DÉMONSTRATION PACIFIQUE DE FORCE DES ULTRA-ORTHODOXES À JÉRUSALEM
Les hommes, revêtus de la tunique noire et du chapeau de feutre traditionnels; les femmes en robe longue, un quart de million de juifs ultra-orthodoxes ont manifesté le dimanche 14 février à Jérusalem, contre la Cour de Justice. Selon les rapports de police, “ce fut la plus grande manifestation religieuse depuis la création de l’Etat hébreu en 1948.”
Ce rassemblement soulève une multitude de questions quant au rôle des partis religieux en Israël, pourtant minoritaires, comparés aux courants politiques majeurs.


Manifestation de prière de masse de milliers de juifs orthodoxes à Jérusalem.


 

“Trouvez la différence” entre la photo de Khomeiny et celle de Rabbi Ovadia Yossef, 
chef du parti israélien Shas. Inscription sur pancarte portée lors d’une démonstration 
des juifs laïcs contre les juifs orthodoxes.

 



Un juif orthodoxe sifflant dans une Shofar 
durant la prière de masse à Jérusalem.

 

Mais les “Haredim” (littéralement: “craignant Dieu”) avaient battu le rappel de tous les courants ultra-orthodoxes qui ont déferlé de partout vers l’entrée occidentale de Jérusalem, pour se rassembler au son de musiques juives et prier avec ferveur. La foule est restée calme, la consigne des rabbins étant d’éviter toute violence ou confrontation. Sur les pancartes, peintes en noir, on pouvait lire: “Halte aux provocations de la Cour suprême”; “Prions contre la persécution”. Les manifestants ont distribué des tracts rappelant “les arrêts anti-religieux de la Cour” et réclamé la libération de trois ultra-orthodoxes soupçonnés par la police d’avoir saccagé le domicile de trois chrétiennes de nationalité suisse que les ultras accusent d’être des missionnaires.
Cette affaire n’a été, en fait, que la goutte qui a fait déborder le vase, les ultra-orthodoxes ayant, depuis un certain temps, formulé de nombreux griefs à l’encontre de cette juridiction, qu’ils accusent de limiter leurs prérogatives et privilèges. Ils lui reprochent, notamment, d’avoir aboli la dispense du service militaire qui était accordée aux juifs orthodoxes au nombre de 28.000; d’avoir permis aux magasins dirigés par les Kiboutz d’ouvrir le samedi; d’avoir éloigné les courants religieux des conseils juifs locaux où les “intégristes” avaient auparavant une grande influence.
De nombreux ultras affirment que la Cour suprême veut mâter le judaïsme en Israël et certains vont jusqu’à dire que “ses décisions sont antisémites”. Mais tous affirment que les tribunaux civils ne peuvent se mêler de ce que les ultras considèrent comme des questions d’ordre religieux.
Dans le cadre de cette manifestation, les “hakham” ont montré une grande assurance en affirmant: “Ce n’est que le début de la bataille”, ou bien “Nous avons ébranlé l’Etat”; les plus durs parmi les religieux qui cherchent à être le fer de lance du mouvement de clamer: “Si la Cour suprême n’est pas convaincue de la nécessité de cesser d’interférer dans les affaires religieuses, la guerre aura lieu.”
Au même moment, une contre-manifestation, également pacifique, organisée par les juifs laïcs se tenait à quelques centaines de mètres plus loin. Allure décontractée, à l’occidentale et musique “pop”, une cinquantaine de milliers de personnes, dont beaucoup de jeunes, ont voulu se poser en défenseur des valeurs démocratiques tel qu’on pouvait le lire sur les banderoles portant des inscriptions tel que: “Défendons la démocratie”; ou: “Empêchons qu’Israël devienne un nouvel Iran”.
Mais ce regroupement des laïcs faisait pâle figure devant les ultras, d’autant plus que les principaux courants politiques représentés par le “Likoud”, “les travaillistes” et le nouveau parti centriste ont brillé par leur absence dans ce face-à-face inégal entre religieux et laïcs, surveillée par un important service d’ordre.
Cette absence s’explique, évidemment, par des impératifs électoraux: les ultra-orthodoxes constituent, de plus en plus, une force électorale à prendre en considération, même s’ils ne constituent que 7 à 10% de la population juive d’Israël, les impératifs de la paix les ayant rendus  plus actifs.
Les trois candidats au poste de Premier ministre se sont contentés de déclarations, de lieux communs, se démarquant de la double manifestation. L’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont la présente coalition au pouvoir s’appuie sur 23 élus de trois partis religieux, a prêché le dialogue. “Il faut, dit-il,  préserver l’unité du peuple et il ne peut y avoir d’Etat sans juges.”
Ehud Barak, candidat travailliste, a clamé son soutien à l’Etat de droit, alors que Mordehaï, qui vient de fonder le parti du Centre, a parlé de “tolérance”.
L’augmentation de l’influence des “intégristes” juifs n’est pas sans inquiéter les courants laïcs qui ont gouverné le pays sans partage jusqu’aux années soixante-dix. Ils s’interrogent aujourd’hui face à la montée des ultras sur les sommes publiques qui sont allouées aux religieux, permettant à beaucoup d’entre eux de vivre sans avoir besoin de travailler. Ils ne comprennent pas pourquoi les religieux sont dispensés du service militaire obligatoire (de 3 ans) imposé à tout citoyen.
Ce sentiment d’inquiétude chez les laïcs est renforcé par la détermination des “Haredim” d’aller de l’avant dans leurs revendications, cherchant à recueillir un grand nombre de signatures réclamant la réduction des prérogatives de la Cour suprême dans les affaires religieuses. Les ultras visent donc à renforcer l’image judaïque de l’Etat hébreu et le pouvoir religieux. Ils tirent profit de leur influence dans les législatives et de leur appui aux politiques refusant la création d’un Etat palestinien indépendant.
D’où la question que les observateurs politiques se posent: Quel sera l’impact des intégristes juifs dans l’Etat hébreu de l’an 2000?

Par Nelly Hélou

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