LE RÊVE BRISÉ D’ABDULLAH OCALAN

Abdullah Ocalan, l’“ennemi public numéro un” est enfin aux mains de ses geôliers et termine sa longue cavale en Turquie
 
 

Protestation des Kurdes à Rome.
 

 


La colère des Kurdes partout en Europe. Des milliers ont manifesté 
à Londres.
 

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Occupation et prise d’otages à l’ambassade de Grèce à La Haye.

Pour la Turquie, Abdullah Ocalan est “l’ennemi public numéro 1”.

Le Premier ministre turc, Bulent Ecevit. 

Pour la Turquie, Abdullah Ocalan est “l’ennemi public numéro 1”.

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A Istanbul, les forces de l’ordre veillent.

Les forces de police anti-émeutes délogent 
les occupants du consulat de Grèce à Strasbourg.

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Le Premier ministre turc, Bulent Ecevit, en a annoncé la nouvelle, d’une voix tremblante d’émotion: “Nous avions dit que nous le capturerions où qu’il soit dans le monde. Nous avons tenu cette promesse d’Etat.” Ocalan arrivé mardi 16 février à 01h00 GMT “rendra compte de ce qu’il a fait et de ce qu’il a fait faire à d’autres devant la justice turque indépendante.” Ainsi, la nasse se referme sur le chef rebelle du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) qui, depuis 15 ans, est rendu responsable de 29.000 morts.
Les circonstances dans lesquelles Ocalan a été arrêté sont l’objet d’une vaste polémique où sont impliquées les autorités grecques accusées d’avoir livré Ocalan: kenyanes soupçonnées d’avoir accompli une basse besogne et américaines dont les services secrets auraient diligenté la capture avec l’aide du Mossad.
Ocalan avait quitté le 16 janvier l’Italie qui l’avait assigné à résidence après l’avoir maintenu en détention, depuis son arrestation le 12 novembre à l’aéroport Fumicino, à l’hôpital Palestrina à 40 kilomètres de Rome, exposant à rude épreuve ses relations avec la Turquie qui réclamait son extradition et cherchait en vain à le remettre à l’Allemagne qui avait renoncé à juger chez elle un hôte si encombrant.
Ocalan avait auparavant trouvé refuge en Russie après que la Syrie, sous la menace de 20.000 soldats turcs massés à ses frontières, s’en fût débarrassée en octobre dernier. La Douma qui avait sympathisé avec sa cause, lui avait octroyé l’asile politique que le Kremlin lui avait refusé. C’est alors qu’il a pensé se diriger vers l’Italie gouvernée par les post-communistes, un député de cette obédience l’y ayant accompagné. Des milliers de Kurdes ont alors afflué vers Rome pour exprimer leur soutien à celui qu’ils nomment affectueusement “Apo” (l’oncle).
Puis, ce fut à nouveau la cavale. Ocalan avait tenté en vain de se rendre aux Pays-Bas pour saisir la Cour de justice de La Haye de la cause kurde. Puis, il avait été dissuadé par deux chasseurs belges de se rendre à Bruxelles. Il a, finalement, trouvé refuge, pendant douze jours, à la résidence de l’ambassadeur de Grèce à Nairobi. La nouvelle en a été divulguée lors de son arrestation dans des circonstances encore mal élucidées prêtant à polémique.
Accusées d’avoir livré à la Turquie le chef rebelle kurde, Athènes et Nairobi ont tenté de se disculper. Les explications du ministre grec des Affaires étrangères, Theodore Pangalos, n’ont guère convaincu les Kurdes. “Ocalan, avait-il déclaré, avait passé outre aux conseils du personnel diplomatique grec de Nairobi et avait choisi de suivre les autorités kenyanes jusqu’à l’aéroport pour tenter de gagner les Pays-Bas où il voulait saisir la Cour de justice internationale de la question kurde. La voiture dans laquelle il était monté, s’est écartée soudainement du cortège et a disparu.” Une explication qui laisse sceptique l’avocat allemand d’Ocalan, Eberhard Schultz: “Selon mes informations, a indiqué ce dernier, mon client a été extrait hier de l’ambassade de Grèce sur la foi d’une déformation de la situation émanant des autorités kenyanes”. “Ce qui s’est passé, a estimé la représentante de la branche politique du PKK, n’a pu se faire sans que les autorités grecques soient au courant et les Kurdes exigent des réponses.”
La nouvelle de l’arrestation d’Ocalan s’est propagée comme une traînée de poudre en Turquie où vivent 13 millions de Kurdes rêvant de bâtir, sinon un Etat, du moins une autonomie propre et à travers toute l’Europe où vivent près d’un million et demi de Kurdes. La colère ajoutée à la douleur et au désespoir a jeté des milliers de Kurdes dans les grandes artères de La Haye, Vienne, Moscou, Paris, Copenhague, Bonn, Hambourg, Londres, Bruxelles. Les représentations diplomatiques grecques et kenyanes ont été prises d’assaut et des Kurdes ont tenté de s’immoler par le feu. A La Haye, l’épouse de l’ambassadeur de Grèce et leur enfant de huit ans ont été retenus en otages par 200 Kurdes munis de grenades. A Vienne, l’ambassadeur grec, son épouse et trois collaborateurs ont été pris en otages, tandis que le feu était mis à l’ambassade du Kenya en Autriche. A Marseille, le consulat grec a été investi par des dizaines de Kurdes qui ont menacé de s’immoler par le feu. A Genève, une quarantaine de Kurdes ont pénétré au siège des Nations Unies...
La machine infernale est en marche. Rien n’arrêtera les Turcs et les Kurdes dans leur bras de fer séculaire. Le PKK a annoncé qu’il poursuivra la lutte armée, tandis que Bulent Ecevit indiquait que “tout le monde doit savoir que personne ne peut accomplir quoi que ce soit en Turquie par terrorisme.”
Pour mettre fin à l’occupation des locaux diplomatiques grecs en Europe, la branche politique du PKK a posé six conditions, notamment qu’Ocalan ne soit ni torturé, ni condamné à mort. Tandis que le chancelier Schröder demandait un procès équitable et se faisait rabrouer vertement par Bulent Ecevit: “Nous n’avons de leçons à recevoir de personne.”
L’inquiétude est d’autant plus vive chez les Kurdes, qu’ils connaissent déjà l’horreur des geôles turques et leur mépris déclaré aux droits de l’homme. 132 prisonniers d’opinion y croupissent toujours. C’est, d’ailleurs, les atteintes portées aux droits de l’homme ou supposées comme telles qui maintiennent encore la Turquie aux portes de l’Union européenne. 


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