Editorial



Par MELHEM KARAM 

LES LIMITES INTERNES ET EXTERNES DES POUVOIRS DE VLADIMIR POUTINE

Vladimir Poutine est monté dans le carrosse de la chance qui l’a mené au sommet... Jusqu’ici, tout au moins. Inconnu depuis des mois, il a acquis depuis quelques jours toutes les faces de la légalité et a pris en charge tous les pouvoirs de son prédécesseur, le président Eltsine ayant joué un coup de maître par son désistement en temps opportun, sachant que la grandeur du retrait au moment propice, équivaut à la grandeur de la transcendance. Et que le fait de quitter la scène en retenant son souffle, est la base de l’héroïsme véritable.
Poutine a rassuré le monde inquiet sur l’étape d’après Eltsine, dans un Etat qui est loin de franchir la grande impasse, tout en assurant la garantie de l’immunité personnelle à Boris Eltsine, laquelle lui permet de rester heureux durant tout le temps qui lui reste à vivre avec sa famille et ses proches, en faveur desquels il a acquis des protections effaçant leurs fautes, leurs abus, leur corruption et l’argent qu’ils ont illégalement amassé au temps du nouveau “tsar”.
Si dans un regard sur le passé, nous récapitulons les échéances et les imbrications dont la Russie était le théâtre, tous les événements s’orientent et se rencontrent à cette double finalité: permettre à Boris Eltsine de présenter son respect à son successeur et soutenir ce dernier dans son accession au Pouvoir en Russie.
Commençons par la guerre en Tchétchénie. Sans aller loin dans l’imagination, supposons que le Kremlin a planifié et transformé les intrigues sanglantes ayant justifié l’intervention militaire russe en Tchétchénie. Cette guerre a détourné le regard des citoyens russes des corruptions dont les héros étaient des membres de la famille Eltsine et de sa tribu, qui s’y sont noyés jusqu’au cou. En profite, en dépit des difficultés et des derniers jours, le Premier ministre qui a une vitalité et une détermination en contradiction avec l’hésitation qui caractérisait son prédécesseur, ce qui l’a rendu inapte à assumer les charges du commandement.
Puis, les élections législatives. L’échéance électorale en décembre dernier, a permis à un nouveau parti, celui de Poutine, d’émerger à la surface politique. Celui-ci l’a affublé d’un symbole consistant en un ours blanc revêtu de la tenue d’un lutteur, allusion à la grande estimation d’une collectivité électorale non habituée à se laisser influer par les meetings populaires et la magie du discours. Ce nouveau parti a révélé la dislocation des partis de la gauche communiste, social-démocrate, de la droite; puis, de l’extrême-droite!
Les communistes ne forment pas la majorité à la Douma (parlement russe), c’est pourquoi, il faut rechercher des alliances intelligentes et efficaces, en flirtant avec les cent députés indépendants.
Un seul échec est prévisible dans ce flux poutiniste: le maire de Moscou, Youri Loujkov, a remporté la bataille aux élections municipales contre le candidat du Kremlin.
Ceci, comme disent certains, serait préférable à la controverse démocratique - et soyons pratique - pour partager les pouvoirs dans la Russie d’après Eltsine.
Moscou et sa richesse (70% du flux financier russe passent par la capitale qui groupe le plus grand nombre de gens fortunés constituant la façade éclatante du nouveau capitalisme), constituent les limites internes des pouvoirs absolus conférés à Vladimir Poutine.
Si aux élections américaines de l’an 2000 est élu un candidat moins acquis à la Russie nouvelle que Bill Clinton, telles seront les limites extérieures de cette Russie.
Ainsi, la Russie lève la tête avec fierté et les Russes s’imagineront que leur pays est sorti, pratiquement, de la série de l’effondrement depuis les dernières années de Brejnev et de l’humiliation subie après la chute de l’Union soviétique. Et ce, tout en réalisant que le passage à la démocratie politique et l’entrée dans l’économie de marché - qui sont leurs rêves les plus importants - ne se produiront pas du jour au lendemain. 

Photo Melhem Karam

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