FIN DE PARTIE
CLINTON: CAP SUR LES ÉCHÉANCES
DE L’AN 2000
Clinton: “Je suis profondément désolé de ce que j’ai dit et fait pour provoquer ces événements”.
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Monica témoignant, dans un extrait de la cassette-vidéo présentée aux sénateurs.
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Monica Lewinsky, celle par qui le scandale est arrivé, la gloire et l’humiliation. |
Paula Jones a déclenché le feuilleton politico-sexuel. Elle y a gagné un nouveau nez et 850.000 dollars. |
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Linda Tripp, la fausse confidente-espionne. |
Le procureur - “pornographique” éminemment impopulaire. |
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Citoyens à Times square suivant le procès |
![]() |
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![]() Le Sénat vote l’acquittement. |
![]() Times Square affiche “not guilty”. |
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48 heures après son acquittement, Bill Clinton s’est rendu au Mexique pour discuter avec Ernesto Zedillo des problèmes de trafic de drogue, d’immigration clandestine et d’échanges commerciaux.
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Il leur aura fallu 100 heures de délibérations, cinq semaines
de procès pour baisser le rideau du plus grand feuilleton politico-sexuel
du siècle qui s’est déroulé sur 13 mois, riche en
scandales, rebondissements, révélations, médiatisation
planétaire d’une banale histoire de sexe, d’infidélité
conjugale dont le héros malchanceux était quand même
le président des Etats-Unis et le théâtre, les alcôves
jouxtant le bureau ovale où étaient reçus les grands
de ce monde.
Ce qui avait commencé comme une banale aventure sexuelle à
classer parmi les dizaines d’autres attribuées au président
volage aurait été occulté par les murs silencieux
de la Maison-Blanche n’étaient la stagiaire volubile, son amie espionne,
un procureur hargneux, un procès en cours relatif à un présumé
harcèlement sexuel infligé par l’ex-gouverneur de l’Arkansas
à une employée nommée Paula Jones. Tout a fini par
s’enchaîner, repris et diligenté par l’extrême-droite
chrétienne républicaine. Entré bien malgré
lui dans le cycle infernal des contradictions et des mensonges depuis le
17 janvier 1998, traqué par une logique juridique infernale, Bill
Clinton était devenu prisonnier d’une nasse si étouffante
qu’il y risquait la destitution. 130 ans avant lui, le président
Andrew Johnson y avait échappé à une voix près.
Il risquait pour sa part de n’avoir pas la même chance.
Par les bons soins du procureur indépendant, l’affaire arrive
le 9 septembre devant la Chambre des représentants. La commission
judiciaire formée sous la présidence de Henry
Hyde planche sur 11 chefs d’accusation et vote le 5 octobre
pour l’ouverture d’une enquête. A l’issue des audiences (9 novembre
- 10 décembre) quatre articles de destitution sont retenus et
soumis à la Chambre des représentants qui en vote deux
le 18 décembre: parjure et obstruction à la justice.
Les treize managers issus de la Chambre transmettent ces articles
au Sénat désormais présidé par le Chief Justice
William Rehnquist. Là, les sénateurs-juges se montrent plus
sereins et bien moins venimeux que les représentants. Tous sont
conscients que la majorité des deux-tiers, soit 67 sur 100 requise
pour la destitution, est impossible à réunir. Les démocrates,
45, présentent un front uni pour la défense du président
dont ils ont condamné le comportement répréhensible,
estimant, toutefois, que celui-ci ne touchait pas à l’esprit des
pères fondateurs de la Constitution en 1788. Les républicains
n’étaient pas en reste et semblaient déterminés, sinon
de déboulonner le président, d’entacher à jamais
son parcours.
Nul ne pouvait prévoir que des “traîtres” se glisseraient
dans leurs rangs. Et nul ne s’attendait à ce que dix d’entre eux
votent l’acquittement pour le premier article et cinq pour le second, empêchant
ainsi leurs collègues d’obtenir un vote à la majorité
simple. Il semble que nombre d’entre eux, ainsi que des sénateurs
démocrates aient passé des nuits de veille avant de prononcer
leur verdict qui ne devait pas innocenter le président, mais qui
ne devait pas non plus le destituer.
William Rehnquist qui eut droit à une “standing ovation” et
reçut comme cadeau un marteau en or, s’est félicité
toutefois de la dignité et du sens de l’humour qu’ont manifestés
les sénateurs au cours des cinq dernières semaines. “J’ai
été impressionné, a-t-il enfin déclaré,
par les chefs de la majorité, Trent Lott et le chef de la minorité,
Tom Daschle de s’être mis d'accord sur la procédure”. En finale,
une motion de censure présentée par un sénateur démocrate
a été jugée hors de propos. La séance
a été reportée sine die. Les sénateurs sont
partis en vacances pour une semaine à l’occasion du Président’s
Day. Et tout semble finir pour le mieux dans le meilleur des monde.
Tout? Pas nécessairement. Les blessures sont profondes de part
et d’autre. Les républicains qui veulent jouer beau jeu n’en sont
pas moins profondément atteints, arguant de la victoire finale de
la Constitution, mais préssentant la débâcle dans leurs
rangs et l’avenir incertain de leur parcours électoral qui les conduira
en l’an 2000 aux législatives et aux présidentielles. Ils
ne bénéficient plus que de 30% d’opinions favorables contrairement
aux démocrates qui atteignent la cote de 45%. En fait, l’extrême-droite
chrétienne qui s’est imposée dans les années 80 et
90 reçoit le coup le plus dur à elle assainé par l’opinion
publique américaine qui semble avoir subi une métamorphose
radicale. Cette opinion publique a été le témoin,
selon “Vanity Fair”, de “l’effacement des frontières entre information
et spectacle, commérage et enquête, presse de supermarché
et presse de référence”. Loin du puritanisme traditionnel,
elle a fait la différence, sourde au matraquage médiatique,
à la littérature porno, à la fausse éloquence
des tribuns, ne cherchant que la vérité et rien que la vérité.
De cette absurdité créée de toutes pièces,
les Américains ont retenu les chiffres faramineux tirés du
contribuable. Pendant quatre ans, l’enquête du procureur Starr
(déterminé à poursuivre toujours Bill Clinton selon
les filières de la justice ordinaire) aura coûté 45
millions de dollars, celle relative à Monica Lewinsky 4,4 millions
de dollars. Les frais d’avocats de celle-ci sont estimés à
2 millions de dollars). Ceux du président à 10 millions de
dollars sans compter les 850.000 dollars versés à Paula Jones.
Cette enquête aura mobilisé 28 avocats, 78 agents de la sûreté
fédérale et un grand nombre de détectives privés.
Une perte de fonds et de temps qui aura détourné le Congrès
pendant 13 mois de ses activités prioritaires et qui remet en question
la fonction du procureur indépendant créée par une
loi votée en 1978 pour enquêter sur d’éventuelles infractions
commises par les membres du gouvernement , à la suite du scandale
du Watergate qui coûta la présidence à Richard
Nixon.
Quant à Bill Clinton, s’il est acquitté, il voit son
mandat terni à jamais et entrera dans l’Histoire comme le second
président des Etats-Unis ayant été frappé
d’une procédure de destitution. Certes, il jouit toujours de plus
de 70% d’opinions favorables. Mais selon un sondage effectué par
l’hebdomadaire “Newsweek” à l’issue du procès, 71% des Américains
pensent que l’Histoire retiendra de lui le scandale Lewinsky et seuls 20%
d’entre eux estiment qu’il pourrait encore se racheter.
Se racheter, contre-attaquer et prendre sa revanche, nul ne connaît
encore la stratégie présidentielle. Lors d’une déclaration
d’une minute lue dans le jardin des roses, à l’issue de son acquittement,
Bill Clinton a appelé ses concitoyens à coopérer pour
un avenir commun: “Maintenant que le Sénat a rempli son devoir constitutionnel
et mené ce processus à son terme, je veux dire à nouveau
au peuple américain que je suis profondément désolé
pour ce que j’ai dit et fait pour provoquer ces événements
et pour l’énorme fardeau que cela a fait peser sur le Congrès
et le peuple américain. Je suis, également, profondément
touché et très reconnaissant du soutien et des prières
que des millions d’Américains m’ont adressé tout au long
de cette année écoulée. Aujourd’hui, j’appelle tous
les Américains, ici à Washington et à travers le pays,
à se consacrer à nouveau à servir notre pays et à
construire ensemble notre pays. Serait-il prêt à pardonner?
“Je crois que toute personne qui demande le pardon doit être prête
à l’accorder”.
Tout au long du “Monicagate”, Bill Clinton n’a guère perdu son
temps menant ses guerres sur le front intérieur et extérieur,
poursuivant la collecte de fonds en faveur des démo-crates
qu’il voudrait conduire à la victoire lors des législatives
et des présidentielles de l’an 2000. Il entend introniser à
la Maison-Blanche son fidèle vice-président Al-Gore et recon-quérir
la majorité au Congrès perdue en 1994 et 1996. Ce serait
là sa meilleure revanche sans oublier l’intention qu’on lui prête
de faire couler dans leurs fiefs respectifs les treize “managers” républicains
qui avaient réclamé sa tête.
La politique de proximité qu’il avait déjà pratiquée
depuis longtemps et à laquelle pensent se vouer les républicains,
l’avait porté à considérer de près les problèmes
d’éducation, de santé, d’environnement. Deux dossiers sont
désormais prioritaires pour lui: le déficit de la “Social
security” et le financement du “Healthcare” qu’il entend sauver avec l’aval
du Congrès en y consacrant les 62% des 4.400 milliards de dollars
d’excédents budgétaires prévus dans les quinze prochaines
années. A priori, les républicains qui veulent utiliser l’excédent
budgétaire pour une baisse drastique des impôts n’y seraient
pas hostiles.
C’est peut-être ainsi que le “comeback kid” pourra redorer son
blason au cours des 23 mois et 700 jours qui lui restent de son mandat.
SUPER HILLARY

A l’issue du procès, les grands gagnants, a-t-on pu dire, ont
été la Constitution et… Hillary qui aurait fait de son époux
un président et garde, désormais, ses chances intactes pour
un parcours exceptionnel d’un sénateur, voire de président.
Le poste de sénateur démocrate à New York serait vacant
en l’an 2000 et elle a toutes les chances de l’occuper si elle décidait
de le briguer. Quant à la fonction de président, elle ne
serait pas à portée de main, car dans l’immédiat,
c’est Al Gore qu’elle entend y propulser avec son époux, décidée
à se lancer dans la campagne électorale.
Au début du mandat de Bill Clinton, elle avait été
la First Lady la plus impopulaire dans l’histoire des Etats-Unis. Elle
achève avec lui son mandat en se situant quasiment au firmament,
considérée désormais comme la plus populaire
des First Ladies américaines.
Après avoir échoué dans la mise en place d’un
projet de santé que lui avait confié Bill Clinton dès
son accession à la Maison-Blanche, celle que l’on classait comme
l’une des cent avocates les plus brillantes d’Amérique, s’est consacrée
aux femmes, aux enfants, à l’éducation, à la réhabilitation
des uns et des autres, sillonnant le monde, intervenant dans les congrès,
les rencontres internationales.
Nul ne peut préjuger de ses réels sentiments envers son
époux qui lui a infligé une si dure humiliation publique.
Elle l’a soutenu avec pugnacité tout au long de l’épreuve.
Elle a vigoureusement dénoncé le vaste complot d'extrême-droite
dont il a été victime. Elle a été partout son
alter ego. Elle vient de l’accompagner dans son voyage au Mexique.
Elle l’accompagnera jusqu’au bout. Vraiment jusqu’au bout? La presse du
cœur se perd en conjonctures.