JUGEANT “L’ARRANGEMENT D’AVRIL” BÉNÉFIQUE AUX CIVILS ISRAÉLIENS ET LIBANAIS

MOHAMED HUSSEIN FADLALLAH:

“LA PAIX SERAIT INSTAURÉE AU PROCHE-ORIENT
DANS UN PROCHE AVENIR”


 “L’arrangement d’avril est le fruit d’une action internatio-nale et ne peut être abrogé au plan régional”, soutient l’uléma Mohamed Hussein Fadlallah. “De plus, dit-il, il sert l’intérêt des civils israéliens et libanais en cherchant à les prémunir contre les agressions de part et d’autre”.
Le dignitaire chiite pense que la France, les Etats-Unis et le parti travailliste israélien ne permettront pas l’abrogation dudit arrangement, ni son amendement .
Quant aux derniers raids israéliens perpétrés à l’instigation de Netanyahu, ils visaient, à son avis, à embarrasser Ehud Barak, Premier ministre élu.
Prédisant l’instauration de la paix dans un proche avenir, il pense que le Liban est “une nécessité américaine et européenne dans la région dont il est difficile de trouver un substitut.”

L’uléma Fadlallah doute de la possibilité d’abroger l’arrangement d’avril, du moins par une force régionale, “car il est le fruit d’une action internationale combinée” (entendre franco-US) et sert l’intérêt tant des civils israéliens que libanais. L’opération “Grappes de la colère” effectuée le 11 avril 1996, a entraîné une riposte dont ont pâti les habitants des kibboutzim dans le nord d’Israël.
L’évolution de la Résistance libanaise a favorisé un “équilibre de la terreur” dans la région, c’est pourquoi, les populations civiles de part et d’autre de la frontière ont besoin d’être protégées contre les raids et les tirs de katiouchas.
Puis, l’Etat hébreu n’a pas la capacité d’abroger un accord avalisé par l’Amérique et Washington ne veut pas que le Liban dépose une plainte contre Israël au Conseil de Sécurité où elle serait contrainte d’user de son droit de veto, si un projet de résolution condamnant Israël lui était soumis.
La prochaine étape consiste dans la vision du parti du Travail en celle de l’instauration de la paix. Pour cela, il faut créer un climat propice à l’aboutissement des négociations entre les parties antagonistes.
Le parti travailliste israélien a besoin de maintenir l’arrangement d’avril, contrairement au Likoud qui n’a cessé de manœuvrer à l’effet de le torpiller.
On attribue, justement, à Barak l’intention de favoriser l’instauration de la paix au Proche-Orient; en est-il capable?
Tout responsable israélien, qu’il soit de droite ou de gauche, désire réaliser la paix, parce qu’elle convient davantage à Israël que de rester, indéfiniment, sur pied de guerre.
Naturellement, Israël veut obtenir des Arabes le maximum de concessions et la satisfaction de ses exigences, avant d’être disposé à coopérer avec les pays de la région.
L’important pour l’Etat hébreu est de tout avoir, sans rien donner en retour aux Arabes. Car il est en position de force, puisqu’en plus de son occupation de territoires arabes, il bénéficie du soutien des Etats-Unis.
Nous ne considérons pas Barak comme plus accommodant que Netanyahu, car il a un passé riche en guerres anti-arabes et en attentats contre les Palestiniens. De plus, il n’a pas souscrit à l’accord d’Oslo.
Le Cabinet qu’il formera lui permettra d’opter pour une politique mouvante, en ce sens qu’il aura la possibilité d’alterner les prises de position dures et conciliantes, selon l’étape à laquelle aboutiront les pourparlers.
Croyez-vous que les derniers raids israéliens sur nos infrastructures ont quelque rapport avec la rivalité franco-américaine dans la région?
J’imagine qu’il s’agit d’un problème israélien interne; en d’autre termes, d’une affaire destinée à la consommation intérieure et non internationale.
Le Likoud a profité du temps perdu, entre l’élection de Barak et la formation du nouveau Cabinet israélien, pour passer à l’attaque, dans l’espoir d’atteindre ses objectifs.
C’est pourquoi, je ne crois pas que les derniers raids sont en rapport direct avec la rivalité franco-américaine.
Cela veut-il dire que la Résistance a commis une “erreur d’appréciation” en lançant des katiouchas en direction du Nord d’Israël?
Pas du tout. Si nous considérions comme une erreur la résistance à Israël, cet Etat qui a vaincu plus d’un pays arabe et œuvre en vue de frapper la résistance, notre action se limiterait à déterminer la liberté de mouvement de l’ennemi. La politique de la résistance vise à entraver l’agression israélienne sur la population civile. Durant la guerre et sous prétexte de frapper la résistance palestinienne, les bombardements touchaient les civils. La résistance islamique qui a changé l’équation, n’a pas commis une “erreur d’appréciation” en lançant des katiouchas en direction du Nord d’Israël. C’est l’Etat hébreu qui a eu tort, en occupant des portions de notre territoire et en bombardant nos infrastructures. D’autant que l’opinion internationale a dénoncé ces raids injustifiés.
Malgré ses faibles capacités, le Liban est fort de l’appui international. Son existence est une nécessité internationale, preuve en sont les congrès d’ordre politique, culturel, scientifique et économique qui y tiennent leurs assises. Aussi, Israël a-t-il été discrédité par la communauté internationale.
Vous dites que le Liban est une “nécessité internationale”. En quoi consiste son rôle?
Le Liban est le seul pays de la région caractérisé par son ouverture à l’Orient et à l’Occident. Cela est favorisé par son Histoire autant que par sa diversité culturelle et linguistique. Par sa position géographique, il est la “fenêtre de l’Orient sur l’Occident”. Malgré leur tentative de créer un substitut au Liban, tels Chypre, la Grèce et même Dubaï, les Etats-Unis et l’Union européenne ont constaté que le Liban jouit d’une particularité inexistante dans d’autres pays.
Aussi, devons-nous profiter de cette occasion pour œuvrer en vue de conserver notre position et la raffermir. Je ne parle pas de la “libanisation” du monde comme Saïd Akl, mais du rôle du Liban dans le monde.
La dernière opération israélienne a-t-elle remis en question le rôle du Hezbollah?
Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec l’avenir. Le rôle de toute partie politique au Liban dépend de la réalité politique future. Tout le monde reconnaît que l’idée du retrait israélien du Liban, qui est aussi une demande de la population israélienne, est le résultat de la pression exercée par la résistance sur l’ennemi.
Il est évident que cette politique menée par la résistance islamique ait son rôle au Liban et dans la région arabe. La question ne concerne pas un parti, mais tout un peuple et sa lutte contre l’ennemi. Malgré ses capacités limitées, la résistance a affronté par sa foi Israël et déjoué ses complots. Ceci ne s’est pas produit dans l’histoire du conflit arabo-israélien.
Où en sont les tractations entre le “Hezbollah” et le commandement politique en Iran? Quelle est la réalité du refus par certains responsables du parti des options iraniennes?
Il est essentiel de reconnaître que le “Hezbollah” est un parti libanais et non iranien;  il n’y a donc pas de raison qu’il soit lié à une instance officielle iranienne, ou qu’il se mêle des affaires internes de l’Iran.
Quant à sa relation avec l’ayatollah Ali Khamenéï, représentant du commandement islamique, elle est dictée par un engagement vis-à-vis de son mandat légal.
 

Propos recueillis par
NADIM ABOU-GHANNAM

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