COMMUNIQUÉ FERME DE BKERKÉ SUR LA PRÉSENCE MILITAIRE SYRIENNE

Un communiqué musclé, diffusé mercredi par l’Assemblée des prélats maronites à l’issue de sa réunion mensuelle, relance la polémique sur la présence militaire syrienne.
En effet, la hiérarchie maronite a, cette fois, crevé l’abcès, en plaçant sans détour la présence militaire syrienne en territoire libanais dans ses différents aspects, tout en faisant en même temps le procès des pratiques actuelles du Pouvoir.

Le communiqué déplore la situation intérieure: “Elle a atteint un tel degré de détérioration, souligne-t-il, qu’il est devenu impératif de dire toute la vérité sans aucune réserve”.
Pour la première fois - conséquence, sans doute des récentes élections législatives où on a tant parlé des “fantômes” - les prélats accusent directement les services de renseignements syriens et libanais “d’avoir exercé des pressions lors de la constitution des listes électorales, en vue de favoriser certains candidats aux dépens d’autres de leur bord. Ceci a favorisé l’élection de députés dont la représentativité laisse à désirer...” De plus, le communiqué dénonce “l’achat des consciences”, des sommes considérables ayant été dépensées durant la bataille électorale, alors que des tentatives ont été effectuées pour attiser les haines confessionnelles. “Il y a eu des interdictions d’antenne, certains candidats n’ayant pu paraître sur les petits écrans, alors que d’autres en ont été les vedettes, nuit et jour.
“Que dire encore, se demandent les prélats, des pressions exercées sur les présidents des conseils municipaux et moukhtars dans certaines régions par les services tant libanais que syriens, pour leur demander de forcer les électeurs à voter dans un sens ou dans l’autre!”
Le communiqué de Bkerké s’étend, ensuite, sur la crise économico-sociale, en constatant que, “même durant les douloureux événements, le Liban n’avait pas connu une situation aussi catastrophique que celle d’aujourd’hui; preuve en est que selon des statistiques fiables, la moitié du peuple libanais vit sous le seuil de pauvreté”.
Dans le même temps, il fait état de la mévente de la production nationale qui doit supporter la forte concurrence des produits étrangers, notamment syriens, alors que la main-d’œuvre nationale est remplacée par des ouvriers du proche et lointain voisinage, ces derniers se contentant d’un salaire modeste, en raison de la différence du pouvoir d’achat entre les deux pays. Par ailleurs, les prélats soutiennent qu’il ne peut y avoir au Liban une économie saine sans une situation politique saine. “Le Liban souffre depuis un quart de siècle d’une politique malsaine et inadéquate qui lui est imposée. Il a tenté de s’affranchir de ces contraintes, mais ses tentatives se sont avérées vaines et n’ont mené qu’à plus d’impuissance, de faiblesse et de misère”.
Puis, parlant du retrait israélien du Sud, les prélats se demandent si le temps n’est pas venu pour les forces syriennes d’évacuer le territoire libanais, en vertu de l’accord de Taëf qui prévoit leur redéploiement, prélude à leur rapatriement. Tout en réaffirmant son désir d’entretenir les meilleures relations avec la Syrie, la hiérarchie maronite estime que le retrait des forces syriennes constitue la voie à suivre pour empêcher le démembrement du Liban et sa disparition. “Un Liban revitalisé, est un soutien pour la Syrie; malade, il devient un poids pour elle. Tant pour le Liban que pour la Syrie, nous souhaitons la dignité, la prospérité et la paix”, conclut le communiqué.
Comme on devait s’y attendre, le communiqué du siège patriarcal a relancé la polémique autour de la présence militaire  syrienne. De fait, Dar El-Fatwa et le Conseil supérieur chiite, ont réagi et par la voix du mufti de la République, cheikh Mohamed Kabbani et Abdel-Amir Kabalan, vice-président du CSC, ils ont manifesté leur “surprise” suite à la position de Bkerké.
Rappelant “les sacrifices consentis par la Syrie pour sauvegarder l’unité du Liban”, les deux dignitaires musulmans sont d’avis “de laisser aux autorités officielles le soin de traiter des relations libano-syriennes”.
D’autre part, le Conseil des ministres, siégeant sous la présidence de M. Salim Hoss, a critiqué le communiqué du siège patriarcal maronite et mis en garde contre “les positions extrémistes”.


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