L'APRES WYE RIVER L'ACCORD EST SIGNE, MAIS LE PLUS DUR RESTE A FAIRE... 
Oui, le plus dur reste à faire, pour surmonter les réactions hostiles à cet accord, aussi bien du côté israélien que du côté palestinien. On se demande même si “Wye” ne va pas coûter
à M. Netanyahu sa fonction de Premier ministre en cas d’élections anticipées, tel que cela semble être de plus en plus probable. Autre question majeure qui nous intéresse plus particulièrement en tant que Libanais: que va-t-il advenir des volets libano-israélien et syro-israélien, sans lesquels il ne peut y avoir de paix finale, globale et juste dans la région? Qu’en est-il, aussi, du problème de l’implantation palestinienne au Liban, dont personne ne se soucie,
tel que l’a signalé le chef de l’Etat?
Reste à définir l’étape ultérieure du dossier israélo-palestinien, notamment la question de Jérusalem,
alors que le Saint-Siège a exprimé, par la voix de Mgr Tauran, ministre des A.E.,  le souhait “d’inclure ses représentants à la table des négociations.”
La signature des accords de Wye Plantation.
Il a fallu neuf longues journées et autant de nuits interminables, de pénibles tractations et l’implication personnelle du président Bill Clinton, la persévérance de Mme Madeleine Albright, la contribution directe de la CIA, la médiation efficace du roi Hussein de Jordanie pour aboutir à l’accord de Wye Plantation. Il a été signé en fin de journée du vendredi 23 octobre, par le président américain, le Premier ministre israélien et le chef de l’Autorité palestinienne, au cours d’une cérémonie de 90 minutes qui s’est déroulée dans l’aile Est de la Maison-Blanche.
L’accord porte sur les points essentiels suivants:  1- Israël doit évacuer 13,1% de la Cisjordanie et transférer les pouvoirs à l’Autorité palestinienne en trois étapes étalées sur douze semaines;
2- le comité central de l’OLP s’engage à annuler les clauses anti-israéliennes de sa charte dans un délai de trois mois;
3- Israël devra libérer 750 des 3.500 détenus palestiniens;
4- de leur côté, les Palestiniens devront arrêter 30 militants accusés de terrorisme et s’engager à réprimer les militants du “Hamas” et des islamistes.
Toujours sur le plan de la sécurité, le mémorandum de Wye River fait état d’une “pleine coopération bilatérale” en matière de sécurité entre les deux parties qui sera continue, intensive et complète. En plus de cette coopération bilatérale israélo-palestinienne, “une commission trilatérale de haut rang américano-israélo-palestinienne se réunira lorsque cela sera requis et, au moins, toutes les deux semaines pour évaluer les menaces existantes, gérer les obstacles à une coopération et à une coordination efficaces en matière de sécurité et s’occuper des mesures prises pour combattre le terrorisme et les organisations terroristes.”
Sur le plan économique, les deux parties réitèrent leur engagement “à renforcer leurs relations et conviennent de la nécessité de promouvoir le développement économique en Cisjordanie et à Gaza.” Elles reconnaissent, aussi, “la grande importance du Port de Gaza pour le développement de l’économie et du commerce palestiniens et s’engagent à œuvrer sans délai à conclure un accord permettant la construction et le fonctionnement du port en conformité avec les accords antérieurs.”
Quant aux négociations sur le “statut final”, elles doivent reprendre “immédiatement, à un rythme accéléré pour parvenir à un accord avant le 4 mai 1999.”
 
 
Clinton, Arafat et Netanyahu  
applaudissant le roi Hussein. 
 
 
Yasser Arafat à Vienne avec le  
chancelier autrichien, Viktor Klima.
CLINTON REDORE SON BLASON
L’accord de Wye River est, tout d’abord, une victoire pour Bill Clinton. A dix jours des élections de mi-mandat, il a réussi à tenir son pari et, surtout, à redorer son blason, à faire oublier quelque peu le “Monicagate” qui, depuis des semaines, faisait l’objet d’un débat national.
“Laissez-moi vous dire combien je suis reconnaissant au Premier ministre israélien Netanyahu et au président Arafat d’avoir repris un dialogue simple et permanent, a affirmé M. Clinton lors de la cérémonie de signature. Nous avons convenu ensemble de nous réunir à nouveau pour compléter ce dialogue.” Il exprime la ferme détermination de l’Amérique à protéger cet accord, annonçant qu’il participerait à la réunion du Conseil national palestinien.
Satisfait, lui aussi, Arafat décrit l’accord comme “un grand pas qui a tardé. Le processus de paix, va de l’avant loin de la violence et de la confrontation.” Quant à Netanyahu, il considère que “l’accord demandera des sacrifices énormes des deux parties, le chemin de la paix ne devant être ni facile ni aisé.”
De même, la communauté internationale exprime  sa satisfaction: “La France avec ses partenaires de l’Union européenne apportera tout son appui à la dynamique nécessaire du processus de paix”, déclare le président Chirac, tout en saluant “la détermination” de Clinton “à faire prévaloir l’espoir sur la résignation.”
Même hommage de la part du Foreign Office, pour l’implication personnelle du président US et les progrès dans les négociations réalisés à Washington. Idem du côté de la Russie, de la Chine, du Japon, alors que le ministre espagnol des A.E., Abel Matutes parle d’un “accord historique”.
D’ailleurs, le leader de l’Autorité palestinienne s’était rendu, juste après le congrès, à Poertschach en Autriche où les chefs d’Etat et de gouvernement européens tenaient un sommet informel, pour les mettre au courant des résultats du sommet de Wye Plantation. C’est là qu’Arafat a sorti sa phrase: “Netanyahu est devenu mon partenaire”, ce qui a suscité la réaction ulcérée des adversaires de l’accord.
 
 
Démonstration dans les rues de Gaza  
devant le passage de la voiture d’Ahmed Yassine.
 
Le roi Hussein prononçant son discours.
RÉACTIONS DE REFUS DES EXTRÉMISTES
Certes, l’accord est signé, mais le plus dur reste à faire, car de par et d’autre, les extrémistes et groupes hostiles à cette entente qui relance le processus vont faire de tout pour l’enterrer. Très vite, les réactions négatives sont venues, aussi bien du côté israélien que du côté palestinien. Les représentants des colons l’ont, sur le champ, dénoncé, le qualifiant de “trahison” et de “reddition”, alors que l’aile droite de sa coalition accusait Netanyahu d’avoir “capitulé”. Les ultras de la droite israélienne continuent à exprimer leur colère et ont été jusqu’à publier dans les médias des encadrés accusant Netanyahu et Sharon d’avoir signé “un accord honteux”. Ils ajoutent: “Nous nous souviendrons, nous n’oublierons pas, nous ne pardonnerons pas.”
Arafat n’est pas mieux loti: il a contre lui le mouvement “Hamas”, dont le chef spirituel, cheikh Ahmed Yassine a, non seulement rejeté l’accord, mais appelé à la poursuite du combat; les islamistes adoptent la même attitude.
L’alliance des forces palestiniennes opposées à Arafat et dont certaines fractions ont leur siège à Damas, a vivement dénoncé un accord qui, selon elle, a “transposé la bataille à l’intérieur même du territoire palestinien et consacré l’occupation.” L’alliance a appelé à renforcer la lutte contre Israël, à resserrer les rangs pour faire face aux dangers et complots sionistes.
En Cisjordanie, la tension est montée d’un cran, suite à la découverte du cadavre d’un colon juif tué par balle à Hébron. Quelques heures après, un Palestinien de 70 ans était trouvé mort à coup de pierres près d’une colonie juive de Naplouse. Deux cents jeunes Palestiniens manifestent; les Israéliens lancent leurs bombes lacrymogènes pour les calmer... un scénario et des images devenus familiers.

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Y AURA-T-IL DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES?
Du côté du monde arabe, la réaction la plus virulente est venue de Syrie et du Liban, qui ont vivement critiqué l’accord et, surtout, l’attitude d’Abou-Ammar qui, à leurs yeux, a capitulé devant les Israéliens. La réaction des autres pays arabes était soit prudente, soit favorable, l’Egypte exprimant l’espoir que l’accord de Wye River relancera le processus au niveau israélo-palestinien et favorisera, en même temps, la reprise des négociations avec la Syrie et le Liban pour aboutir à une paix globale.
Mais au-delà de ces multiples réactions, l’écueil le plus grave en ce moment réside dans l’attitude de la Knesset concernant un vote favorable à des élections anticipées, alors que l’échéance normale de l’actuel parlement est en l’an 2000.
Netanyahu a réagi sur le champ, disant qu’en cas de scrutin anticipé, il envisage d’annoncer aux Palestiniens et aux USA le gel de l’accord de “Wye” jusqu’après les élections. C’est, du moins, ce que rapporte la presse israélienne. Dans les jours à venir, la bataille s’annonce serrée pour Netanyahu qui cherchera autant que possible à amadouer les colons, à convaincre l’opposition de la nécessité de renoncer aux élections anticipées et d’aller de l’avant dans l’application de l’accord.

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