LE LIBAN ATTEND DE VOIR À
L’ŒUVRE
LE NOUVEAU PREMIER MINISTRE
ISRAÉLIEN
Car l’étape ne permet pas une confrontation entre le gouvernement
et ses détracteurs, d’autant que l’idée d’un éventuel
changement ou remaniement ministériel ne se pose pas, du moins pour
le moment. La conjoncture régionale exige de toutes les parties
politiques d’aider à renforcer le front intérieur, en prévision
d’une nouvelle phase, survenant après l’entrée en fonctions
du Premier ministre israélien élu, Ehud Barak, dont dépend
l’avenir de l’opération de paix.
De fait, le président de la République a insisté
sur la nécessité de maintenir, en la renforçant, la
coopération entre l’Exécutif et le Législatif, en
ce qui concerne, surtout, le projet de budget.
BERRI CALMERA LE JEU
Le président Nabih Berri a déclaré à l’issue
de son tête-à-tête hebdomadaire avec le chef de l’Etat,
qu’il veillera à ce que le débat budgétaire se déroule
dans une atmosphère normale, “sur la base de la science et du réalisme”,
tout en se souciant de faire entendre tous les sons de cloche.
Le chef du Législatif se préoccupera de laisser la liberté
de parole à tous les députés, abstraction faite de
leur affiliation, partant du fait que “la discussion de la loi de finances
est une chose et les prises de position du parlement envers le Cabinet,
en sont une autre.” D’autant que l’actuelle équipe gouvernementale
paraît devoir durer jusqu’aux élections législatives
de l’an 2000.
Aussitôt, après le vote du projet de budget, le gouvernement
s’emploiera à assainir l’administration à tous les niveaux,
autrement dit, à reprendre la réforme au point où
elle avait abouti, il y a quelques semaines. Dans le même temps,
le ministre des Finances mettra au point le projet de budget de l’an 2000,
pour pouvoir le communiquer à la Chambre dans le délai constitutionnel,
soit fin septembre prochain.
LA SITUATION AU SUD
Pendant ce temps, les responsables suivent de près l’évolution
de la situation au Liban-Sud, d’autant que les “faucons” israéliens
cherchent un prétexte pour poursuivre leurs raids contre les villages
sudistes. A ce sujet, il importe de faire état du commentaire d’Uri
Lubrani, coordonnateur des opérations israéliennes à
la frontière, qui considère “l’appui du chef de l’Etat à
la Résistance, tant que notre territoire sera occupé”, comme
“un soutien aux groupes terroristes”.
Cependant, le commandant de la zone nord, le général
Gaby Eshkinazi, a dit: “Il s’agit d’un discours pour la consommation intérieure
dont nous ne tiendrons pas compte. Nous n’avons pas l’intention de combattre
le gouvernement libanais, ni l’Armée libanaise qui ne nous ont pas
déclaré la guerre... Mais si les choses venaient à
changer, nous aurions une autre position et notre riposte serait ferme.”
Au cours de la dernière réunion du Conseil des ministres
présidée par M. Hoss, ces points ont été passés
en revue. Les membres du gouvernement ont fini par réaffirmer leur
attachement à “l’arrangement d’avril 96”, le Liban attendant des
Etats-Unis et de la France (dont les représentants co-président
le comité de surveillance de la trêve), d’exercer des pressions
sur l’Etat hébreu à l’effet de préserver ledit comité.
En ce qui a trait à la réparation des dégâts
causés par les raids israéliens aux infrastructures, plus
exactement aux centrales électriques de Jamhour et de Bsalim, ainsi
qu’aux ponts reliant la capitale au Sud, les milieux officiels se réjouissent
de l’importance des dons consentis par de nombreuses entreprises et des
particuliers, ce qui permet au gouvernement de couvrir les frais des travaux
en cours, sans prélever aucune somme sur les fonds du Trésor.
Naturellement, le Pouvoir poursuit ses contacts avec les instances
internationales, afin de les amener à dissuader Israël, s’il
envisageait de perpétrer de nouvelles agressions une fois terminée
la remise en état de nos infrastructures.
AIDE SYRIENNE
Dans ce même ordre d’idées, il y a lieu de signaler l’aide
fournie par la Syrie pour contribuer à effacer les séquelles
de l’agression israélienne. En effet, M. Mahmoud Zohby, Premier
ministre syrien, a informé son homologue libanais qu’à la
demande du président Assad, la Syrie a décidé d’offrir
soixante mille tonnes de ciment, à placer à la disposition
du Conseil du Sud.
Le président Assad avait envoyé, précédemment,
dix camions chargés de pièces de rechange, destinées
aux centrales électriques de Jamhour et de Bsalim. Ces pièces
ont été livrées au ministre des Ressources hydrauliques
et électriques par M. Mounib Saëm el-Dahr, ministre syrien
de l’Electricité.
Fait à signaler: les donations provenant des sociétés,
des banques, des responsables (qui ont fait don de leurs indemnités
mensuelles) et des particuliers ont totalisé, jusqu’ici, un peu
moins que quatorze milliards de livres libanaises, non compris le don consenti
par le prince Walid Ben Talal pour réparer les centrales électriques,
alors que le gouvernement iranien a pris à sa charge la reconstruction
des ponts.
À QUAND LA RÉUNION DU COMITÉ DE SURVEILLANCE?
Par ailleurs, le président Hoss qui a obtenu la promesse quant
à une éventuelle réunion du comité de surveillance
de la trêve à Nakoura, après la formation du Cabinet
Barak, attend la concrétisation de cette promesse.
Cependant, selon certaines sources fiables, Israël tenterait de
reporter cette réunion avec l’accord de Washington, préférant
relancer les négociations de paix sur tous les volets palestinien,
syrien et libanais. Et ce, afin d’empêcher une participation directe
de la France (et de l’Union européenne) à tout projet de
solution qui se ferait à travers le comité mentionné,
surtout après le renforcement de la coordination franco-syro-arabe
- plus précisément avec l’Egypte et l’Arabie séoudite
- et l’entrée en ligne de l’Iran.
Sur ce plan, on prête à l’émissaire européen,
Miguel Angel Moratinos, l’intention d’entreprendre une nouvelle tournée
au Proche-Orient, suite à celle qu’a effectuée, récemment,
l’émissaire du Quai d’Orsay.
Ce qui rassure quelque peu, c’est l’assurance réitérée
de l’ambassadeur US, David Satterfield, aux chefs de l’Etat et du gouvernement,
quant à l’attachement de Washington à l’arrangement d’avril.
De plus, le diplomate américain a réaffirmé le souci
de son gouvernement de prévenir une nouvelle escalade sur le terrain.
La capitale fédérale s’emploie à rasséréner
l’atmosphère, afin de rendre possible, la relance des négociations
sur tous les volets.
A ce sujet, il y a lieu de rappeler la déclaration par laquelle
le président Lahoud s’est félicité de la cohésion
du front intérieur et de l’unité nationale face à
l’occupation, “la Résistance traduisant la volonté et les
aspirations de tout le peuple, plus que jamais résolu à libérer
les portions occupées de son territoire.”
Le chef de l’Etat a dit encore: “Le Liban respecte ses engagements
et sa parole. Aussi, est-il fermement attaché à l’arrangement
d’avril. De plus, il ne déviera pas de l’action qu’il mène
en vue de libérer son territoire et d’obtenir l’instauration d’une
paix juste et globale dans la région.”
Cela dit, les milieux libanais, tant officiels, parlementaires, que
populaires, se perdent en conjectures sur la politique que suivra
le nouveau Premier ministre israélien, dont la première déclaration,
après le vote de confiance à la Knesset, rassure quelque
peu, sans dissiper toutes les appréhensions. Car il faut le voir
à l’œuvre et attendre qu’il concrétise son intention “d’instaurer
une paix véritable”, ou la “paix des braves”...