FIN DE PARTIE
CLINTON: CAP SUR LES ÉCHÉANCES DE L’AN 2000


En cette date historique du 12 février qui clôture trois journées de délibérations à huis clos, les cent sénateurs se sont levés, l’un après l’autre et à deux reprises, à la demande du chef de la Cour suprême  William Rehnquist, présidant  depuis le 7 janvier le procès en destitution au Sénat de William Jeffferson Clinton, pour prononcer leur verdict: “guilty” ou “not guilty”. 55 sur 100 l’ont déclaré non coupable de parjure et 50 non coupable d’obstruction à la justice.
 

Clinton: “Je suis profondément désolé de ce que j’ai dit et fait pour provoquer ces événements”.
 

 


Monica témoignant, dans un extrait 
de la cassette-vidéo présentée aux sénateurs.

 


Monica Lewinsky, celle par qui le scandale est arrivé,
la gloire et l’humiliation.

Paula Jones a déclenché le feuilleton politico-sexuel.
Elle y a gagné un nouveau nez et 850.000 dollars.

Linda Tripp, la fausse confidente-espionne.

Le procureur - “pornographique” éminemment impopulaire.

Citoyens à Times square suivant le procès

 

Le Sénat vote l’acquittement.

 

Times Square affiche “not guilty”.

 

48 heures après son acquittement, 
Bill Clinton s’est rendu au Mexique pour discuter avec Ernesto Zedillo des problèmes de trafic de drogue, 
d’immigration clandestine et d’échanges commerciaux.
 

 


 

Il leur aura fallu 100 heures de délibérations, cinq semaines de procès pour baisser le rideau du plus grand feuilleton politico-sexuel du siècle qui s’est déroulé sur 13 mois, riche en scandales, rebondissements, révélations, médiatisation planétaire d’une banale histoire de sexe, d’infidélité conjugale dont  le héros malchanceux était quand même le président des Etats-Unis et le théâtre, les alcôves jouxtant le bureau ovale où étaient reçus les grands de ce monde.
Ce qui avait commencé comme une banale aventure sexuelle à classer parmi les dizaines d’autres attribuées au président volage aurait été occulté par les murs silencieux de la Maison-Blanche n’étaient la stagiaire volubile, son amie espionne, un procureur hargneux, un procès en cours relatif à un présumé harcèlement sexuel infligé par l’ex-gouverneur de l’Arkansas à une employée nommée Paula Jones. Tout a fini par s’enchaîner, repris et diligenté par l’extrême-droite chrétienne républicaine. Entré  bien malgré lui dans le cycle infernal des contradictions et des mensonges depuis le 17 janvier 1998, traqué par une logique juridique infernale, Bill Clinton était devenu prisonnier d’une nasse si étouffante qu’il y risquait la destitution. 130 ans avant lui, le président Andrew Johnson y avait échappé à une voix près. Il risquait pour sa part de n’avoir pas la même chance.
Par les bons soins du procureur indépendant, l’affaire arrive  le 9 septembre devant la Chambre des représentants. La commission judiciaire  formée  sous la présidence de Henry Hyde planche sur  11 chefs d’accusation  et vote le 5 octobre pour l’ouverture d’une enquête. A l’issue des audiences (9 novembre - 10 décembre) quatre articles de destitution sont retenus et  soumis à la Chambre des représentants qui en vote deux  le 18 décembre: parjure et obstruction à la justice.
Les treize managers issus de la Chambre  transmettent ces articles au Sénat désormais présidé par le Chief Justice William Rehnquist. Là, les sénateurs-juges se montrent plus sereins et bien moins venimeux que les représentants. Tous sont conscients que la majorité des deux-tiers, soit 67 sur 100 requise pour la destitution, est impossible à réunir. Les démocrates, 45, présentent un front uni pour la défense du président dont ils ont condamné le comportement répréhensible, estimant, toutefois, que celui-ci ne touchait pas à l’esprit des pères fondateurs de la Constitution en 1788. Les républicains n’étaient pas en reste et semblaient déterminés, sinon  de déboulonner le président, d’entacher  à jamais son parcours.
Nul ne pouvait prévoir que des “traîtres” se glisseraient dans leurs rangs. Et nul ne s’attendait à ce que dix d’entre eux votent l’acquittement pour le premier article et cinq pour le second, empêchant ainsi leurs collègues d’obtenir un vote à la majorité simple. Il semble que nombre d’entre eux, ainsi que des sénateurs démocrates aient passé des nuits de veille avant de prononcer leur verdict qui ne devait pas innocenter le président, mais qui ne devait pas non plus le destituer.
William Rehnquist qui eut droit à une “standing ovation” et reçut comme cadeau un marteau en or, s’est félicité toutefois de la dignité et du sens de l’humour qu’ont manifestés les sénateurs au cours des cinq dernières semaines. “J’ai été impressionné, a-t-il enfin déclaré, par les chefs de la majorité, Trent Lott et le chef de la minorité, Tom Daschle de s’être mis d'accord sur la procédure”. En finale, une motion de censure présentée par un sénateur démocrate a été jugée  hors de propos. La séance a été reportée sine die. Les sénateurs sont partis en vacances pour une semaine à l’occasion du Président’s Day. Et tout semble finir pour le mieux dans le meilleur des monde.
Tout? Pas nécessairement. Les blessures sont profondes de part et d’autre. Les républicains qui veulent jouer beau jeu n’en sont pas moins profondément atteints, arguant de la victoire finale de la Constitution, mais préssentant la débâcle dans leurs rangs et l’avenir incertain de leur parcours électoral qui les conduira en l’an 2000 aux législatives et aux présidentielles. Ils ne bénéficient plus que de 30% d’opinions favorables contrairement aux démocrates qui atteignent la cote de 45%. En fait, l’extrême-droite chrétienne qui s’est imposée dans les années 80 et 90 reçoit le coup le plus dur à elle assainé par l’opinion publique américaine qui semble avoir subi une métamorphose radicale. Cette opinion publique a été le témoin, selon “Vanity Fair”, de “l’effacement des frontières entre information et spectacle, commérage et enquête, presse de supermarché et presse de référence”. Loin du puritanisme traditionnel, elle a fait la différence, sourde au matraquage médiatique, à la littérature porno, à la fausse éloquence des tribuns, ne cherchant que la vérité et rien que la vérité.
De cette absurdité créée de toutes pièces,  les Américains ont retenu les chiffres faramineux tirés du contribuable. Pendant quatre ans, l’enquête du procureur Starr  (déterminé à poursuivre toujours Bill Clinton selon les filières de la justice ordinaire) aura coûté 45 millions de dollars, celle relative à Monica Lewinsky 4,4 millions de dollars. Les frais d’avocats de celle-ci sont estimés à 2 millions de dollars). Ceux du président à 10 millions de dollars sans compter les 850.000 dollars versés à Paula Jones. Cette enquête aura mobilisé 28 avocats, 78 agents de la sûreté fédérale et un grand nombre de détectives privés. Une perte de fonds et de temps qui aura détourné le Congrès pendant 13 mois de ses activités prioritaires et qui remet en question la fonction du procureur indépendant créée par une loi votée en 1978 pour enquêter sur d’éventuelles infractions commises par les membres du gouvernement , à la suite du scandale du  Watergate qui coûta la présidence à Richard Nixon.
Quant à Bill Clinton, s’il est acquitté, il voit son mandat terni à jamais et entrera dans l’Histoire comme le second président  des Etats-Unis ayant été frappé d’une procédure de destitution. Certes, il jouit toujours de plus de 70% d’opinions favorables. Mais selon un sondage effectué par l’hebdomadaire “Newsweek” à l’issue du procès, 71% des Américains pensent que l’Histoire retiendra de lui le scandale Lewinsky et seuls 20% d’entre eux estiment qu’il pourrait encore se racheter.
Se racheter, contre-attaquer  et prendre sa revanche, nul ne connaît encore la stratégie présidentielle. Lors d’une déclaration d’une minute lue dans le jardin des roses, à l’issue de son acquittement, Bill Clinton a appelé ses concitoyens à coopérer pour un avenir commun: “Maintenant que le Sénat a rempli son devoir constitutionnel et mené ce processus à son terme, je veux dire à nouveau au peuple américain que  je suis profondément désolé pour ce que j’ai dit et fait pour provoquer ces événements et pour l’énorme fardeau que cela a fait peser sur le Congrès et le peuple américain. Je suis, également, profondément touché et très reconnaissant du soutien et des prières que des millions d’Américains m’ont adressé tout au long de cette année écoulée. Aujourd’hui, j’appelle tous les Américains, ici à Washington et à travers le pays, à se consacrer à nouveau à servir notre pays et à construire ensemble notre pays. Serait-il prêt à pardonner? “Je crois que toute personne qui demande le pardon doit être prête à l’accorder”.
Tout au long du “Monicagate”, Bill Clinton n’a guère perdu son temps menant ses guerres sur le front intérieur et extérieur, poursuivant la collecte  de fonds en faveur des démo-crates qu’il voudrait conduire à la victoire lors des législatives et des présidentielles de l’an 2000. Il entend introniser à la Maison-Blanche son fidèle vice-président Al-Gore et recon-quérir la majorité au Congrès perdue en 1994 et 1996. Ce serait là sa meilleure revanche sans oublier l’intention qu’on lui prête de faire couler dans leurs fiefs respectifs les treize “managers” républicains  qui avaient réclamé sa tête.
La politique de proximité qu’il avait déjà pratiquée depuis longtemps et à laquelle pensent se vouer les républicains, l’avait porté à considérer de près les problèmes d’éducation, de santé, d’environnement. Deux dossiers sont désormais prioritaires pour lui: le déficit de la “Social security” et le financement du “Healthcare” qu’il entend sauver avec l’aval du Congrès en y consacrant les 62% des 4.400 milliards de dollars d’excédents budgétaires prévus dans les quinze prochaines années. A priori, les républicains qui veulent utiliser l’excédent budgétaire pour une baisse drastique des impôts n’y seraient pas hostiles.
C’est peut-être ainsi que le “comeback kid” pourra redorer son blason au cours des 23 mois et 700 jours qui lui restent de son mandat.

SUPER  HILLARY


Bill et Hillary sont-ils vraiment amoureux?

A l’issue du procès, les grands gagnants, a-t-on pu dire, ont été la Constitution et… Hillary qui aurait fait de son époux un président et garde, désormais, ses chances intactes pour un  parcours exceptionnel d’un sénateur, voire de président. Le poste de sénateur démocrate à New York serait vacant en l’an 2000 et elle a  toutes les chances de l’occuper si elle décidait de le briguer. Quant à la fonction de président, elle ne serait pas à portée de main, car dans l’immédiat, c’est Al Gore qu’elle entend y propulser avec son époux, décidée à se lancer dans la campagne électorale.
Au début du mandat de Bill Clinton, elle avait été la First Lady la plus impopulaire dans l’histoire des Etats-Unis. Elle achève avec lui son mandat en se situant quasiment au firmament, considérée désormais comme la plus  populaire des First Ladies américaines.
Après avoir échoué dans la mise en place d’un projet de santé que lui avait confié Bill Clinton dès son accession à la Maison-Blanche, celle que l’on classait comme l’une des cent avocates les plus brillantes d’Amérique, s’est consacrée aux femmes, aux enfants, à l’éducation, à la réhabilitation des uns et des autres, sillonnant le monde, intervenant dans les congrès, les rencontres internationales.
Nul ne peut préjuger de ses réels sentiments envers son époux qui lui a infligé une si dure humiliation publique. Elle l’a soutenu avec pugnacité tout au long de l’épreuve. Elle a vigoureusement dénoncé le vaste complot d'extrême-droite dont il a été victime. Elle a été partout son alter ego. Elle  vient de  l’accompagner dans son voyage au Mexique. Elle l’accompagnera jusqu’au bout. Vraiment jusqu’au bout? La presse du cœur se perd en conjonctures.
 

Par Evelyne MASSOUD

Home
Home