Le communiqué déplore la situation intérieure:
“Elle a atteint un tel degré de détérioration, souligne-t-il,
qu’il est devenu impératif de dire toute la vérité
sans aucune réserve”.
Pour la première fois - conséquence, sans doute des récentes
élections législatives où on a tant parlé des
“fantômes” - les prélats accusent directement les services
de renseignements syriens et libanais “d’avoir exercé des pressions
lors de la constitution des listes électorales, en vue de favoriser
certains candidats aux dépens d’autres de leur bord. Ceci a favorisé
l’élection de députés dont la représentativité
laisse à désirer...” De plus, le communiqué dénonce
“l’achat des consciences”, des sommes considérables ayant été
dépensées durant la bataille électorale, alors que
des tentatives ont été effectuées pour attiser les
haines confessionnelles. “Il y a eu des interdictions d’antenne, certains
candidats n’ayant pu paraître sur les petits écrans, alors
que d’autres en ont été les vedettes, nuit et jour.
“Que dire encore, se demandent les prélats, des pressions exercées
sur les présidents des conseils municipaux et moukhtars dans certaines
régions par les services tant libanais que syriens, pour leur demander
de forcer les électeurs à voter dans un sens ou dans l’autre!”
Le communiqué de Bkerké s’étend, ensuite, sur
la crise économico-sociale, en constatant que, “même durant
les douloureux événements, le Liban n’avait pas connu une
situation aussi catastrophique que celle d’aujourd’hui; preuve en est que
selon des statistiques fiables, la moitié du peuple libanais vit
sous le seuil de pauvreté”.
Dans le même temps, il fait état de la mévente
de la production nationale qui doit supporter la forte concurrence des
produits étrangers, notamment syriens, alors que la main-d’œuvre
nationale est remplacée par des ouvriers du proche et lointain voisinage,
ces derniers se contentant d’un salaire modeste, en raison de la différence
du pouvoir d’achat entre les deux pays. Par ailleurs, les prélats
soutiennent qu’il ne peut y avoir au Liban une économie saine sans
une situation politique saine. “Le Liban souffre depuis un quart de siècle
d’une politique malsaine et inadéquate qui lui est imposée.
Il a tenté de s’affranchir de ces contraintes, mais ses tentatives
se sont avérées vaines et n’ont mené qu’à plus
d’impuissance, de faiblesse et de misère”.
Puis, parlant du retrait israélien du Sud, les prélats
se demandent si le temps n’est pas venu pour les forces syriennes d’évacuer
le territoire libanais, en vertu de l’accord de Taëf qui prévoit
leur redéploiement, prélude à leur rapatriement. Tout
en réaffirmant son désir d’entretenir les meilleures relations
avec la Syrie, la hiérarchie maronite estime que le retrait des
forces syriennes constitue la voie à suivre pour empêcher
le démembrement du Liban et sa disparition. “Un Liban revitalisé,
est un soutien pour la Syrie; malade, il devient un poids pour elle. Tant
pour le Liban que pour la Syrie, nous souhaitons la dignité, la
prospérité et la paix”, conclut le communiqué.
Comme on devait s’y attendre, le communiqué du siège
patriarcal a relancé la polémique autour de la présence
militaire syrienne. De fait, Dar El-Fatwa et le Conseil supérieur
chiite, ont réagi et par la voix du mufti de la République,
cheikh Mohamed Kabbani et Abdel-Amir Kabalan, vice-président du
CSC, ils ont manifesté leur “surprise” suite à la position
de Bkerké.
Rappelant “les sacrifices consentis par la Syrie pour sauvegarder l’unité
du Liban”, les deux dignitaires musulmans sont d’avis “de laisser aux autorités
officielles le soin de traiter des relations libano-syriennes”.
D’autre part, le Conseil des ministres, siégeant sous la présidence
de M. Salim Hoss, a critiqué le communiqué du siège
patriarcal maronite et mis en garde contre “les positions extrémistes”.