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HISTOIRES PARALLÈLES

Il faudrait consulter les astrologues: est-ce qu’il existe une quelconque relation astrale entre le président égyptien Hosni Moubarak et M. Jean Tibéri, maire de Paris?
Quand M. Moubarak était arrivé à Paris, en mai 1998, pour une visite d’Etat, les démêlés judiciaires du maire de la capitale française et de son épouse Xavière occupaient le devant de l’actualité, au point que la visite égyptienne (une délégation de cent hommes d’affaires accompagnaient M. Moubarak) était à peu près totalement ignorée. On se souvient (ou peut-être pas, après tout) que le 18 mai 1998, MM. Chirac et Moubarak publiaient une déclaration conjointe sur le processus de paix arabo-israélien; ils y dressaient un remarquable bilan et faisaient des propositions. “Le Monde” lui consacrait tout juste trois lignes! A part, “Les Echos”, dans le reste de la presse comme sur les chaînes de télévision, rien. Les mésaventures de Xavière avaient plus d’importance.
Un an plus tard, le président Moubarak arrive encore à Paris. Et qu’y trouve-t-il? La même affaire Tibéri qui rebondit.
On connaît les liens étroits entre le président Chirac et l’actuel maire de Paris. Ne dirait-on pas que tout ce qui peut affaiblir la position du chef de l’Etat français surgit à point nommé chaque fois qu’il se hasarde à prendre une initiative dans le domaine arabo-israélien?
Affaire Tibéri, visite de Moubarak, à deux reprises, ce n’est probablement qu’une coïncidence dont on peut se gausser - comme de cette autre coïncidence entre une visite de M. Netanyahu à la Maison-Blanche, il y a un an et demi environ, quand on s’attendait à des pressions de M. Clinton sur Israël et le brusque éclatement de l’affaire Monica. M. Clinton s’était, alors, dépêché de rassurer son visiteur: il n’est pas question de pressions.
Que de coïncidences troublantes!

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Mais voici une bonne nouvelle: les commissions ad hoc du Congrès américain viennent de décider d’augmenter l’aide annuelle accordée au Liban pour ses projets de développement de dix à quinze millions de dollars. Vous avez bien lu: de 10 à 15, en chiffres comme en lettres.
Nous devons cette générosité, précisent les dépêches de Washington, aux efforts de la “Task force for Lebanon”, composée de plusieurs congressistes d’origine libanaise. Les braves gars!
Cela nous remet en mémoire la conférence tapageuse (du moins l’était-elle à Beyrouth où l’on est toujours pressé de pavoiser) tenue dans la capitale américaine, il y a trois ans, au lendemain de l’agression israélienne, les “grappes de la colère”. Il s’agissait, alors, en réunissant les “amis du Liban” aux Etats-Unis, de mobiliser les secours et les investisseurs. M. Hariri avait fait le déplacement pour exposer lui-même les besoins et les projets de son gouvernement. Discours, débats, banquets, photos, rien n’y a manqué pour impressionner le bon peuple. Résultat au bout de trois ans? Apparemment, nul. Mais voici que l’aide directe du gouvernement américain passe de 10 à 15 millions.
A l’inverse, l’aide économique des Etats-Unis à Israël va être réduite. Cela signifie quoi? Voici les chiffres qui parlent, révélés par le quotidien de Tel-Aviv, “Haaretz” cité par les dépêches:
- Pour la seconde année consécutive, l’aide économique accordée à Israël a été réduite de 120 millions de dollars. Elle tombe donc à 960 millions. Mais l’aide militaire est augmentée de 60 millions pour atteindre 1,92 milliard. Israël s’oppose, selon “Haaretz” à cette réduction, bien que M. Netanyahu se soit prononcé, dans le passé, pour une baisse progressive de l’aide économique pour parvenir à son arrêt total en dix ans, mais en échange de l’augmentation de l’aide militaire.
N’est-ce pas merveilleux? Le Sénat américain décide de recourir à la réduction (pour l’économie) et à l’augmentation (pour le militaire) selon les désirs de M. Netanyahu lui-même; mais M. Netanyahu proteste. Israël empochera, tout de même, une aide globale de 2,88 milliards de dollars durant la prochaine année fiscale.
Qui dit mieux? La “Task force for Lebanon”?

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Comment parvenir à la paix avec un voisin qui, doté de la plus puissante armée de la région, reçoit année après année une aide militaire en accroissement continu? Un voisin dont l’arsenal ne trouve son usage que contre le Liban? Et qu’aucun Etat limitrophe ne menace plus. N’a-t-il pas fait la paix avec l’Egypte, la Jordanie et les Palestiniens? La Syrie ne lui offre-t-elle pas la paix? Le Liban lui a-t-il jamais fait peur, alors qu’il ne réclame que d’être laissé en paix sur l’ensemble de son territoire?
Le processus de paix parrainé par l’Amérique ne prévoit-il pas une réduction progressive des armements dans toute la région?
Le président américain avait souligné, l’autre jour, que seule la paix apporterait la sécurité à Israël. Pourquoi alors continue-t-il à développer l’arsenal militaire israélien (son dernier cadeau: cinquante avions de combat)?
Ainsi, va le processus de paix. M. Shamir, Premier ministre israélien au moment de la conférence de Madrid à laquelle il ne s’était rendu que forcé, avait bien proclamé qu’il ferait traîner les négociations pendant dix ans. C’est-à-dire pour les faire capoter.
On approche du terme. Et c’est dans l’incohérence la plus totale.
M. Barak est-il maintenant en position de démentir M. Shamir? 


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