Manifestation de prière de masse de milliers
de juifs orthodoxes à Jérusalem.
“Trouvez la différence” entre la photo de Khomeiny et celle de Rabbi Ovadia Yossef, chef du parti israélien Shas. Inscription sur pancarte portée lors d’une démonstration des juifs laïcs contre les juifs orthodoxes. |
Un juif orthodoxe sifflant dans une Shofar durant la prière de masse à Jérusalem. |
Mais les “Haredim” (littéralement: “craignant Dieu”) avaient
battu le rappel de tous les courants ultra-orthodoxes qui ont déferlé
de partout vers l’entrée occidentale de Jérusalem, pour se
rassembler au son de musiques juives et prier avec ferveur. La foule est
restée calme, la consigne des rabbins étant d’éviter
toute violence ou confrontation. Sur les pancartes, peintes en noir, on
pouvait lire: “Halte aux provocations de la Cour suprême”; “Prions
contre la persécution”. Les manifestants ont distribué des
tracts rappelant “les arrêts anti-religieux de la Cour” et réclamé
la libération de trois ultra-orthodoxes soupçonnés
par la police d’avoir saccagé le domicile de trois chrétiennes
de nationalité suisse que les ultras accusent d’être des missionnaires.
Cette affaire n’a été, en fait, que la goutte qui a fait
déborder le vase, les ultra-orthodoxes ayant, depuis un certain
temps, formulé de nombreux griefs à l’encontre de cette juridiction,
qu’ils accusent de limiter leurs prérogatives et privilèges.
Ils lui reprochent, notamment, d’avoir aboli la dispense du service militaire
qui était accordée aux juifs orthodoxes au nombre de 28.000;
d’avoir permis aux magasins dirigés par les Kiboutz d’ouvrir le
samedi; d’avoir éloigné les courants religieux des conseils
juifs locaux où les “intégristes” avaient auparavant une
grande influence.
De nombreux ultras affirment que la Cour suprême veut mâter
le judaïsme en Israël et certains vont jusqu’à dire que
“ses décisions sont antisémites”. Mais tous affirment que
les tribunaux civils ne peuvent se mêler de ce que les ultras considèrent
comme des questions d’ordre religieux.
Dans le cadre de cette manifestation, les “hakham” ont montré
une grande assurance en affirmant: “Ce n’est que le début de la
bataille”, ou bien “Nous avons ébranlé l’Etat”; les plus
durs parmi les religieux qui cherchent à être le fer de lance
du mouvement de clamer: “Si la Cour suprême n’est pas convaincue
de la nécessité de cesser d’interférer dans les affaires
religieuses, la guerre aura lieu.”
Au même moment, une contre-manifestation, également pacifique,
organisée par les juifs laïcs se tenait à quelques centaines
de mètres plus loin. Allure décontractée, à
l’occidentale et musique “pop”, une cinquantaine de milliers de personnes,
dont beaucoup de jeunes, ont voulu se poser en défenseur des valeurs
démocratiques tel qu’on pouvait le lire sur les banderoles portant
des inscriptions tel que: “Défendons la démocratie”; ou:
“Empêchons qu’Israël devienne un nouvel Iran”.
Mais ce regroupement des laïcs faisait pâle figure devant
les ultras, d’autant plus que les principaux courants politiques représentés
par le “Likoud”, “les travaillistes” et le nouveau parti centriste ont
brillé par leur absence dans ce face-à-face inégal
entre religieux et laïcs, surveillée par un important service
d’ordre.
Cette absence s’explique, évidemment, par des impératifs
électoraux: les ultra-orthodoxes constituent, de plus en plus, une
force électorale à prendre en considération, même
s’ils ne constituent que 7 à 10% de la population juive d’Israël,
les impératifs de la paix les ayant rendus plus actifs.
Les trois candidats au poste de Premier ministre se sont contentés
de déclarations, de lieux communs, se démarquant de la double
manifestation. L’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont la présente
coalition au pouvoir s’appuie sur 23 élus de trois partis religieux,
a prêché le dialogue. “Il faut, dit-il, préserver
l’unité du peuple et il ne peut y avoir d’Etat sans juges.”
Ehud Barak, candidat travailliste, a clamé son soutien à
l’Etat de droit, alors que Mordehaï, qui vient de fonder le parti
du Centre, a parlé de “tolérance”.
L’augmentation de l’influence des “intégristes” juifs n’est
pas sans inquiéter les courants laïcs qui ont gouverné
le pays sans partage jusqu’aux années soixante-dix. Ils s’interrogent
aujourd’hui face à la montée des ultras sur les sommes publiques
qui sont allouées aux religieux, permettant à beaucoup d’entre
eux de vivre sans avoir besoin de travailler. Ils ne comprennent pas pourquoi
les religieux sont dispensés du service militaire obligatoire (de
3 ans) imposé à tout citoyen.
Ce sentiment d’inquiétude chez les laïcs est renforcé
par la détermination des “Haredim” d’aller de l’avant dans leurs
revendications, cherchant à recueillir un grand nombre de signatures
réclamant la réduction des prérogatives de la Cour
suprême dans les affaires religieuses. Les ultras visent donc à
renforcer l’image judaïque de l’Etat hébreu et le pouvoir religieux.
Ils tirent profit de leur influence dans les législatives et de
leur appui aux politiques refusant la création d’un Etat palestinien
indépendant.
D’où la question que les observateurs politiques se posent:
Quel sera l’impact des intégristes juifs dans l’Etat hébreu
de l’an 2000?