Puis, le président Nabih Berri a adopté certaines prises
de position qui ont incité le président Hoss à publier
son fameux “communiqué de presse”, lequel a provoqué un choc
politique dans tous les milieux, poussant le gouvernement à prendre
des décisions fermes en ce qui concerne la réforme administrative;
celle-ci présente des difficultés la faisant ressembler à
un terrain semé de mines.
Pourtant, M. Rafic Hariri, chef de file de la néo-opposition,
révèle le maintien du contact avec son successeur au Grand
Sérail. “Que Dieu, dit-il, vienne en aide au président Hoss,
parce que les gens lui réclament des réalisations et des
initiatives excédant la capacité de son équipe ministérielle.”
M. Hariri observe, dans une interview diffusée lundi par la
station “Orbit”, que le chef du gouvernement se trouve en butte aux mêmes
difficultés politiques qui l’avaient empêché de réussir
la réforme des services étatiques. Toutefois, il reconnaît
que le Premier ministre opère, actuellement, dans des circonstances
plus favorables que les siennes.
Quoi qu’il en soit, la déclaration de M. Hoss, diffusée
dimanche dernier, dans laquelle il avouait que son gouvernement avait perdu
une partie de son crédit, a produit l’effet d’une bombe dans les
milieux politico-parlementaires, laissant craindre son éventuelle
démission ou, tout au moins, un remaniement ministériel suite
au sommet libano-syrien de Damas. Et ce, en raison des embûches qui
entravent son action.
Cependant, les milieux proches du président du Conseil se sont
empressés d’infirmer les rumeurs laissant prévoir une démission
de sa part, en précisant qu’il n’avait fait que réfuter les
allégations de ses détracteurs, à commencer par M.
Hariri, pour en finir par M. Walid Joumblatt ou M. Elie Ferzli, en passant
par M. Omar Karamé qui ont pris violemment à partie le Sérail
au cours des trois dernières semaines.
Fait à signaler: M. Hoss a relevé, non sans regret, la
tendance des opposants à le critiquer, tout en vantant le chef de
l’Etat. Aussi, y a-t-il détecté une tentative de semer la
mésentente entre le président Lahoud et lui-même...
Aussi, le vice-président de l’Assemblée, M. Ferzli, s’est-il
empressé de rendre visite à M. Hoss moins de vingt-quatre
heures après la diffusion de son “communiqué” et de déclarer
à l’issue de son entrevue: “J’appuie sa déclaration qui ouvre
la voie à un nouveau départ pour le gouvernement.”
Quant au Conseil des ministres, il s’est trouvé devant l’alternative
suivante: tenir compte des observations émises par le président
du Conseil et poursuivre la réforme administrative avec un nouvel
esprit ou adopter la nouvelle tranche des nominations de fonctionnaires
de la première catégorie et laisser aux organismes de contrôle,
nantis de larges attributions, le soin de parachever l’assainissement des
services étatiques considéré comme une opération
permanente et de longue haleine.
Selon des sources renseignées, les présidents Lahoud
et Hoss ont échangé les vues autour de ces deux possibilités
au cours de leur rencontre lundi soir à Baabda. Tout en s’étendant
sur les raisons ayant incité le Premier ministre à publier
son “communiqué de presse”, par lequel il faisait assumer au chef
du Législatif la responsabilité du trébuchement de
la réforme administrative. Ce que le président Nabih Berri
a infirmé, en réitérant son soutien au régime
et au gouvernement, qualifiant la déclaration du président
du Conseil de “réaliste et d’objective”, avant d’assurer qu’il n’est
nullement question de changer de gouvernement ou de le remanier. Par ailleurs
et en appelant à profiter de la présence du président
Lahoud à la tête de l’Etat, M. Berri a proposé entre
autres solutions pour régler le problème administratif, de
décréter les nouvelles nominations ou mises au rancart en
une fois; puis, “de confier la pâte au boulanger et la cuisson au
cuisinier”; autrement dit, de laisser aux organismes de contrôle
toute latitude de remettre en état l’administration officielle.
“Le président Hoss n’est nullement faible, a assuré le
président Berri, comme d’aucuns l’imaginent. Il est fort, parce
qu’il bénéficie du soutien de la Chambre des députés,
du président de la République et des frères syriens”,
rappelant qu’il avait coopéré avec lui dans les années
80, au temps des deux gouvernements, le sien et celui du général
Michel Aoun.
M. Berri a réfuté l’allégation de ceux qui le
soupçonnent d’entraver la réforme administrative, affirmant
qu’il n’a à aucun moment tenté de mettre des bâtons
dans les roues du char gouvernemental dans ce domaine.
Par ailleurs, le président Hoss devait déclarer en quittant
le palais de Baabda, lundi soir, qu’il était en parfaite entente
avec le président Lahoud. “J’ai obtenu de Son Excellence plus qu’un
soutien et notre entente est parfaite.”
Interrogé sur le point de savoir s’il se proposait de rendre
le tablier, il a répondu: “Ce n’est que le rêve d’une nuit
d’été: ni démission, ni bouderie, ni régression,
mais poursuite de la réforme et du processus du changement.”
Pour en revenir au parlement, le gouvernement y a été
la cible, la semaine dernière, de critiques directes, dans le cadre
du débat institué autour des requêtes et plaintes parvenues
à la présidence de l’Assemblée.
Le président Hoss a répondu aux critiqueurs, en réaffirmant
son attachement aux constantes politico-économico-financières,
“telles qu’adoptées depuis l’avènement de l’indépendance
et jusqu’à ce jour.”
Les membres de l’Assemblée se sont arrêtés aux
demandes de prêts quant à leur caractère anticonstitutionnel,
pour la raison que les ministres qualifiés n’ont pas apposé
leur signature, en même temps que celles des chefs de l’Etat et du
gouvernement, sous le précédent régime. La tendance
était, tout d’abord, en faveur de leur abrogation, mais le chef
du Législatif est intervenu en vue de les faire ratifier, “afin
de ne pas priver le pays d’une aide financière dont il a besoin”,
d’autant que cet argent servira à exécuter des projets d’utilité
publique sur base du principe du “développement équilibré”.
Ainsi, la Chambre a approuvé quarante projets de lois, trente-trois
d’entre eux étant en rapport avec des accords en vue de l’obtention
de prêts d’un montant global de 600 millions de dollars du Fonds
séoudien et de la Banque islamique pour le développement,
destinés à financer la construction de trois hôpitaux.
D’autre part, deux projets de lois sur la protection de la propriété
littéraire et l’élection de cinq des dix membres du Conseil
national de l’information ont été ajournés.
En ce qui concerne le sommet libano-syrien, les entretiens ont englobé
les problèmes de l’heure au double plan local et régional.
Après avoir félicité le président Assad
à la suite de la reconduction de son mandat, le président
Lahoud a réaffirmé les constantes de la position libanaise
constituant la base de ses relations historiques avec la Syrie, en plus
de la concomitance des volets libanais et syrien au niveau des négociations,
en vue d’une paix juste et globale.
Bien que rien d’officiel n’ait transpiré de la teneur de l’échange
de vues entre les deux hommes d’Etat, il nous revient que le président
Assad a réitéré son soutien à toute initiative
que prendrait son homologue, en vue de la concrétisation des promesses
consignées dans son discours d’investiture.
“Nous sommes ensemble”, ont proclamé MM. Lahoud et Assad et
le président Assad a enchaîné, “Je suis en même
temps avec les Syriens et les Libanais.”