LA VISITE DE L'EMIR DE QATAR AU LIBAN
CHEIKH HAMAD AL-THANI:
"PAS DE PAIX AU P.-O. SANS L'APPLICATION PAR ISRAEL DES RESOLUTIONS DE L'ONU"
La visite officielle de trois jours que vient d’effectuer au Liban, l’émir de Qatar cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, a revêtu une importance particulière pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, l’émir qui a accédé au pouvoir en 1995, est le premier dirigeant arabe à être reçu au Liban après l’élection du président Emile Lahoud.
Par ailleurs, cette visite a permis de renforcer les liens d’amitié et de coopération bilatérale entre les deux pays, en de multiples domaines, qui remontent aux années soixante-dix.
Avant la guerre qui a meurtri le Liban, les Qatariotes étaient nombreux à passer l’été au pays des Cèdres. Ils avaient construit de belles villas dans nos centres de villégiature, notamment du côté de Bhamdoun. Aujourd’hui, ces résidences qui ont été durement touchées par la guerre, ne sont pas encore reconstruites. Cette question a figuré en bonne place dans les entretiens, d’autant plus que les ressortissants de Qatar ont repris le chemin du Liban où près de 18.000 d’entre eux ont passé leurs vacances. En contrepartie, près de 4.000 Libanais travaillent dans l’émirat riche en pétrole et gaz naturel.
Cette visite de cheikh Hamad s’inscrit dans le cadre d’une tournée régionale. Avant Beyrouth, l’émir a visité Gaza où il s’est entretenu avec M. Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne.
Du Liban, il s’est rendu en Algérie et au Maroc. Il est essentiel de rappeler que le Qatar est le seul pays du Golfe, avec le sultanat d’Oman, à entretenir des relations économiques avec Israël. En 1996, l’Etat hébreu a ouvert des représentations commerciales à Doha et Mascate.

Lors de son arrivée à l’AIB, l’émir de Qatar accueilli par le président Lahoud.

ÉCHANGE DE DÉCORATIONS
L’émir du Qatar était arrivé au Liban le dimanche 8 août, en fin d’après-midi, accompagné d’une importante délégation groupant plusieurs ministres. Il fut accueilli à l’Aéroport international de Beyrouth par les présidents Emile Lahoud, Nabih Berri et Salim Hoss, plusieurs ministres, diplomates et officiels.
Après une brève halte à l’hôtel Vendôme où il a résidé, il a gagné vers 19h45, le palais de Baabda. Le chef de l’Etat et son éminent hôte ont eu un tête-à-tête, avant d’être rejoints par les délégations des deux pays.
Le dîner offert, par la suite, par le chef de l’Etat, a été marqué par un échange de distinctions honorifiques du plus haut grade.

RENFORCER LA SOLIDARITÉ ARABE
Lundi 9 août, deuxième jour de sa visite officielle au Liban, l’émir de Qatar s’est entretenu pendant près d’une demi-heure à l’hôtel Vendôme avec le chef du gouvernement. M. Salim Hoss devait déclarer à l’issue de cette rencontre: “L’entretien a porté sur les moyens de renforcer les relations bilatérales et sur les développements régionaux.”
Cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani a, également, reçu les membres du corps diplomatique  arabe accrédités à Beyrouth, mettant l’accent sur la nécessité de renforcer la solidarité et la coordination entre les pays arabes. Il est évident que le Qatar souhaite jouer un rôle d’intermédiaire pour régler les différends entre les Etats membres de la Ligue et s’énorgueillit d’être parvenu à réconcilier l’Arabie séoudite avec les Emirats arabes unis, qui avaient boycotté le Conseil de Coopération du Golfe après le rapprochement entre l’Arabie séoudite et l’Iran.
Au cours de la journée du lundi, cheikh Hamad a fait un peu de tourisme dans le pays et déjeuné à Zahlé.
 


Cheikh Hamad ben Khalifa au coursde la 
séance plénière à la Chambre des députés.

 

DES DÉFIS À RELEVER
La troisième journée de la visite a été marquée par le discours qu’il a prononcé à la Chambre des députés, dans le cadre d’une séance plénière qui s’est tenue pour la circonstance. Des diplomates, des leaders syndicalistes et les représentants des médias y ont assisté. La séance a été toutefois, boycottée par les députés du “Hezbollah” qui, au cours d’une conférence de presse, donnée par le parlementaire intégriste Ibrahim Amine el-Sayed, à Haret Hreik, ont dénoncé les mesures de normalisation entre Qatar et Israël.
Dans son discours devant l’Assemblée, le chef de l’Etat qatariote a estimé que la région arabe se trouve actuellement à un carrefour décisif: “Nous avons, dit-il, des défis à relever, des menaces à affronter nécessitant une vraie coordination.... Pas de solution au conflit du Proche-Orient, ni de paix sans un arrangement global, juste et permanent, basé sur les résolutions 242, 338 et 425 de la Légalité internationale, les résolutions de l’ONU et sur le principe de l’échange de la terre contre la paix.”
Pour cheikh Hamad ben Khalifa, “Israël se doit d’appliquer les résolutions de l’ONU et se retirer complètement du Golan jusqu’aux frontières du 4 juin 1967, du Liban-Sud et de la Békaa-Ouest. Il doit reconnaître les droits politiques du peuple palestinien dont le droit à l’autodétermination et à fonder un Etat libre dont la capitale serait Jérusalem.”
L’émir de Qatar a estimé qu’il y a actuellement des chances de parvenir à la paix, estimant que “l’action de la résistance libanaise aura permis de hâter les choses”. Il a réitéré son appui total à la résolution 425 et conclut: “La paix ne peut se faire d’un seul côté.”


Le chef de l’Etat qatariote et
M. Salim Hoss à l’hôtel Vendôme.

BERRI POUR UN FONDS ARABE D’AIDE AU LIBAN
Dans un mot de bienvenue, le chef du Législatif a affirmé qu’il n’y aura pas de réconciliation arabo-israélienne, si celle-ci n’est pas précédée de réconciliation arabo-arabe, ajoutant que “la vraie paix réside dans notre entente arabe avant de se tourner vers Israël.”
M. Berri a appelé le Qatar à “déployer ses efforts en vue d’assainir le climat arabe et de mettre en place un minimum de coordination”.
Evoquant la situation libanaise, le président de la Chambre a exhorté le chef de l’émirat “à prendre l’initiative de fonder un fonds arabe d’aide au Liban pour lui permettre de régler ses dettes.
Les agressions israéliennes constantes contre le Liban, ajoute-t-il, visent à compromettre notre économie et à faire de nous des garde-frontières d’Israël, en acceptant également de supporter les répercussions de l’implantation des réfugiés palestiniens, sans oublier ses visées hydrauliques, stratégiques et sécuritaires.”

COMMUNIQUÉ FINAL
L’émir de Qatar a quitté Beyrouth dans l’après-midi du mardi 10 août pour se rendre à Alger, troisième étape de sa tournée arabe. Le chef de l’Etat, les présidents de la Chambre et du Conseil lui ont fait les adieux à l’A.I.B selon le cérémonial d’usage.
Un communiqué conjoint a été publié à l’issue de cette visite, faisant part de la satisfaction des parties libanaises et qatariotes des entretiens “qui ont contribué à approfondir les relations bilatérales entre les deux pays”. Beyrouth et Doha affirment, également, “leur volonté de renforcer les mécanismes de coopération entre les institutions libanaises et qatariotes”. Les deux pays expriment, par ailleurs, “leur attachement à la solidarité interarabe” et à une paix juste et globale dans la région, conformément au principe de l’échange de la terre contre la paix.”
 
Né en 1950, Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani est diplômé de l’école militaire britannique de Sandhurst. Il a été commandant général des forces armées qatariotes avant d’être ministre de la Défense de son pays. Il a accédé au pouvoir en 1995.
 

NELLY HÉLOU

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