Editorial
 LA LONGUE ÉPOPÉE DE LA RANCUNE
NE NEUTRALISE PAS LA JUSTICE DE L’HISTOIRE
CLINTON: UN NOUVEAU ROOSEVELT OU UN AUTRE KENNEDY

Seul George Bush Jr pourrait être le candidat capable de sauver le parti républicain et de le relever après le grand revers auquel il s’est exposé, suite à son échec dans sa tentative de condamner Bill Clinton à partir du scandale de Monica Lewinsky. Dix membres républicains du Sénat se sont ralliés aux démocrates pour blanchir le président et infliger au parti des ”rancuniers” le pire affront de son histoire.
Aujourd’hui, Clinton, “le pur” prépare l’élection de son vice-président Al Gore à la présidence de l’Amérique dans deux ans. De même, il se prépare à engager une bataille de revanche contre les républicains, en vue de les priver de la majorité au Congrès et de la transférer aux démocrates... Tel est son pari. Ainsi, le parti démocrate est sorti de l’épreuve unifié et renforcé, alors que les républicains sont éparpillés, faisant assumer les uns aux autres la responsabilité de la défaite.
Le pire dans l’affaire qui a duré quatre ans, réside dans le fait que le coût des investigations effectuées par le procureur indépendant, Kenneth Starr, s’est élevé à 45 millions de dollars. L’affaire Lewinsky seule a valu au Trésor américain et, partant, aux contribuables américains, des dépenses non inférieures à 4,400 millions de dollars: 28 avocats, 78 policiers, la sécurité fédérale et un nombre indéterminé d’agents privés ont participé à l’enquête et aux poursuites. Ajoutez à tout cela les honoraires des grands avocats qui perçoivent 400 dollars par heure.
Kenneth Starr que le ministère de la Justice poursuit sous l’inculpation d’abus de pouvoir et de faux, étant de l’école de la rancune, a annoncé, dans une tentative d’atténuer la vivacité de la réaction présidentielle, qu’il jouissait de la totalité de ses droits de raviver devant une juridiction ordinaire, ce que le congrès a enterré.
Alors que les retombées du scandale atteignent tout le monde sans exception, seule Hillary, la femme modèle et l’épouse exemplaire ayant soutenu son époux, en sort saine et sauve. Ceci lui donne des chances de devenir membre du Sénat, en tant que représentante de New York, siège vacant précédemment occupé par Daniel Patrick Moynihan.
Dans le cadre de ses préoccupations portant sur les questions sociales et en rapport avec la vie quotidienne de ses concitoyens, le président Clinton concentre son attention sur deux dossiers concernant les impotents et les personnes du troisième âge, à savoir: le déficit de la pension de retraite, (“la sécurité sociale”) et le financement de l’assurance-maladie aux personnes avancées en âge.
Et ce, sans oublier que les Américains sont concernés par la paix au Proche-Orient et l’assouplissement des rapports avec Cuba. Aussi, doit-il accorder son attention à ces deux questions.
Les gagnants, suite à l’acquittement, sont Hillary Rodham Clinton, Bill Clinton, Paula Jones (elle a encaissé 850.000 dollars), la gauche démocratique, l’Internet (après la décision du Congrès de diffuser, par son intermédiaire, le rapport de Kenneth Starr) et Wall Street qui, ne se laissant pas prendre par le scandale, a consacré ses efforts aux institutions en danger.
Quant aux perdants, ce sont: Bill Clinton, également; Kenneth Starr, la droite républicaine, Matt Drudge qui propageait des renseignements inexacts à lui communiqués par Starr et la ville de Washington qui s’est acharnée à calomnier le président.
C’est ce qu’a écrit la presse européenne sur les conséquences du problème, à partir de la phase de la suspicion, en passant par celle de l’inculpation, pour finir par l’acquittement. Etant entendu que les républicains qui ont soutenu le président, n’ont pas agi de bonne foi, mais persuadés du fait que le blâme vaut à Clinton plus de sympathie et de popularité, sans lui causer aucun préjudice. C’est pourquoi, ils ont refusé d’être placés entre les têtes d’une tenaille, autrement dit entre la destitution et le blâme. Ils ont donc préféré soutenir le président.
Ainsi, William Jefferson Clinton reste leader d’“Etats-Unis” prospères ayant eu assez des sermons de la droite extrémiste qui doit apprendre quatre leçons: la présidence a faibli, constitutionnellement; c’est la fin des procureurs indépendants; la victoire de l’indifférence prédomine; enfin, la fin des purs enrobés de vertu a sonné.
Un jour de 1995, au cours d’un dîner officiel au Massachussetts, auquel assistaient Garcia Marquez et Carlos Puentes, l’un d’eux lui a posé cette question : “Qui sont vos ennemis?” Il a répondu: “Je n’ai qu’un seul ennemi: le fondamentalisme religieux de la droite.” En conclusion, Clinton doit boire un toast à la vitalité de l’Amérique et au bon caractère de sa femme Hillary. Son épouse et son peuple l’ont tiré d’embarras. Ajoutez à cela, la Constitution de 1787. Cette Constitution, avec sa sagesse, a empêché l’utilisation de la plus lourde arme de l’arsenal parlementaire: la destitution.
Il est apparu que le plus grand allié de la Maison-Blanche a été l’économie que Clinton traite avec une dextérité rare, la vitalité de cette économie ayant protégé le président dans une grande proportion.
De même, il est apparu que l’Amérique, en dépit de toutes les bourrasques, dispose toujours de substituts et de crédits. De plus, elle s’est habituée à voir les antagonismes cohabiter. Ce sont les Etats harassés et revitalisés. Le président est accusé, tout en jouissant de la plus haute popularité qu’il a connue dans sa vie. L’Amérique est la risée des gens et, en même temps, la reine du monde.
En nous réjouissant à la suite de l’acquittement du président Clinton que l’épreuve a assagi, en faisant de lui “l’enfant sage”, nous proclamons notre bonheur de ce que cette affaire ait dégagé des leçons et des conseils dont tout le monde doit profiter, à savoir que l’individu peut être sanctionné, mais il n’est pas permis de toucher aux institutions.
Ceci était l’erreur de ceux qui vouaient de la rancune au président, les républicains en tête.
Une autre leçon à en tirer: l’épopée de la rancune, si longue soit-elle, n’empêchera pas Clinton de réaliser son rêve, celui de s’affubler du titre d’un nouveau Roosevelt ou d’un autre Kennedy. 

Photo Melhem Karam

Home
Home