RICARDO KARAM,
STAR DU PETIT ÉCRAN, SIGNE SON PREMIER LIVRE:
“RENCONTRES PRIVILÉGIÉES”

Ricardo Karam, présentateur de l’émission télévisée “Maraya” qui a fait découvrir aux téléspectateurs libanais plusieurs célébrités de ce monde, est un homme ambitieux, apparemment sensible et qui aime beaucoup impressionner. Prétentieux et hautain? Il aurait pu l’être mais, en réalité, il est assez intelligent et a, sans doute, réussi à s’imposer grâce à sa simplicité, sa politesse, ses bonnes manières, son savoir-faire et sa maîtrise parfaite des langues. Dans ses entretiens, il passe facilement
du français à l’anglais, en plus de l’arabe. Séducteur? Avec un regard aussi doux, un sourire
charmeur et une finesse frappante, il est difficile de ne pas l’être, même si au fond,
Ricardo est un timide qui essaye de ne pas en avoir l’air.

“Je suis très dur avec moi-même”, affirme-t-il. Serait-ce le secret de sa réussite? Le 23 février 2000, il signera au palais Sursock son premier ouvrage bilingue intitulé: “Hawartouhom” ou “Rencontres privilégiées”. Il s’agit d’une compilation des entrevues qu’il a estimé avoir été les plus captivantes de la série “Maraya”.
“C’est un ouvrage très luxueux, dit-il, de grand format (600 pages), illustré. L’illustration joue un rôle majeur dans l’ensemble du livre: les photos sont exclusives, inédites, tirées des archives de chacun des invités et d’anciennes revues”. On est retourné quarante ans en arrière pour les trouver.

Quelles personnes vous ont le plus impressionné?
Chaque personne en elle-même avait quelque chose à donner, chacune avait ses particularités. Dans la vie, en général, il y a toujours des gens qui nous impressionnent beaucoup plus que d’autres. A la télévision, j’ai toujours mis le meilleur de moi-même pour décrocher un entretien intéressant et j’ai tout fait pour créer une atmosphère passionnante. Cependant, des gens m’ont déçu. D’autres, par contre, étaient beaucoup plus intéressants que je ne l’avais imaginé. L’entrevue avec Mona Solh était pour moi un challenge, jusqu’à la dernière minute, je n’étais pas sûr si elle allait venir. C’est une grande dame que j’adore; venue spécialement de Riyad pour l’émission, elle avait le trac et semblait plutôt réticente. C’était son premier passage à la télé depuis plus de vingt-cinq ans.
Je me souviens de l’entretien avec Johnny Abdo qui était, d’ailleurs, un défi. C’est un homme contesté et son passage au Liban se limitait à deux jours par an. Quand je devais le voir, je changeais plusieurs voitures; on a modifié, également, l’heure du tournage. Cette émission a été interdite de passage par la Sûreté générale; puis, charcutée et diffusée avec beaucoup de retard. Je me souviens, également, des bons moments que j’ai passés avec Mona Ayoub, une femme qui sait plaire et cherche à le faire.
Jihane Sadate est une femme intelligente.
Nicolas Hayek est une bête de télévision. L’intelligence et la rapidité des réponses de Michel de Grèce m’ont impressionné.
 

Depuis quelques mois, vous vous êtes absenté de la scène audiovisuelle. Quelles en sont les raisons? Est-ce la fin du contrat avec la MTV?
Non, entre la famille Murr et moi, on n’a jamais parlé de contrat. Une amitié nous lie depuis longtemps. Michel est un ami; on s’est retrouvé sur la même longueur d’ondes et on a fait un bon travail ensemble. Dans “Maraya”, le prestige a été allié à l’image de marque. L’émission est restée à l’antenne pendant trois ans et demi; son style est inaltérable; j’ai été de toute façon le premier à faire des portraits au Liban et on a trouvé qu’il fallait arrêter avant l’an 2000, surtout que j’ai voulu lancer mon livre.

Comment étaient vos débuts?
Je suis ingénieur chimiste à la base; j’ai fait mes études à l’AUB; puis, à Montpellier; enfin, à la LAU où j’ai obtenu un MBA. Le génie m’a surtout appris à être rationnel. Le MBA m’a aidé à être pragmatique. Je me sens prêt à affronter n’importe quel problème avec aisance.
J’ai beaucoup aimé le journalisme et je pense que je tournerai toujours autour de ce domaine. J’ai débuté la télévision par pur hasard, à l’âge de 22 ans. A ce moment, j’étais à la radio. J’avais commencé à “Magic 102” et comme tout jeune, j’étais emballé par la musique. On était dans le même immeuble que la LBC, mais la télévision ne m’intéressait pas du tout au départ, jusqu’au jour où, en 1992, je fus invité à un dîner dans un restaurant par un ami, Georges Chahwan, alors régisseur de la publicité de Télé-Liban et Alfred Barakat, directeur de TL à l’époque était, également, invité. Celui-ci m’a proposé une émission télévisée d’expression française. J’étais réticent au début; par la suite et avec l’aide d’une amie, nous avons lancé “Focus”; c’était un magazine hebdomadaire, alliant les événements de la semaine à la politique et au culturel. L’émission était programmée à 22h30; puis, suite au succès du programme, elle a été transférée à 20h30; c’était donc une émission en français diffusée en peak-time. Je dois beaucoup à Télé-Liban où j’ai fait mes débuts et l’équipe technique m’a beaucoup aidé; j’y ai appris à faire le montage, à avoir le goût de l’esthétique. Je préparais l’émission et je passais à l’antenne. Quand je revois mes débuts, je me trouve toujours ridicule. Même maintenant, chaque fois que je vois une émission, je me critique; je trouve, par exemple, que j’ai mal abordé le sujet à certains moments. Je suis très dur avec moi-même. Ensuite, je suis passé à la MTV. J’ai produit une émission intitulée “Souwar” (1 heure). C’étaient des portraits de gens de la société; six invités par émission. J’ai commencé “Maraya” qui a été, je crois, un grand succès. Aujourd’hui, malheureusement, c’est la course aux émissions commerciales.


Benazir Bhutto, l’une de ses dernières “conquêtes”.

Quels sont vos nouveaux projets?
Je préfère ne pas en parler. Il est certain qu’on va me voir à la télévision en mars prochain, si Dieu le veut.

Que pensez-vous de la liberté de la presse au Liban?
Je pense qu’il y a une liberté de presse. On peut dire ce qu’on veut, mais chacun s’exprime différemment et quelques incidents peuvent arriver. Il ne faut pas oublier que nous sortons de quinze ans de guerre et il faudrait parfois faire des concessions pour remettre les choses dans l’ordre. Le Liban est un pays multiconfessionnel où chaque communauté essaye d’être plus forte que l’autre. Mais je pense que, comparé aux autres pays arabes, le Liban est le pays le plus libéral. Il y a une liberté, mais il faut savoir comment le dire.

Qui est Ricardo Karam?
Né au Venezuela, je suis Libanais, patriotique et j’aime toujours refléter la belle image de mon pays. Je pense qu’à travers mon métier et d’après ce que j’ai accompli et ce que j’ai fait, j’ai réussi à projeter une très bonne image du Liban. J’ai décroché de grandes entrevues et à chaque fois que j’ai interviewé des personnalités internationales qui ont côtoyé les meilleurs journalistes de la planète, je me réjouissais d’être félicité du niveau de mon entretien, chose qui se répercute indirectement sur le Liban. J’ai été élevé dans une famille zghortiote maronite. Pour nous, les valeurs humaines étaient la base de notre éducation, notre identité n’étant ni notre nom, ni notre appartenance géographique, mais les valeurs qui nous rattachent à la société et à la terre. On nous a appris la tolérance, le don de soi, l’amour d’autrui, à compatir avec les autres. C’est un portrait idéal, mais malheureusement c’est ainsi qu’on a été éduqué. Dans la vie, on a tellement de déceptions... J’ai fait mes études au collège Saint-Joseph d’Aïntoura. J’étais un très bon élève et j’avais tout le temps des bourses scolaires. Notre enfance nous l’avons passée avec mon frère à Tripoli jusqu’au début de la guerre, période durant laquelle nous avons quitté cette ville pour nous installer dans le Kesrouan. Côté travail, j’essaie de voir parfois ce que font les autres. Je trouve que Ziad Noujeim est très charismatique. J’admire aussi Rafic Nasrallah, présentateur sur Télé-Liban. Il connaît bien son dossier et a un background politique. Il ne se soucie pas de son look. Son programme est impressionnant.

Le look n’est-il pas important à votre avis pour pouvoir passer sur le petit écran?
Au début, c’est un passeport, mais si vous avez le look sans le contenu, les gens ne peuvent pas continuer à vous suivre. A la télé, le look, le charisme et la compétence sont trois choses essentielles.

Côté vie privée, il paraît que vous allez présenter votre fiancée au public au cours de la signature de votre ouvrage...
Non, je ne pensais pas que j’étais aussi important que le fils Rockefeller ou Kennedy ou de sang royal pour qu’on parle de mes aventures... Je ne suis pas fiancé. On est ensemble depuis un certain temps. Elle devrait être là à la signature, mais les rumeurs ont entraîné tellement de baratins que je ne sais pas si je voudrais toujours qu’elle vienne. Je n’aime pas du tout parler de ma vie privée. J’aime que les gens me jugent d’après mon travail. Je suis une figure publique, je n’ai pas choisi de l’être. Je n’aime pas entraîner mon entourage dans cette vie. Auparavant, j’étais très mondain; je faisais entre 200 et 250 dîners par an et voyage beaucoup en ce moment.

Que représente pour vous la célébrité?
Elle m’a ouvert beaucoup d’horizons et m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais pas pu connaître.

Puisqu’on parle de fortune, que représente pour vous l’argent?
L’argent est fait pour être dépensé. Ce n’est pas un but pour moi, c’est un moyen. J’ai rencontré beaucoup de gens très riches qui ne sont pas heureux.

Parlez-nous des coulisses de “Maraya”, de la façon d’effectuer les contacts avec les personnalités internationales, des moments de tournage...
Pour préparer “Maraya”, je devais faire un travail continu; c’est, également , des coïncidences qui se font: un jour, j’aperçois Adnan Kashoggi chez son coiffeur à Paris. Je saute sur l’occasion et j’entre me faire couper les cheveux; cet incident a facilité le contact entre lui et moi. En général, pour réussir à interviewer des célébrités, on passe par leur bureau de presse ou par le biais d’amis communs. Souvent, les prises de contact sont très longues; ainsi, pour Farah Diba, il a fallu dix-huit mois avant de pouvoir la rencontrer; elle a fait une enquête sur moi. Parfois, on refuse de vous accorder des entretiens, que ce soit par principe ou par méfiance, ou également par souci de garder le profil bas. La préparation du dossier et la présentation des choses sont très importantes. Les personnes que je n’ai pas pu recevoir sur le plateau de “Maraya” sont nombreuses, entre autres, John Kennedy, Faten Hamama, Edouard Sauma, Elie Salem et Mohamed el-Fayed. Vous verrez, cependant, ce dernier dans ma prochaine émission.

Qui vous a le plus déçu?
C’est Omar Sharif. On s’était mis, d’accord pour l’interview et arrivé sur place, il a changé d’avis. J’ai insisté à faire l’entretien, mais il était très désagréable; il manquait de coopération. Par la suite, je l’ai revu à deux dîners et c’était comme si on ne se connaissait pas.

Rétrospectivement, auriez-vous des regrets?
On a  toujours des regrets, mais on ne peut rien changer. Je regrette d’avoir établi des contacts avec des gens qui m’ont déçu par la suite; d’avoir reçu des personnes dans mes émissions qui n’étaient pas à la hauteur... Je regrette, parfois, de ne pas avoir exploité certaines opportunités.

Propos recueillis par
NADINE FAYAD COMAIR
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