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Partant
du principe qu’il n’y a pas, en politique, “d’inimitié permanente”,
M. Fouad el-Saad, ancien parlementaire, nouvellement élu député d’Aley-Baabda, justifie son alliance avec M. Walid Joumblatt - après s’être trouvé en 1996 dans le camp adverse à celui du leader du PSP - par les changements intervenus sur la scène locale. “Cette alliance, précise-t-il, est autant électorale que politique et vise à réunifier la montagne, à travers la constitution d’un vaste bloc parlementaire. Je tends la main à quiconque œuvre en faveur de l’ouverture et de l’entente, le moment étant venu de tourner, définitivement, la page de la guerre”. Cela suppose, à son avis, la participation massive des chrétiens à la vie publique, tout en soutenant les prises de position foncièrement nationales du cardinal Sfeir. Enfin, M. el-Saad se prononce en faveur d’un gouvernement parlementaire et critique l’accord de Taëf et son application sélective. |
A la question: Comment qualifiez-vous votre alliance avec M. Joumblatt et celle-ci est-elle appelée à durer?, M. el-Saad répond: “Elle durera, pour la simple raison qu’elle n’est pas uniquement d’ordre électoral mais politique, aussi. Elle vise, essentiellement, à réunifier la montagne, en rapprochant toutes les franges de la population et en tournant définitivement la page de la guerre après en avoir effacé toutes les séquelles. C’est, pour nous, un objectif stratégique dont nous ne dévierons pas.
Faites-vous désormais partie du “Front de lutte nationale”?
Je suis un ami du “front” et de M. Walid Joumblatt. Partant de là,
notre action tend à constituer un large bloc parlementaire rassemblant
des collègues de toutes les circonscriptions.
Appuyez-vous toutes les options de M. Joumblatt, y compris celle
relative à nos relations avec Damas?
M. Joumblatt et les Syriens eux-mêmes préconisent, à
présent, des relations sur de nouvelles bases, celles du respect
mutuel et des échanges sur le même pied d’égalité.
Comment qualifiez-vous vos rapports avec votre ancien allié,
Pierre Hélou?
Nos rapports ont été rompus depuis près de six
ou sept mois, quand il m’a informé qu’il s’était assuré
une place sur une liste de coalition à Aley-Baabda et désirait
reprendre sa liberté d’action. De ce fait, il s’est allié
à l’émir Talal Arslan, alors que j’ai repris le contact avec
Walid Joumblatt.
Les élections ont pris fin et nous n’avons pas renoué
l’un avec l’autre. Pour le moment, je ne peux rien prévoir en ce
qui concerne nos relations à l’avenir.
Dans le passé, vous n’aviez cessé de critiquer le ministère
des Déplacés, au temps où M. Joumblatt en détenait
le portefeuille. Quelle est votre position envers ce ministère à
l’heure actuelle?
De nouvelles bases ayant été établies pour le
ministère et la Caisse des déplacés, je n’ai plus
jugé nécessaire de critiquer les prestations de ces deux
organismes étatiques. Maintenant, des changements vont certainement
être opérés au niveau de ce département et je
souhaite que le dossier des déplacés soit réglé
le plus rapidement possible; je le considère comme l’une des priorités,
car la montagne ne retrouvera pas la quiétude avant que le dernier
déplacé ait regagné son village et ses terres.
Disposez-vous d’un plan pour hâter la réintégration
des déplacés avec plus de rapidité, autre que celui
du ministère?
A mon avis, cette question nécessite beaucoup de fonds, lesquels
doivent être accordés aux ayants-droit et non d’une manière
chaotique ou arbitraire. L’Etat se doit donc d’assurer les crédits
nécessaires à cette fin.
Etes-vous disposé à tendre la main aux autres députés
de la circonscription, l’émir Talal Arslan en tête?
Notre main est tendue à quiconque partage notre point de vue
et veut hâter le règlement de l’affaire des déplacés.
J’appuie et j’encourage la politique d’ouverture jusqu’à l’extrême
limite, car le moment est venu de tourner la page de la guerre et d’en
effacer toutes les séquelles.
D’aucuns se plaignent de l’absence ou de la faiblesse des leaderships
chrétiens et, spécialement, maronites. Qu’en pensez-vous
et quelle en est la cause?
Cette absence a porté le cardinal Sfeir à adopter certaines
positions justement pour combler le vide dans ce domaine.
Malheureusement, l’électorat maronite est responsable de cette
situation, parce qu’il ne participe pas en masse aux élections législatives.
J’invite donc les chrétiens à participer, activement, à
la vie politique, à la fonction publique, à la diplomatie,
à l’Armée et à la magistrature, afin que le système
démocratique fonctionne normalement. Je répète, ici,
ce que j’ai dit en 1992 à Bkerké: le boycottage des élections
est une hérésie constitutionnelle et un suicide politique.
Le moment est venu de voir émerger des personnalités
chrétiennes à la dimension nationale, pour jouer un rôle
de premier plan dans la politique libanaise.
Comment jugez-vous une question soulevée aujourd’hui par les
médias, à savoir: le retour du général Aoun
et la libération du Dr Samir Geagea?
Nous réclamons le retour de tous à la patrie, sans exception.
M. Joumblatt a, aussi, demandé le retour de Kamal Chatila. Nous
souhaitons aussi la libération des Libanais détenus en prison.
D’ailleurs, le retour du président Amine Gemayel est une chose positive.
Comment concevez-vous le prochain Cabinet? Serait-il politique ou composé
à la fois de politiciens et de technocrates.
Je préconise un Cabinet politique et parlementaire constitué
de l’intérieur de l’Assemblée nationale par les plus fortes
personnalités. Etant donné la gravité de la situation,
nous avons besoin d’instances influentes inspirant confiance à l’opinion
publique et pouvant imposer à toutes les parties une politique économique
qui sortirait le pays de l’impasse.
On parle en coulisses de la séparation entre le Législatif
et l’Exécutif. Approuvez-vous cette idée?
Dans le cadre de Taëf, cela n’est pas possible, puisque cet accord
a pourvu le Conseil des ministres du pouvoir politique. Je suis pour un
gouvernement parlementaire, tel que dicté par l’accord de Taëf.
Toutefois et je l’ai dit depuis 1993, cet accord doit être remis
en question, puisqu’il comporte des lacunes, dont la plus importante est
l’incapacité du pouvoir exécutif de dissoudre le parlement.
Vous approuvez donc l’amendement de Taëf?
Depuis 1993, je me prononce pour la révision de cet accord,
dont l’amendement nécessite une majorité parlementaire.
Qui désignez-vous à la présidence du Conseil,
M. Joumblatt s’étant prononcé pour le président Hariri?
Il est prématuré d’en parler.
Comment qualifiez-vous vos relations avec le régime et le
président Lahoud?
Elles sont bonnes et j’œuvre en vue du rapprochement des points de
vue entre le président Lahoud et M. Joumblatt.
Quelle est votre identité politique?
Ma relation avec le patriarche Sfeir prime toutes les autres. D’autre
part, une amitié personnelle me lie à M. Walid Joumblatt
et je maintiendrai cette relation avec le “front de lutte nationale”.
Ma relation avec le Bloc national remonte au temps du président
Emile Eddé et de Habib Bacha Saad. Notre collaboration continuera
avec le “amid” Carlos Eddé. De même, une amitié me
lie aux Kataëb et au PNL. Dans cette nouvelle étape, nous entretiendrons
de bonnes relations avec les représentants de toutes les régions,
en particulier au Mont-Liban dans l’intérêt national et œuvrerons
en vue de constituer un large front à la montagne.
Que pensez-vous des résultats des législatives dans
toutes les régions libanaises?
J’aurais souhaité que le président Hoss et M. Tammam
Salam fussent élus, mais nous devons accepter la volonté
du peuple.