
| OÙ ALLONS-NOUS? | ||
| C’est
un homme de la vieille école, c’est-à-dire fin et cultivé.
Un observateur politique réfléchi, blanchi sous le harnais.
Un sage parmi les sages, mais un sage à qui il arrive de se mettre
en colère. On l’appelle l’”Oracle”. Aujourd’hui, les mots de l’Oracle
grincent:
- Savons-nous vraiment où nous allons? Les détenteurs du pouvoir savent-ils où peut mener la politique qu’ils pratiquent ou improvisent au fur et à mesure de pulsions aussi anarchiques que caractérielles? Franchement, à voir la façon dont se comportent ces autorités, par à-coups, de périodes d’apathie presque catatonique en sursauts d’énergie désordonnée à connotation dictatoriale, on pourrait en douter et, hélas, en trembler. Il faut dire, aussi, que les élections n’ont pas tenu les promesses... - Quelles élections? Ce malstrom de contradictions et de fureur qui a fait ressurgir le fanatisme et le sectarisme et, à quelques exceptions près, laissé sur le carreau les véritables représentants du peuple? Qui a donné des ordres à qui pour nous infliger ce parlement diviseur au lieu d’être rassembleur? C’est d’autant plus décevant que l’on parle aujourd’hui, plus qu’à aucun autre moment d’union nationale. - Ceux qui en parlent et agissent, ceux-là sont sincères, mais les laissera-t-on faire? Quant aux autres... avez-vous entendu le député Chammas, qu’on ne peut pas accuser d’être un opposant, déclarer à la télévision que les forces armées emplissent rues et routes pour opérer des rafles massives parmi ceux qui, après un long silence, osent aujourd’hui exprimer une opinion? Nous pouvons nous inscrire en faux contre ces opinions, il n’en demeure pas moins qu’ils ont le droit de s’exprimer. Cette politique est ridicule et ne sert qu’à fabriquer des martyrs. Voyez quel service ce genre de persécutions a rendu à Hariri. A propos de Hariri, la question majeure, à l’heure actuelle, est l’économie qui s’en va à vau-l’eau, bien que le ministre des Finances ait déclaré, l’autre jour, que le pouvoir d’achat des Libanais progresse depuis un an et demi. - Ce cher M. Corm! Et c’est pourquoi, d’après lui, les usines ferment leurs portes, les commerces font faillite et le chômage touche 40% de la population active? Et qu’en est-il des 8000 ouvriers, des 4000 employés, des 3000 enseignants qui, rien qu’au cours de cet été, ont été licenciés? Il faut, hélas! admettre que si la guerre a provoqué dans notre économie une véritable hémorragie, la paix de Taëf nous a saignés à blanc. Il y a quand même quelque chose de positif dans la situation actuelle. Ainsi le retrait israélien est un formidable acquis. - C’est vrai. Le Sud est revenu au Liban, mais le Liban est-il revenu au Sud? Allez sur place voir dans quelles conditions vivent les Sudistes, surtout ceux de la bande frontalière, sans infrastructures, sans travail, sans revenus, sans protection, dans une sorte de no man’s land exposé à toutes les aventures. L’Etat escomptait une aide de 260 millions de dollars des pays donateurs et voilà que la conférence de ces pays, programmée pour octobre, a été remise sous les pressions, dit-on. Ce que nie l’ambassadeur américain. - Les Américains sont passés spécialistes dans la distribution des tranquillisants. N’empêche que l’ambassadeur Satterfield n’hésite pas à préciser qu’“il incombe au gouvernement libanais de maintenir la sécurité et la stabilité au Liban-Sud. Nous espérons qu’il assumera correctement cette responsabilité”. Cela signifie clairement qu’il y a des pressions... - Evidemment qu’il y a des pressions. Cependant, nous aurions pu faire agir notre diplomatie pour remédier à cette situation en cul-de-sac. Malheureusement, nous n’avons pas de diplomatie. Nous sommes en bisbille avec (presque) l’ensemble de la communauté internationale. Nous agissons comme si la libération s’arrête au départ des Israéliens, au puéril lancement de pierres et d’huile bouillante en direction des soldats hébreux, à l’arrestation et au jugement sommaire de ceux que nous soupçonnons de collaboration ou ceux dont la tête ne nous revient pas. Cela évidemment n’est pas de nature à favoriser la stabilité dans cette région. - Certainement pas. De plus, nous réclamons de l’aide et nous manquons arracher les cheveux à Madeleine Albright. Nous boudons la France de Chirac, nous lançons des regards torves à Tony Blair, nous n’avons pas d’atomes crochus avec l’Allemagne, nous sommes en froid avec le reste de l’Europe et nous ne faisons aucun effort sérieux pour gagner l’appui massif des Arabes. Comprenez-moi, il n’est pas question de nous soumettre au diktat de qui que ce soit. Ce dont il s’agit, c’est de ne pas claquer les portes en nous drapant dans une dignité outragée attitude plutôt irrationnelle - rejetant entièrement la faute sur autrui. A ce propos, il me vient à l’esprit un proverbe chinois qui dit: “Si tu tapes la tête contre une cruche et que ça sonne creux, n’en déduis pas forcément que c’est la cruche qui est vide”. |
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