PORTABLES: CANCER ET ALZHEIMER
DOUTES INQUIÉTANTS SUR
L’INNOCUITÉ DE CES APPAREILS

“Simple comme un coup de fil”, dit la pub. Et c’est vrai: depuis le
boom des téléphones portables, jamais il n’aura été
aussi facile pour les hommes de communiquer entre eux. La preuve: l’an
dernier, il s’est vendu dans le monde quelque 163 millions d’appareils,
soit plus de la moitié des équipements déjà
en service. L’Europe vient en tête de cette vague d’engouement et
rien qu’en France, 20% de la population est, maintenant, équipée
de ce qui n’est plus un gadget.
Seulement voilà: si pratiques soient-ils, nos portables seraient,
également, fort dangereux et risqueraient de déclencher,
chez les utilisateurs compulsifs, de graves ennuis de santé. Migraines,
mais aussi, lourdes pertes de mémoire, fatigue anormale, dépression,
voire tumeurs cancéreuses et même développement précoce
de la maladie d’Alzheimer. C’est ce qui ressort de diverses enquêtes
menées tant aux Etats-Unis, en Europe du Nord qu’en Grande-Bretagne,
où la BBC vient de diffuser un documentaire qui suscite une vive
polémique. Après avoir fait état de nombreux cas de
maladie chez des usagers du portable, l’émission donne la parole
à des scientifiques reconnus qui expriment des doutes inquiétants
sur l’innocuité de ces appareils.
Divers cas sont présentés. Celui de Stanley Corney, 39
ans, ancien ingénieur de British Telecom, dont le métier
l’obligeait à utiliser un portable plusieurs heures par jour. Depuis
qu’il a quitté cet emploi, il ne souffre plus, comme auparavant,
de migraines atroces. Aux Etats-Unis, David Reynard s’est battu, en vain,
pendant des années, pour obtenir de la justice qu’elle attribue
à l’usage intensif du portable le décès de son épouse,
Suzie. La jeune femme a été emportée par une tumeur
cancéreuse de la taille d’une balle de golf, située juste
derrière son oreille gauche. L’endroit exact où elle plaçait
la mini-antenne de son téléphone. En Suède, un chercheur,
le Dr Lennart Hardell, a découvert, chez 209 patients fanatiques
du portable, l’existence de tumeurs cervicales. Très honnêtement,
le Dr Hardell reconnaît que la faible ampleur de son enquête
oblige à l’“interpréter avec précaution”. Mais, ajoute-t-il,
“un problème existe qui devrait être étudié
plus en profondeur”. Un autre chercheur, américain celui-là,
le Dr George Carlo, dont les travaux sont en cours, envisage l’hypothèse
d’un risque accru de développement d’un type rare de tumeur au cerveau
qu’“il convient d’étudier avec beaucoup d’attention”.
En Grande-Bretagne, enfin, le Dr Alan Preece, de l’université
de Bristol, a découvert que l’utilisation d’un téléphone
entre vingt et trente minutes suscitait un “léger réchauffement”
de la zone cervicale exposée aux radiofréquences. Sans conclure
de façon formelle, il recommande de réduire ces radiations
par l’usage du “kit mains libres”.
On s’en doute, l’initiative de la très sérieuse chaîne
publique a déclenché, au Royaume-Uni, une avalanche de protestations
intéressées, dénonçant une “dramatisation excessive”
et soulignant le caractère “non probant” des études évoquées.
Mêmes réserves de la part du Bureau national de protection
radiologique. Les fabricants affirment que le taux des radiations émises
par leur matériel ne dépasse pas le seuil au-delà
duquel la santé du consommateur serait lésée. Les
distributeurs, eux, y vont plus carrément: selon eux, rien ne débouche
sur des conclusions fiables. Bref: c’est du pipeau!

L’organisation caritative Headway, qui se penche sur le sort des personnes
souffrant d’affections crâniennes, ne l’entend pas ainsi. Ses adhérents
militent activement pour que, sans plus attendre, ces téléphones
portent la mention “Attention, danger!”, à l’instar de celles apposées
sur les bouteilles d’alcool et les paquets de cigarettes. Du coup, les
pouvoirs publics commencent à mettre en place des groupes d’experts
inspirés de ceux déjà en fonction au Canada. Et l’Organisation
mondiale de la santé lance une étude qui durera trois ans.
Le débat, désormais, gagne le public dans un pays où
25% de la population possède un portable. Les Britanniques auraient-ils
peur? En tout cas, depuis l’émission de la BBC, Carphone Warehouse,
l’un des plus grands distributeurs de ce matériel, enregistre de
plus en plus de questions inquiètes sur le danger des portables.
“Car, si la BBC affirme qu’il existe des risques, ce doit être vrai...”,
disent les clients, avec une inébranlable confiance dans leur télé.
Les ventes auraient-elles baissé? Carphone Warehouse refuse de répondre.
Seule précision - significative -, la commercialisation des “kits
mains libres”, recommandés par certains chercheurs, a littéralement
explosé !
|
Immunologiste, le Dr Madeleine Bastide a, dans
son laboratoire, exposé des œufs de poule en incubation aux radiations
d’un téléphone portable du commerce. Résultat: 60%
de poussins mort-nés, contre 10% pour les œufs non exposés.
|
LES TÉLÉPHONES PORTABLES SERAIENT-ILS DANGEREUX?
![]() |
![]() |
Peuvent-ils provoquer le cancer du cerveau?
Indépendamment des travaux menés par un chercheur suédois
(voir l’article d’Anna Mikhaïlov), deux études révèlent,
chez des souris et des larves de vers soumises à d’intenses radiofréquences,
une accélération de la multiplication cellulaire, comme sous
l’effet d’un agent cancérigène. Toutefois, nuance un scientifique,
“pour une larve, une nuit de rayonnement équivaut, chez l’adulte
humain, à dix années de radiation!” L’université de
Californie a, de son côté, mené des expériences
identiques sur des rats qui, par la suite, présentaient des tumeurs.
Travaux suspendus par l’arrêt de la subvention que Motorola, fabricant
de portables, versait... Pour se prononcer, il faut attendre les résultats,
disponibles dans trois ans, de l’enquête épidémiologique
de l’OMS. Parmi les personnes victimes d’un cancer du cerveau habitant
dans dix pays, il s’agit de savoir à quelles sortes de radiations
elles ont été soumises.
Peuvent-ils provoquer des pertes de mémoire,
voire la maladie d’Alzheimer?
Chez le rat exposé à des radiofréquences, la zone
de mémoire du cerveau présente une baisse de l’activité
électrique et de réponse aux stimulations. Ce qui rejoint
les troubles de mémoire déplorés par certains utilisateurs
de portables. A l’université de Bristol, le Pr Alan Preece parvient
au même bilan, en soumettant à des tests, 36 volontaires humains
équipés d’un émetteur-récepteur appliqué
sur la tempe. Selon ces travaux, les ondes auraient une action sur nos
fonctions cognitives. En définitive, tout le monde s’accorde sur
le fait qu’elles ne sont pas neutres.
|
Bernard Veyret est responsable du programme Comobio. Ce vaste projet de recherche français est destiné à évaluer les effets sanitaires des radiotéléphones et il est financé par les ministères de la Santé, de la Recherche et de l’Industrie, ainsi que par Alcatel, Bouygues Télécom, Sagem et France Télécom. Les premiers résultats des travaux seront connus dans deux ans. |