DOSSIER


LE CELIBAT PROLONGE DES JEUNES FEMMES LIBANAISES
CHOIX PERSONNEL OU PHENOMENE SOCIAL?

Par LINA ASFAR La moyenne d’âge de mariage pour les femmes au Liban compte parmi les plus élevées du monde. Elle est d’environ 29 ans à Beyrouth et 27 ans dans le reste du pays.
Ces chiffres sont révélateurs d’un problème aux causes et conséquences multiples. Vivre avec ses parents, en solo, ou en concubinage? S’en tenir aux interdits et aux tabous ou mener une vie sexuelle jugée plus épanouissante?
Un tour d’horizon s’impose avec le Dr Marie-Thérèse Khair Badawi, psychologue et Me Fadi Moughaïzel, avocat.
Des jeunes filles et des jeunes gens nous font part, également, de leur propre expérience.

Le célibat est un film à deux protagonistes mais à divers scénarios. Il serait erroné de généraliser un prototype de femme ou d’homme célibataire libanais. Tout dépend du milieu, de la mentalité et de facteurs socio-économiques. Seule constante: le problème de manque d’hommes propre à toutes les sociétés d’après-guerre et principalement dû au phénomène d’émigration excessive.
Les rares jeunes gens rentrés au pays en quête d’une épouse, redonnent espoir aux jeunes filles se rapprochant  de l’âge critique du mariage ou le dépassant. Mais, pour certains, leur choix est déjà fait: priorité aux jeunes nymphes, de préférence vierges et innocentes. C’est, paraît-il, plus sûr et porteur d’une garantie de bonne santé pour une meilleure procréation.
Diplômes, spécialisations, évolution culturelle et intellectuelle, tout s’essouffle face à une mentalité orientale profondément ancrée. Preuve en est, le nombre impressionnant de jeunes filles qui se font suturer l’hymen avant le mariage.
Bien plus grave, la crise économique dans le pays jumelée à l’augmentation, en crescendo, du nombre d’années d’étude.
Cherté de vie, smic dérisoire, les jeunes gens triment durant des années pour se faire un avenir. Cheveux blancs, signe d’un prétendant potentiel! Et dire qu’il y a tout juste un demi-siècle, les hommes se mariaient à 20 ans. L’exigence de virginité chez les filles de l’époque n’était pas tellement difficile à satisfaire!
 
 

AUTOSUFFISANCE FINANCIÈRE ET INDÉPENDANCE
Aujourd’hui, l’attente se fait longue. D’autant plus que la professionnalisation de la femme gagne davantage du terrain. Les filles ont rattrapé, voire dépassé, les garçons. Elles accumulent les diplômes, brillent dans leur carrière et paraissent moins pressées à se marier. Indépendantes, sûres d’elles-mêmes, elles tirent leur force secrète de leurs gains pécuniaires. L’argent est, aussi, une forme de pouvoir.
Leur autosuffisance financière justifie leurs multiples exigences face aux futurs prétendants. Débarrassées des soucis matériels, elles cherchent surtout un homme avec qui elles peuvent s’entendre et  vivre en harmonie; un homme de même niveau intellectuel qu’elles. “Il vaut mieux être seule avec soi-même, que seule avec quelqu’un”, assurent-elles.
L’aisance pécuniaire dont elles jouissent les incitent, parfois, à exiger de leur futur mari un niveau de vie semblable au leur, sinon supérieur.
Mais serait-il capable de le leur assurer?
Autre condition posée au futur conjoint: maintenir son activité professionnelle après le mariage. C’est vital pour elles. Certains hommes s’y opposent farouchement: “La place de la femme, disent-ils, est au foyer auprès de ses enfants.”

 Dr Badawi

“Mais, évitons de généraliser”, s’empresse de souligner le Dr Badawi: le “complexe de Cendrillon” est souvent omniprésent chez les jeunes filles, le travail étant pour elles, synonyme de contrainte et non de réalisation personnelle. C’est une période transitoire dans l’attente du “sauveur” qui les délivrera de cet asservissement. Elles ont beau paraître autonomes, décidées à prendre leur destin en main, elles restent imprégnées de cette formule magique: “mari-maison-bébé”, leitmotiv d’un ancrage collectif.

EXIGEANTE OU CONCILIANTE
L’observation clinique des jeunes femmes célibataires dévoile une réalité encore plus complexe. Sans vouloir trop généraliser, on tend à penser qu’elles réagissent, différemment, selon les tranches d’âge auxquelles elles appartiennent.
Fortes de leurs atouts physiques et professionnels, elles se montrent plus exigeantes dans le choix de leur partenaire et ce, jusqu’à 30 ou 32 ans.
Cet âge-là marque un revirement de situation. Elles se font, alors, moins difficiles, plus conciliantes. Elles ne voudraient surtout pas se voir coller l’étiquette de “vieille fille”. L’équivalent en arabe, “aaness”, porte des connotations bien plus fortes: c’est le dénigrement, la dévalorisation de la jeune femme non mariée qui ne jouit d’aucun statut social au Liban, le regard de la société étant impitoyable à son égard. Le célibat prolongé est, parfois, interprété comme le signe d’une quelconque anomalie ou la conséquence d’une disgrâce physique:
“Elle n’a pas trouvé quelqu’un qui puisse l’épouser, dira le doigt accusateur. Il y a probablement quelque chose qui cloche en elle!”
 


Indépendante financièrement,
elle devient plus exigeante
dans le choix de son partenaire.

32 ANS, L’ÂGE-LIMITE
32 ans est l’âge à partir duquel le tic tac de l’horloge biologique se fait entendre. Fonder une famille et procréer deviennent, soudain, une nécessité. Toutes les concessions sont bonnes pour se marier et se “caser”. C’est à cet âge et, surtout, un peu plus tard, vers 35 - 36 ans, que les valeurs morales auxquelles la jeune femme s’était accrochée (virginité, chasteté...) commencent à basculer.
32 ans, c’est aussi l’âge choisi par M. Joe Kodeih pour l’héroïne de sa pièce de théâtre: “Matar Charles de Gaulle”, dont il est l’auteur et le metteur en scène. Cette histoire reflète, parfaitement, l’image dans laquelle pourrait se reconnaître bon nombre de jeunes femmes célibataires ayant dépassé la trentaine.
Partie rejoindre, comme prévu, son futur prétendant libanais installé en France, cette jeune femme l’attend durant des heures à l’aéroport Charles de Gaulle. C’est très simple: ils comptaient vivre ensemble une quinzaine de jours, pour voir “si ça marche” avant l’engagement définitif. L’attente se fait longue. Le prince charmant ne pointe pas à l’horizon. Ignorant son adresse, sans le sou, déboussolée dans un milieu hostile, la jeune femme décide, après maintes réflexions, de rebrousser chemin.
Trois temps forts dans la pièce retiennent l’attention. Tout d’abord, la décision pour une jeune femme attachée à son pays, ses racines, sa famille, de tout quitter et de s’aventurer vers l’inconnu, rien que pour se voir passer l’anneau au doigt. Bien qu’issue, apparemment, d’un milieu conservateur, elle est prête à tout, même à concubiner pendant deux semaines. Son alibi: “Nous aussi, assure-t-elle, nous avons évolué!”
Autre point fort: l’attente insoutenable à l’aéroport, lui fait hurler sa colère contre son bien-aimé et dans la foulée, contre tous les hommes. Elle les insulte, leur trouve tous les défauts du monde, jure par tous les dieux qu’elle ne s’y fera plus reprendre, mais attend toujours avec un espoir renouvelé à chaque silhouette familière. Son désir d’aimer et d’être aimée est bien plus fort.
Enfin, à bout de force, elle s’écrie: “C’est vrai, j’ai déjà 32 ans, mais je préfère rester célibataire que me marier!” Phrase-clé selon M. Kodeih. C’est son amour-propre qui parle, sa conviction intime  de rester toujours, quoi qu’il arrive, l’enfant chérie de ses parents, sécurisée, entourée par eux. Oui, elle préfère mille fois retourner dans le giron familial que de se soumettre au bon vouloir d’un homme incapable d’aimer!
 


Le rêve de toute jeune fille: 
se marier et fonder un foyer.

Les jeunes célibataires vivant
pleinement leur sexualité, se heurtent
au regard réprobateur de la société.

SEXUALITÉ DE LA FEMME CÉLIBATAIRE
Le film du célibat continue à tourner, toujours deux protagonistes et divers scénarios. Bientôt, la fin. Pour certaines femmes, la chance finit par sourire. C’est le commencement d’une vie à deux avec le prince charmant enfin rencontré. D’autres se contentent d’un gentil mari-papa qui, loin d’être l’homme rêvé, fera toujours l’affaire. Celles dont le tic tac de l’horloge biologique s’est désormais tu, échappent souvent au célibat définitif par un mariage tardif. Leurs conjoints, généralement sexagénaires, subissent, à leur tour, le regard moqueur de la société: “Ils ont épousé “une infirmière” pour leurs vieux jours!”, entend-on murmurer. Mais on a souvent tendance à ignorer que la femme ménopausée est capable de mener une vie sexuelle, même plus épanouissante qu’avant.
Un épisode crucial fait, pourtant, défaut dans ce film. C’est le black-out total sur la vie affective et, pourquoi pas, disons-le, sexuelle de la jeune femme célibataire.
Selon le Dr Khair Badawi, on ne peut faire abstraction de la sexualité en parlant de ce problème. “Il ne s’agit pas de sexualité vue sous l’optique de fécondation ou de procréation, mais plutôt de psychosexualité liée à l’affect, au besoin organique, au désir, à l’envie... Les tabous touchant la virginité, les interdits portant sur les relations sexuelles hors mariage, jurent avec la réalité sociale. Les imposer, c’est aussi aller à l’encontre du développement normal de l’affectivité humaine, puisque la sexualité fait partie intégrante de l’affect.”
Nombre de jeunes filles célibataires dépassent, actuellement, ces interdits, vivent pleinement leur sexualité et réalisent ce qu’elles considèrent être leur épanouissement personnel. Pour ce faire, elles se heurtent au regard réprobateur de la  société! “Elles risquent gros, entend-on souvent répéter. Maintenant, aucun homme ne voudra plus d’elles, même pas leur partenaire sexuel. Elles sont en train de perdre les meilleures années de leur vie!”
Quelles que soient leurs motivations (le font-elles par amour, désir d’expérience sexuelle ou en perspective de mariage), ces jeunes filles ne se casent pas nécessairement plus vite que d’autres: crise économique, mentalité orientale et, surtout, concept de mariage erroné chez certains Libanais dont le but se limite aux rapports sexuels. Ils ne conçoivent pas le mariage sous l’optique d’un compagnonnage basé sur la communication et l’affectivité.



Les difficultés économiques
retardent leurs projets de mariage.

À CHACUN SES CHOIX
Vivre en solo, procure à certaines de ces jeunes filles une indépendance et une liberté d’action favorables à leur choix. Pionnières dans leur genre, elles quittent le foyer paternel au risque de se faire vilipender et traiter de filles libertines.
D’autres préfèrent se lier à un homme pour le meilleur, mais sans le pire; autrement dit, concubiner (voir encadré). Nombreuses sont celles qui s’engagent dans cette voie. Leurs raisons varient selon leurs convictions et celles de leurs partenaires:
• Difficulté financière pour fonder un foyer;
• vision laïque de l’union d’un couple;
• indépendance vis-à-vis des institutions religieuses;
• liberté d’engagement et de rupture (difficulté d’obtenir le divorce dans les mariages religieux et les dépenses qui en découlent);
• exigence d’indépendance dans le couple;
• choix inévitable du concubinage, l’un des deux partenaires étant déjà marié.
A chacun ses choix, ses convictions et les circonstances de son existence. Offrir sa virginité à l’homme de sa vie ou se permettre une certaine liberté sexuelle? Nul n’est en mesure de dicter une ligne de conduite à quiconque. Que celui qui n’a jamais péché (même par pensée!...) jette la première pierre!
 

FEMMES CELIBATAIRES ET CONCUBINAGE

Jeune femme célibataire, puissiez-vous opter pour le concubinage? Sachez, alors, que votre statut de concubine, n’est ni défini, ni réglementé de façon précise en droit libanais.
Me Fadi Moughaïzel nous l’explique: Le statut personnel relève au Liban des lois communautaires (chrétiennes et musulmanes) qui tolèrent les rapports sexuels uniquement dans le cadre du mariage. Donc, non validité du concubinage, même en l’absence de texte juridique interdisant, expressément, à un homme et à une femme de mener une activité sexuelle hors mariage.
Ce vide juridique peut être comblé par les lois sur l’atteinte aux bonnes mœurs, ainsi que plusieurs textes voisins tout aussi flexibles et sujets à de larges interprétations.
En France, par contre, le concubinage (union libre) est reconnu et légalement autorisé. C’est l’état de deux personnes, homme et femme, qui ont choisi de vivre ensemble comme un couple marié et dont la cohabitation présente une certaine durée et une certaine stabilité.
Il ne suffit donc pas que deux personnes, de sexe différent, vivent ensemble, pour qu’il y ait union libre (phénomène de flatsharing en Europe). La relation charnelle, la durée et la stabilité de leur union déterminent si concubinage, il y a. En effet, dans certains pays, les concubins ne jouissent des droits qui leur sont propres qu’au terme d’une vie commune d’au moins un an. Ces dispositions portent sur leurs rapports personnels, la filiation, les droits successoraux, le logement, les dommages et intérêts en cas de décès...
L’union libre se présente sous deux formes: le concubinage simple, entre deux personnes célibataires et le concubinage adultérin, entre une personne célibataire et une autre mariée.
les droits des concubins !
 En France, les textes de lois et les décisions de jurisprudence réglementent les rapports des concubins entre eux, avec leur famille et les tiers:
• Ils ne se doivent ni assistance, ni secours, ni fidélité.
• Chacun d’eux peut, à tout moment, se prévaloir du principe de libre rupture et abandonner l’autre.
• Leurs enfants sont “naturels” et jouissent, en général, des mêmes droits que les enfants légitimes issus d’un mariage.
• En reconnaissant leurs enfants, ils leur permettent de leur succéder normalement. Toutefois, s’ils vivent en concubinage adultérin, leurs enfants n’auront droit, en présence d’enfants légitimes issus du mariage, qu’à la moitié de la part qu’ils auraient eue s’ils étaient légitimes.
• Les concubins n’héritent pas automatiquement (sans testament) l’un de l’autre. Mais si l’un d’eux meurt en premier et si leur enfant décède, ensuite, le concubin survivant sera indirectement appelé à la succession de l’autre.
• Lorsque l’un des concubins est victime d’un accident, l’autre peut demander réparation du dommage à la personne responsable de l’accident. Mais il ne peut y avoir réparation lorsque la liaison invoquée revêt un caractère précaire. 
Depuis la loi du 11 juillet 1975, dépénalisant l’adultère, le concubinage adultérin ne fait plus obstacle à la réparation d’un tel préjudice. L’adultère est, actuellement, considéré en France comme un manquement au devoir de fidélité ne concernant que les époux eux-mêmes.
Ce n’est plus un acte portant préjudice à toute la société et donc punissable.
• Le concubin qui héberge son partenaire peut vendre librement ou résilier le bail de son appartement, sans lui demander son avis ou obtenir son consentement.
• Le concubin bénéficie du transfert du contrat de location en cas de décès ou de départ de son concubin locataire, avec qui il vivait depuis au moins un an.

Au Liban, les enfants issus d’unions hors mariage, sont défavorisés et privés de leurs droits. (Pour de plus amples informations, cf. “La Revue du Liban” du 25-4-98: Dossier Enfants illégitimes et du 9-1-99: Dossier Mères célibataires.)

LE CELIBAT DE LA FEMME LIBANAISE: REPORTAGE SUR LE TERRAIN

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TEMOIGNAGES

Maria, 24 ans: “Constantes et intolérables”, c’est en ces termes que Maria qualifie les pressions sociales exercées sur toute jeune fille en âge de se marier. “Mes sorties avec des jeunes gens sont toujours vues et commentées dans l’optique du mariage. Cette obsession chez les gens crée une véritable hantise chez la jeune fille.” La famille de Maria est très représentative de l’état actuel de la société: deux frères installés à l’étranger et mariés à des étrangères; deux sœurs, la trentaine passée, célibataires et résidant avec leurs parents. “Face au nombre grandissant de jeunes filles célibataires, les hommes se montrent de plus en plus exigeants et insupportables. Ils manquent totalement de sérieux. Leur logique: pourquoi se limiter à une fille, alors que la forêt regorge de senteurs et de saveurs diverses?!” Amine, 35 ans: ne condamne pas les jeunes filles célibataires qui décident de vivre seules, bien au contraire: “Leur but n’est pas nécessairement de jouir d’une plus grande liberté de fréquentation. C’est, souvent, une tentative pour elles de se soustraire à l’autorité de leurs parents.” Mais vivre seules, c’est mal vu. Amine souligne la contradiction de pensée dans la société libanaise: “La femme assume beaucoup de responsabilités sur le plan professionnel, mais se voit refuser des prérogatives correspondantes sur le plan social.” Amine s’oppose à l’idée d’interdire le concubinage au Liban; par contre, il n’opterait pas lui-même pour cette solution à laquelle manque un élément essentiel à toute relation amoureuse liant deux personnes: l’engagement.
Rita, 26 ans: critique l’outrageuse débauche chez les jeunes d’aujourd’hui: “On dirait qu’ils exorcisent un sentiment de frustration longtemps refoulé. Ils veulent vivre tout feu, tout flamme ce qu’ils ont perdu durant les années de guerre. Leur but n’est pas de trouver la personne convenable mais plutôt de multiplier les expériences sexuelles C’est le “fast food” des relations! Quant aux filles, elles sont, en général, superficielles et s’attachent trop à leur aspect extérieur, incitant ainsi les hommes à les regarder en tant que “femme-objet”. Wassim, 27 ans: trouve très normal et même nécessaire qu’une jeune fille fasse parfois le premier pas. “Certains hommes ont besoin d’être encouragés. C’est la première approche qui compte; ensuite, ils feront eux-mêmes les avances.” Wassim accepterait l’idée de convoler avec une jeune femme ayant elle-même vécu sa vie: “On sent chez certaines filles sans expérience sexuelle, une simplicité un peu naïve. Par contre, les femmes expérimentées font preuve, parfois, d’une plus grande 
Mirna, 32 ans: option: concubinage. Lorsque Mirna tombe amoureuse d’un homme, elle n’y va pas par quatre chemins. A défaut de pouvoir se marier, elle concubine. Sa première expérience d’union libre a mal tourné. Elle s’était installée dans un quartier résidentiel de la capitale avec son bien-aimé qui trouvait l’idée de mariage prématurée. “Nos voisins nous ont dénoncés auprès de la police des mœurs. Ils ne pouvaient tolérer ce mode de comportement dans l’immeuble.” Son cher bien-aimé a disparu dans la nature à la suite de ce malencontreux épisode. Mirna a, finalement, trouvé l’amour de sa vie. Seul problème qui n’en est pas un: son nouveau partenaire est marié et père de deux enfants! Il vo Nagi, 38 ans: “Je trouve que les jeunes filles sont, actuellement, trop entreprenantes et plutôt faciles. Elles ne donnent plus à l’homme le plaisir ou même l’enviae de “se battre” pour elles et savourer par la suite sa conquête.” Son avenir assuré, Nagi se mariera bientôt. Sa fiancée a largement dépassé la trentaine, mais n’a pas connu d’hommes avant lui. “Elle a voulu se réserver pour l’homme qu’elle aimerait. J’ai, moi-même, fréquenté beaucoup de femmes et croyais que la question de virginité ne se posait plus. Pourtant, un sentiment de fierté m’a envahi. J’ai beaucoup apprécié sa décision, car nous vivons dans un monde où les tentations sont très fréquentes.”
Sandra, 29 ans: Issue d’un milieu aisé, elle adore la vie de famille. Son rêve: se marier, avoir des enfants, fonder son propre foyer. 
Sandra pense que les hommes de bonne famille, bien faits et bien éduqués, se comptent sur les doigts d’une main. Ils sont, aussitôt, assaillis par un essaim de jeunes filles aussi acharnées les unes que les autres: “C’est une vraie course au mari. Des mariages plutôt basés sur l’intérêt que sur l’amour” Déçue de n’avoir pas trouvé un “homme de valeur”, Sandra ne compte pas participer à cette course effrénée: “Ce n’est pas mon genre. Je préfère que l’homme prenne l’initiative lui-même, quitte à l’encourager ultérieurement.”
Carine, 41 ans: occupe un très bon poste de responsabilité dans une grande entreprise privée. Elle touche un salaire à faire pâlir d’envie les plus grands directeurs et vit toujours avec ses parents.
Pourquoi ne s’est-elle pas mariée? “Tous les hommes, répond-elle, trompent leurs femmes. C’est, du moins, ce que j’observe autour de moi. Perspective pas très réjouissante, ni encourageante. Je suis indépendante, je gagne bien ma vie et je voudrais la vivre heureuse, sans soucis. De plus, le but du mariage est de fonder un foyer et d’avoir des enfants. Je ne m’y aventurerais pas; ce n’est pas recommandé à mon âge!” Carine a, toutefois, trouvé son équilibre affectif. Elle fréquente un ami intime sans vouloir s’engager à fond avec lui. Eternelle indépendante! 


 

“Mon choix: le célibat”
“Vous savez, j’appartiens déjà au troisième âge!” En se définissant ainsi, Hayat semble vouloir nous dire: “Mon témoignage ne vous intéressera probablement pas”. Bien au contraire! Avec le recul du temps, comment explique-t-elle son choix? A-t-elle des regrets? Hayat est une femme qui travaille. Sa compétence, son ancienneté lui valent aujourd’hui un titre de référence dans sa profession. “Je suppose que c’est un cercle vicieux: plus on brille dans une carrière, moins on pense au mariage. Le mariage représente un lien, des limites à l’indépendance et à la liberté. C’est, aussi, un compromis qui se fait presque toujours, en Orient, au détriment de la femme. Vu mon caractère, cela n’aurait jamais marché!” Hayat se réfère au “vécu” de ses amies qui refoulaient leurs envies, sacrifiaient leurs goûts et leurs loisirs, soucieuses de préserver l’unité de leur foyer. Elles étaient, toutefois, “maîtresses de maison”. “Piètre consolation! Maîtresses de quoi? De connaître l’emplacement exact des assiettes, couteaux et fourchettes? D’exercer plusieurs métiers à la fois: bonne à tout faire, cuisinière, gouvernante, garçon de courses, secrétaire?” Une seule chose aurait pu inciter Hayat au mariage: les enfants. Mais c’était un “prix trop cher à payer!”. “Au Liban, on a tendance à traiter de “vieilles filles” les jeunes femmes au célibat prolongé. A mon avis, un tel sobriquet ne doit pas désigner un état, mais plutôt un trait de caractère. J’ai eu l’occasion de rencontrer des mères de famille tellement acariâtres, envieuses, obtues, pudibondes, à l’affût du moindre petit cancan, qu’on aurait pu les prendre pour de vieilles filles!” L’opinion d’autrui n’a jamais beaucoup pesé pour Hayat:
“Si j’ai le respect de moi-même, le respect des autres m’est parfaitement égal!”


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