TOUT EN REMETTANT EN ÉTAT SES INFRASTRUCTURES

LE LIBAN ATTEND DE VOIR À L’ŒUVRE
LE NOUVEAU PREMIER MINISTRE ISRAÉLIEN


La Chambre des députés consacrera, la semaine prochaine quatre jours à l’examen du projet de budget 99. Tout indique  que le débat sera plutôt calme, bien que certains parlementaires se réclamant de la néo-opposition, seront tentés de décocher des critiques acerbes au “Cabinet des 16”.

Car l’étape ne permet pas une confrontation entre le gouvernement et ses détracteurs, d’autant que l’idée d’un éventuel changement ou remaniement ministériel ne se pose pas, du moins pour le moment. La conjoncture régionale exige de toutes les parties politiques d’aider à renforcer le front intérieur, en prévision d’une nouvelle phase, survenant après l’entrée en fonctions du Premier ministre israélien élu, Ehud Barak, dont dépend l’avenir de l’opération de paix.
De fait, le président de la République a insisté sur la nécessité de maintenir, en la renforçant, la coopération entre l’Exécutif et le Législatif, en ce qui concerne, surtout, le projet de budget.

BERRI CALMERA LE JEU
Le président Nabih Berri a déclaré à l’issue de son tête-à-tête hebdomadaire avec le chef de l’Etat, qu’il veillera à ce que le débat budgétaire se déroule dans une atmosphère normale, “sur la base de la science et du réalisme”, tout en se souciant de faire entendre tous les sons de cloche.
Le chef du Législatif se préoccupera de laisser la liberté de parole à tous les députés, abstraction faite de leur affiliation, partant du fait que “la discussion de la loi de finances est une chose et les prises de position du parlement envers le Cabinet, en sont une autre.” D’autant que l’actuelle équipe gouvernementale paraît devoir durer jusqu’aux élections législatives de l’an 2000.
Aussitôt, après le vote du projet de budget, le gouvernement s’emploiera à assainir l’administration à tous les niveaux, autrement dit, à reprendre la réforme au point où elle avait abouti, il y a quelques semaines. Dans le même temps, le ministre des Finances mettra au point le projet de budget de l’an 2000, pour pouvoir le communiquer à la Chambre dans le délai constitutionnel, soit fin septembre prochain.

LA SITUATION AU SUD
Pendant ce temps, les responsables suivent de près l’évolution de la situation au Liban-Sud, d’autant que les “faucons” israéliens cherchent un prétexte pour poursuivre leurs raids contre les villages sudistes. A ce sujet, il importe de faire état du commentaire d’Uri Lubrani, coordonnateur des opérations israéliennes à la frontière, qui considère “l’appui du chef de l’Etat à la Résistance, tant que notre territoire sera occupé”, comme “un soutien aux groupes terroristes”.
Cependant, le commandant de la zone nord, le général Gaby Eshkinazi, a dit: “Il s’agit d’un discours pour la consommation intérieure dont nous ne tiendrons pas compte. Nous n’avons pas l’intention de combattre le gouvernement libanais, ni l’Armée libanaise qui ne nous ont pas déclaré la guerre... Mais si les choses venaient à changer, nous aurions une autre position et notre riposte serait ferme.”
Au cours de la dernière réunion du Conseil des ministres présidée par M. Hoss, ces points ont été passés en revue. Les membres du gouvernement ont fini par réaffirmer leur attachement à “l’arrangement d’avril 96”, le Liban attendant des Etats-Unis et de la France (dont les représentants co-président le comité de surveillance de la trêve), d’exercer des pressions sur l’Etat hébreu à l’effet de préserver ledit comité.
En ce qui a trait à la réparation des dégâts causés par les raids israéliens aux infrastructures, plus exactement aux centrales électriques de Jamhour et de Bsalim, ainsi qu’aux ponts reliant la capitale au Sud, les milieux officiels se réjouissent de l’importance des dons consentis par de nombreuses entreprises et des particuliers, ce qui permet au gouvernement de couvrir les frais des travaux en cours, sans prélever aucune somme sur les fonds du Trésor.
Naturellement, le Pouvoir poursuit ses contacts avec les instances internationales, afin de les amener à dissuader Israël, s’il envisageait de perpétrer de nouvelles agressions une fois terminée la remise en état de nos infrastructures.

AIDE SYRIENNE
Dans ce même ordre d’idées, il y a lieu de signaler l’aide fournie par la Syrie pour contribuer à effacer les séquelles de l’agression israélienne. En effet, M. Mahmoud Zohby, Premier ministre syrien, a informé son homologue libanais qu’à la demande du président Assad, la Syrie a décidé d’offrir soixante mille tonnes de ciment, à placer à la disposition du Conseil du Sud.
Le président Assad avait envoyé, précédemment, dix camions chargés de pièces de rechange, destinées aux centrales électriques de Jamhour et de Bsalim. Ces pièces ont été livrées au ministre des Ressources hydrauliques et électriques par M. Mounib Saëm el-Dahr, ministre syrien de l’Electricité.
Fait à signaler: les donations provenant des sociétés, des banques, des responsables (qui ont fait don de leurs indemnités mensuelles) et des particuliers ont totalisé, jusqu’ici, un peu moins que quatorze milliards de livres libanaises, non compris le don consenti par le prince Walid Ben Talal pour réparer les centrales électriques, alors que le gouvernement iranien a pris à sa charge la reconstruction des ponts.

À QUAND LA RÉUNION DU COMITÉ DE SURVEILLANCE?
Par ailleurs, le président Hoss qui a obtenu la promesse quant à une éventuelle réunion du comité de surveillance de la trêve à Nakoura, après la formation du Cabinet Barak, attend la concrétisation de cette promesse.
Cependant, selon certaines sources fiables, Israël tenterait de reporter cette réunion avec l’accord de Washington, préférant relancer les négociations de paix sur tous les volets palestinien, syrien et libanais. Et ce, afin d’empêcher une participation directe de la France (et de l’Union européenne) à tout projet de solution qui se ferait à travers le comité mentionné, surtout après le renforcement de la coordination franco-syro-arabe - plus précisément avec l’Egypte et l’Arabie séoudite - et l’entrée en ligne de l’Iran.
Sur ce plan, on prête à l’émissaire européen, Miguel Angel Moratinos, l’intention d’entreprendre une nouvelle tournée au Proche-Orient, suite à celle qu’a effectuée, récemment, l’émissaire du Quai d’Orsay.
Ce qui rassure quelque peu, c’est l’assurance réitérée de l’ambassadeur US, David Satterfield, aux chefs de l’Etat et du gouvernement, quant à l’attachement de Washington à l’arrangement d’avril. De plus, le diplomate américain a réaffirmé le souci de son gouvernement de prévenir une nouvelle escalade sur le terrain.
La capitale fédérale s’emploie à rasséréner l’atmosphère, afin de rendre possible, la relance des négociations sur tous les volets.
A ce sujet, il y a lieu de rappeler la déclaration par laquelle le président Lahoud s’est félicité de la cohésion du front intérieur et de l’unité nationale face à l’occupation, “la Résistance traduisant la volonté et les aspirations de tout le peuple, plus que jamais résolu à libérer les portions occupées de son territoire.”
Le chef de l’Etat a dit encore: “Le Liban respecte ses engagements et sa parole. Aussi, est-il fermement attaché à l’arrangement d’avril. De plus, il ne déviera pas de l’action qu’il mène en vue de libérer son territoire et d’obtenir l’instauration d’une paix juste et globale dans la région.”
Cela dit, les milieux libanais, tant officiels, parlementaires, que populaires, se perdent en conjectures sur  la politique que suivra le nouveau Premier ministre israélien, dont la première déclaration, après le vote de confiance à la Knesset, rassure quelque peu, sans dissiper toutes les appréhensions. Car il faut le voir à l’œuvre et attendre qu’il concrétise son intention “d’instaurer une paix véritable”, ou la “paix des braves”...
 

NADIM EL-HACHEM

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