perspective d’une nouvelle
Europe.
Viktor Klima (C) en conversation avec Massimo d’Aléma (G) et Gerhard Schröder. |
Les ministres des A.E. anglais Derek Fatchett (G) et algérien Ahmed Attaf (C) avec Wolfgang Schuessel. |
UN SOMMET UE-RUSSIE EN L'ABSENCE D'ELTSINE
L’Autriche accueillait mardi un second sommet auquel devait participer
le président russe. Le séjour de celui-ci à Vienne
ramené d’abord à un jour, a été finalement
annulé sur les conseils de ses médecins qui le décrivent
comme “dépressif et épuisé”. A 67 ans, le “tsar”,
victime de plusieurs incidents cardiaques, opéré en novembre
1996 d’un quintuple pontage coronarien, semble lâcher progressi-vement,
à son corps défendant, le gou-vernail. Dorénavant,
les communistes exigent un bulletin de santé officiel et réclament,
comme ils le font depuis long-temps, sa démission. Les candidats
à la succession sont nom-breux: le maire de Moscou, Iouri Loujkov;
le gouverneur de Krasnoïarsk, Alexandre Lebed; Guennadi Ziouganov,
chef du Parti communiste; Guennadi Seleznev, “speaker” de la Douma; l’ex-Premier
ministre Viktor Tcher-nomyrdine et le réformateur, Grigori Iavlinski.
On avance même le nom d’Evgueni Primakov.
C’est Evgueni Primakov, Premier ministre depuis deux mois qui
a représenté le président russe au sommet UE-Russie
à Vienne et s’est attaqué à des dossiers brûlants
sans grand espoir de solution. Ayant effectué un virage apparemment
à gauche de la politique russe en proie à une crise économique
déclenchée depuis août dernier avec la dévaluation
du rouble et l’annonce d’un moratoire de 90 jours sur les dettes
russes (qui arrive à expiration le 18 novembre), Primakov se trouve
tributaire d’une conjoncture économique défavorable qui l’empêche
de présenter à l’Occident un plan anti-crise susceptible
de lui ouvrir les vannes du Fonds monétaire international.
A Vienne, il est venu solliciter l’aide de l’Europe en vue du
déblocage de ces fonds, son soutien à la candidature de son
pays à l’Organisation mondiale du Commerce et son aide alimentaire.
Les deux premiers points étant aléatoires, c’est le troisième
qui pourra se concrétiser au seuil d’un hiver qui s’annonce fort
rude pour les quelque 150 millions de citoyens.