LA PAIX INCERTAINE SOUS LA CONTRAINTE DES ARMES


La vie dorée ne pouvait durer indéfiniment au château de Rambouillet, pour les encombrants hôtes qui y séjournent quasi barricadés depuis le 6 février.
 
 

Photo de famille de la délégation serbe.

Le château de Rambouillet.

Un enfant accompagne les manifestants serbes 
à Rambouillet: nous ne cèderons 
pas le Kosovo.

 

Madeleine Albright à son arrivée au château 
de Rambouillet, en marge de la réunion 
du Groupe de contact,  entourée 
de Robin Cook et Hubert Védrine.

 

10.000 Albanais venus de divers pays d’Europe ont manifesté en faveur de l’indépendance de la province.

 

Milan Milutinovic, président serbe: 
“Le Kosovo est le cœur de notre civilisation.”

 

Servis par Le Nôtre, dégustant les vins de France et disposant même d’un piano, ils s’étaient abstenus de se rencontrer, se vouant une haine mutuelle, mais planchant sur un projet d’accord commun que le Groupe de contact (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Russie) les a sommés d’avaliser, en leur accordant un délai de grâce expirant le samedi 20 février à midi, (11h00 GMT). Dépêchez-vous leur avait ordonné  Madeleine Albright en frappant un grand coup de poing sur la table.
Désormais, le temps est compté aussi bien aux  Serbes qu’aux Kosovars sommés de rester citoyens d’un même pays aux frontières bien tracées, mais disposant d’un accord qui contient en lui-même les germes de conflits et de guerres à répétition. Les uns et les autres le savent bien. C’est pourquoi les Serbes ont exigé, en préalable à toute négociation, la signature par la délégation albanaise hétéroclite des dix points annexes au plan de travail,  affirmant l’intangibilité des frontières de la Yougoslavie. En revanche, les  Kosovars qui rêvent d’une grande Albanie de 7 millions d’habitants, n’ont que l’indépendance comme but final et désirent partir avec des garanties pour l’obtenir.
C’est presque la quadrature du cercle. Les  trois négociateurs: l’Américain Christopher Hill, l’Européen Wolfgang Petrisch et le Russe  Boris Maïorski  en sont conscients, tout comme les deux co-présidents de la conférence Hubert Védrine et Robin Cook. Ces derniers ont multiplié les navettes entre Paris et Rambouillet et se sont trouvés parfois au bord de l’exaspération, étant accusés par les Serbes de “protéger” les Kosovars  et, par ceux-ci, de ne pas en faire assez. Les deux ministres  rejettent, toutefois, l’idée d’indépendance qui “apporterait d’innombrables problèmes à la région” selon Hubert Védrine, soutenu par son homologue britannique qui s’est fait plus explicite encore: “Il n’y a pas de gouvernement au monde, après avoir examiné méthodiquement la question, l’environnement des pays voisins et ce qu’entraînerait cette indépendance, qui puisse soutenir cette revendication.”
Une éventuelle indépendance du Kosovo mettrait en péril l’équilibre des Balkans et menacerait directement la stabilité de la Macédoine dont la population est albanaise à 30% et qui, après avoir obtenu son indépendance sans le recours aux armes, se trouve depuis 1992 sous la protection des Casques Bleus. Ses répercussions se feraient sentir en Grèce, voire en Turquie. Elle mettrait, également, en péril la paix déjà précaire en Bosnie-Herzégovine menacée d’éclatement.
L’indépendance est au cœur du problème kosovar. Les Albanais réclament que le principe de référendum d’autodétermination sur la question du Kosovo soit inscrit dans l’accord intérimaire de trois à cinq ans. Ce que les Serbes rejettent, indiquant que l’autonomie concédée  aux Kosovars ne devrait pas leur accorder un statut similaire à celui de la Serbie et du Monténégro qui constituent la République yougoslave. Le choix est douloureux pour les uns et les autres, car l’autonomie substantielle qui se négocie actuellement va selon Robin Cook, “extrêmement plus loin que celle qui a existé entre 1974 et  1989” et met un coup de frein aux rêves d’indépendance du Kosovo.
Par-delà ce problème central, c’est le déploiement d’une force multinationale pour faire respecter un éventuel accord qui est rejeté par Belgrade. Cette force composée de 30.000 hommes dont 85% d’Européens et quelque 4.000 GI’s, n’est pas négociable par les Occidentaux qui exigent , en préalable, le retrait du Kosovo des forces de sécurité serbes et le désarmement des indépendantistes kosovars.
“Il n’y aura pas de nouveau délai, a précisé Hubert Védrine, cela ne servirait à rien. On a fixé un calendrier, les deux parties savent qu’elles sont à l’heure de vérité.” Le plus dur reste à faire, constate Madeleine Albright, “la menace des raids aériens de l’OTAN demeurant bien réelle”. L’Alliance atlantique interviendra dans tous les cas de figure, soit pour bombarder les cibles militaires serbes en cas d’échec des négociations, soit pour y maintenir l’ordre, en cas d’accord. La paix sous la contrainte des armes, c’est  celle que pourrait annoncer la fumée blanche attendue à Rambouillet.

Par Evelyne MASSOUD



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