Photo de famille de la délégation serbe. |
Le château de Rambouillet. |
Un enfant accompagne les manifestants serbes à Rambouillet: nous ne cèderons pas le Kosovo. |
Madeleine Albright à son arrivée au château de Rambouillet, en marge de la réunion du Groupe de contact, entourée de Robin Cook et Hubert Védrine. |
10.000 Albanais venus de divers pays d’Europe ont manifesté en faveur de l’indépendance de la province. |
Milan Milutinovic, président serbe: “Le Kosovo est le cœur de notre civilisation.” |
Servis par Le Nôtre, dégustant les vins de France et disposant
même d’un piano, ils s’étaient abstenus de se rencontrer,
se vouant une haine mutuelle, mais planchant sur un projet d’accord commun
que le Groupe de contact (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne,
Italie, Russie) les a sommés d’avaliser, en leur accordant un délai
de grâce expirant le samedi 20 février à midi, (11h00
GMT). Dépêchez-vous leur avait ordonné Madeleine
Albright en frappant un grand coup de poing sur la table.
Désormais, le temps est compté aussi bien aux Serbes
qu’aux Kosovars sommés de rester citoyens d’un même pays aux
frontières bien tracées, mais disposant d’un accord qui contient
en lui-même les germes de conflits et de guerres à répétition.
Les uns et les autres le savent bien. C’est pourquoi les Serbes ont exigé,
en préalable à toute négociation, la signature par
la délégation albanaise hétéroclite des dix
points annexes au plan de travail, affirmant l’intangibilité
des frontières de la Yougoslavie. En revanche, les Kosovars
qui rêvent d’une grande Albanie de 7 millions d’habitants, n’ont
que l’indépendance comme but final et désirent partir avec
des garanties pour l’obtenir.
C’est presque la quadrature du cercle. Les trois négociateurs:
l’Américain Christopher Hill, l’Européen Wolfgang Petrisch
et le Russe Boris Maïorski en sont conscients, tout comme
les deux co-présidents de la conférence Hubert Védrine
et Robin Cook. Ces derniers ont multiplié les navettes entre Paris
et Rambouillet et se sont trouvés parfois au bord de l’exaspération,
étant accusés par les Serbes de “protéger” les Kosovars
et, par ceux-ci, de ne pas en faire assez. Les deux ministres rejettent,
toutefois, l’idée d’indépendance qui “apporterait d’innombrables
problèmes à la région” selon Hubert Védrine,
soutenu par son homologue britannique qui s’est fait plus explicite encore: “Il
n’y a pas de gouvernement au monde, après avoir examiné méthodiquement
la question, l’environnement des pays voisins et ce qu’entraînerait
cette indépendance, qui puisse soutenir cette revendication.”
Une éventuelle indépendance du Kosovo mettrait en péril
l’équilibre des Balkans et menacerait directement la stabilité
de la Macédoine dont la population est albanaise à 30% et
qui, après avoir obtenu son indépendance sans le recours
aux armes, se trouve depuis 1992 sous la protection des Casques Bleus.
Ses répercussions se feraient sentir en Grèce, voire en Turquie.
Elle mettrait, également, en péril la paix déjà
précaire en Bosnie-Herzégovine menacée d’éclatement.
L’indépendance est au cœur du problème kosovar. Les Albanais
réclament que le principe de référendum d’autodétermination
sur la question du Kosovo soit inscrit dans l’accord intérimaire
de trois à cinq ans. Ce que les Serbes rejettent, indiquant que
l’autonomie concédée aux Kosovars ne devrait pas leur
accorder un statut similaire à celui de la Serbie et du Monténégro
qui constituent la République yougoslave. Le choix est douloureux
pour les uns et les autres, car l’autonomie substantielle qui se négocie
actuellement va selon Robin Cook, “extrêmement plus loin que celle
qui a existé entre 1974 et 1989” et met un coup de frein aux
rêves d’indépendance du Kosovo.
Par-delà ce problème central, c’est le déploiement
d’une force multinationale pour faire respecter un éventuel accord
qui est rejeté par Belgrade. Cette force composée de 30.000
hommes dont 85% d’Européens et quelque 4.000 GI’s, n’est pas négociable
par les Occidentaux qui exigent , en préalable, le retrait du Kosovo
des forces de sécurité serbes et le désarmement des
indépendantistes kosovars.
“Il n’y aura pas de nouveau délai, a précisé Hubert
Védrine, cela ne servirait à rien. On a fixé un calendrier,
les deux parties savent qu’elles sont à l’heure de vérité.”
Le plus dur reste à faire, constate Madeleine Albright, “la menace
des raids aériens de l’OTAN demeurant bien réelle”. L’Alliance
atlantique interviendra dans tous les cas de figure, soit pour bombarder
les cibles militaires serbes en cas d’échec des négociations,
soit pour y maintenir l’ordre, en cas d’accord. La paix sous la contrainte
des armes, c’est celle que pourrait annoncer la fumée blanche
attendue à Rambouillet.