MARWAN HAMADÉ:
“NOUS CONTINUERONS À
DÉNONCER TOUTE MAUVAISE GESTION GOUVERNEMENTALE”
Membre du Front de
la lutte nationale (bloc parlementaire de M. Walid Joumblatt), M. Marwan
Hamadé critique la manière dont est effectuée la réforme
administrative. Il soutient que l’équité n’est pas le critère
sur base duquel ont été décidées certaines
mises à l’écart de fonctionnaires, quelques-uns de ceux parmi
les éléments inaptes ayant été épargnés...
De plus, il fait état d’observations que le Parti socialiste
progressiste émet à propos d’un grand nombre de questions
de caractère politique, économique et administratif.
“Nous continuerons à nous opposer à toute gestion
gouvernementale défectueuse et si l’opposition n’existait pas, nous
devrions la créer”, a-t-il ajouté, en se prononçant
en faveur du caza en tant que circonscription électorale “comme
le préconise le patriarche maronite”, jusqu’à l’abolition
du confessionnalisme politique.

A la question: Pourquoi vous opposez-vous au gouvernement et au régime?
Et votre action hostile au pouvoir n’est-elle pas prématurée?”,
M. Hamadé émet ces réflexions: “Nous ne faisons pas
de l’opposition pour le plaisir. Dès l’avènement du nouveau
régime, nous nous sommes comportés avec positivisme à
son égard; avons participé aux consultations du président
Lahoud et de celles du président du Conseil désigné
à qui nous avons remis un mémorandum consignant notre programme
et notre prise de position envers les problèmes de l’heure auxquels
notre peuple est confronté.
“Notre opposition a commencé à prendre corps après
la formation du nouveau Cabinet, d’autant que la manière dont le
gouvernement a été constitué portait à penser
qu’il s’était agi de consultations de pure forme à l’effet
de faire passer une équipe ministérielle préparée
à l’avance, sans tenir compte de la représentation des régions,
des partis et de l’Assemblée.
“Puis, la déclaration ministérielle a déçu
les citoyens, surtout qu’elle a insinué que le gouvernement se propose
de rectifier la politique suivie précédemment. Le torpillage
de tout ce qui a été édifié depuis Taëf
jusqu’à ce jour, n’augure pas d’une action susceptible de favoriser
la stabilité et la prospérité du pays.
“Ensuite, la réforme administrative a donné lieu à
bien des critiques. Certains hauts fonctionnaires connus pour leur probité
ont été mis à la disposition de la présidence
du Conseil, alors que d’autres inaptes ou taxés de négligence
ont été maintenus à leurs postes.
“L’unique tort de quelques-uns parmi ceux qui ont été
mis au rancart est qu’ils se réclament de l’ancien régime.
Je parle, notamment, de Nabil Jisr, du regretté Wagih Khater, de
Mounir Abou-Asli. L’opinion publique est persuadée que les mesures
d’assainissement administratives sont marquées de l’esprit de vengeance...”
- Vous accusez le nouveau régime “de vouloir détruire
tout ce qu’a édifié le précédent”. M. Hariri
serait-il le seul à avoir édifié les régions
dévastées par la guerre?
“Pas du tout; tous nous y avons contribué aux côtés
des présidents Hraoui et Hariri. Il n’est pas admis d’écarter
quiconque proche de Zahlé ou de Koraytem...”
- Craignez-vous toujours, comme M. Joumblatt, pour la “militarisation
du régime”?
“Si Walid Joumblatt n’avait pas mis en garde contre un tel danger,
le régime se serait militarisé davantage. La mise en garde
du leader du PSP peut avoir freiné la tendance du pouvoir dans ce
sens, tel de “planter” des militaires au sein de l’Administration,
celle-ci devant être réservée aux fonctionnaires administratifs.
Les missions de caractère militaire et sécuritaire doivent
rester du ressort des officiers et des soldats dont nous sommes fiers.”
- Où en sont les contacts que vous comptiez entamer avec
les différents partis?
“ Ils se poursuivent à l’initiative du PSP, du FLN et englobent
les instances politiques, religieuses et les blocs parlementaires.
“Nous avons rendu visite, dernièrement au cardinal Sfeir à
qui nous avons exposé notre point de vue envers la réforme
électorale. Nous partageons son idée selon laquelle il faut
élaborer une loi unique pour tout le Liban, dans le sens défini
par l’accord de Taëf, en vue de favoriser l’intégration nationale
et la véritable représentation des citoyens.”
- Votre opposition serait-elle motivée par votre appréhension
d’une réforme électorale ne répondant pas à
vos souhaits?
“Nous émettons des observations à propos de bien des
questions de toutes natures, d’autant que les griefs que nous formulions
contre certaines initiatives du président Hariri, s’appliquent maintenant
à l’actuel Cabinet. Nous ne constatons aucun changement dans les
déclarations des ministres et leur comportement, de nature à
affaiblir la confiance dans notre pays. Ceci pourrait avoir des retombées
graves au double plan financier et économique.
“Nous préconisons l’adoption de l’impôt progressif et
il semble que le gouvernement soit acquis à l’ancien système
fiscal. D’après les déclarations du président Hoss,
il ne paraît pas devoir dévier de la ligne tracée par
son prédécesseur.
“Nous avons remis aux chefs de l’Etat et du gouvernement un programme
sur base duquel doit être élaborée la politique du
Liban aux plans politique, institutionnel, administratif, social et culturel.”
- Allez-vous persévérer dans l’opposition et ne relevez-vous
rien de positif dans ce gouvernement et son plan de travail?
“Nous continuerons à nous opposer à ce qui n’est pas
conforme à notre vision des choses. Nous ne disons pas qu’il n’existe
rien de positif au niveau du pouvoir, mais si l’opposition n’existait pas
il faudrait la créer. Nous tendons la main au régime et à
son chef, car nous avons confiance dans sa probité et ses bonnes
intentions.
“Cependant, l’absence d’une opposition constructive mettant en garde
contre les abus et les infractions, aurait pour conséquence de mettre
en échec l’action du pouvoir, comme ce fut le cas d’une expérience
pionnière, celle du président Fouad Chéhab. Elle a
avorté parce qu’on n’avait pas pris en considération les
mises en garde contre les mêmes dangers qui nous menacent aujourd’hui.”
- Avez-vous des contacts avec le président Hoss?
“Nos rencontres interviennent, uniquement, dans le cadre du jeu parlementaire
à la Chambre des députés.”
- M. Walid Joumblatt se plaint de ce que le FLN n’est pas représenté
au sein du Cabinet; veut-il parler de la représentation druze?
“Il a dit plutôt que les blocs parlementaires et les partis n’y
sont pas représentés. Soyons précis: la représentation
druze n’a rien à voir avec la montagne ou les blocs parlementaires
qui la représentent, ces derniers étant formés de
maronites, de grecs-orthodoxes, de melkites, de druzes et de chiites. Nous
estimons que la montagne n’est pas représentée.”
- Comment concevez-vous la nouvelle loi électorale?
“Nous avons été les premiers à réclamer
une loi non confessionnelle. Toute notre lutte au cours des trois dernières
décennies vise à supprimer le système confessionnel,
ce dernier restreignant nos ambitions et portant atteinte aux principes
de l’égalité des chances et de la justice.
“Jusqu’à quand nos enfants resteront-ils des citoyens de second
rang? Tous les Libanais doivent être égaux, aucune présidence
ni fonction ne devant être réservées à un titulaire
d’une communauté déterminée. Bien que leur nombre
soit inférieur à celui d’autres communautés, les druzes
ont leur position historique les habilitant à élever la voix
pour dénoncer l’inégalité et l’injustice.”
- Vous préconisez, je crois, l’adoption de la petite liste...
“Oui et nous continuerons à adopter cette attitude jusqu’à
l’abolition du confessionnalisme. A ce moment, le pays pourra opter pour
la grande circonscription sur la base des partis et de la représentation
proportionnelle. Jusqu’ici, nous ignorons la tendance au plan de la réforme
électorale, mais nous ne sommes pas de ceux qui boycottent les élections
ou se laissent détourner du but à atteindre.”
- Quels points de divergence vous opposent au cheikh Akl Bahjat
Ghaiss et des tentatives ne sont-elles pas entreprises pour normaliser
vos rapports avec le chef spirituel de la communauté druze?
“Je ne voudrais pas discuter de cette affaire, bien que la coterie
de cheikh Bahjat Ghaiss tente de la politiser. Celle-ci est laissée
à l’instance spirituelle de la communauté et aux juges chériés
à qui il incombe d’émettre un avis définitif.
“En tant que députés, nous sommes pour le respect des
projets transmis à l’Assemblée nationale, prévoyant
la réorganisation du conseil communautaire, des wakfs et de la magistrature.
Ceci permettra à la communauté de sortir de l’impasse dans
laquelle elle se trouve, je dirai même du drame dont elle pâtit
depuis le décès de cheikh Mohamed Abou-Chacra.”
- Qu’est-ce qui retarde la ratification de ces projets?
“La situation ressemble à ce qui s’est passé à
la fin du mandat d’Amine Gemayel au plan politique. Ce jour-là,
le général Michel Aoun a été nommé chef
du gouvernement provisoire ayant pour tâche d’organiser les élections
présidentielles. Or, ces dernières n’ont pas eu lieu, parce
qu’il posait comme condition qu’il soit élu.
“Il en est de même par rapport à la haute instance spirituelle
druze: une personne a été désignée pour en
assumer les charges à titre intérimaire et depuis lors nous
nous trouvons dans la même impasse provoquée par l’attitude
du général Aoun.”
- Vous avez eu des contacts avec certains partis, notamment le PSNS.
Avez-vous des orientations communes ou une conception d’une loi partisane?
“Le PSNS est à l’avant-garde de tous les partis, vu son histoire
et sa lutte contre le confessionnalisme. Je crois que nous pourrons nous
mettre d’accord sur nombre de projets: la loi des partis, la loi électorale,
constitution de la haute commission pour l’abolition du confessionnalisme
politique. J’espère que cette collaboration à l’échelle
partisane donnera une nouvelle conception des partis appelés à
jouer un rôle important, afin de mettre fin au confessionnalisme,
au sectarisme et instituer le système politique démocratique
prôné par l’accord de Taëf.”
- Comment évaluez-vous le rôle de l’Assemblée
nationale à l’étape actuelle?
“L’Assemblée nationale doit protéger le régime
contre toute tendance à la politique de la “troïka” ou du “partage
des parts”.
“Son rôle consiste à légiférer et à
contrôler l’Exécutif. Elle doit, aussi, favoriser l’abolition
du confessionnalisme. Actuellement, elle fait le point et est à
la recherche de nouveaux équilibres.”
- Appuyez-vous la proposition de M. Wadih Akl concernant les biens
maritimes domaniaux?
“Bien sûr. Nous avons encouragé notre collègue
à coopérer avec le ministre des Finances en vue de sévir
contre ceux qui exploitent le littoral depuis deux ou trois décennies.
“Un tel projet peut contribuer à réduire le déficit
du Trésor.”
- Le président Hariri serait-il impliqué dans l’exploitation
du littoral?
“Non”.
- Comment expliquez-vous cet acharnement contre le nouveau régime?
“J’ai constaté un retour à la politique de “partage des
parts”; cela paraît évident dans les récentes nominations
administratives qui ont favorisé certains fonctionnaires au détriment
d’autres. Il est temps de se placer au-dessus de toutes les considérations
et de coopérer dans le cadre des constantes autour desquelles s’accordent
loyalistes et opposants. Le jeu politique doit être maintenu et l’action
du nouveau gouvernement ne consiste pas seulement à juger les erreurs
commises par le précédent Cabinet.”
- Une dilapidation des fonds publics est reconnue par le gouvernement
précédent et la détérioration de la situation
économique.
“Le président Hariri a rétabli l’infrastructure, ce qui
permettra au nouveau régime de réactiver les secteurs productifs.
Certes, il y a eu du gaspillage, mais il n’y a pas de gouvernant idéal.
L’investissement dans des projets d’infrastructure dans les capitales européennes
- la Tour Eiffel à Paris, par exemple - n’a-t-il pas été
considéré comme un gaspillage? Si on comparait Beyrouth aujourd’hui
à ce qu’elle était en 1992, on reconsidérerait son
attitude à l’égard des responsables du régime précédent.”
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