DÉPUTÉ ÉLU DE BEYROUTH NABIL DE FREIGE:
“IL FAUT EMPÊCHER L’IMPLANTATION. EN TANT QUE LIBANAIS,
JE NE PEUX ACCEPTER DE LÉGALISER LA CAUSE DE LA GUERRE”

. Nabil de Freige a été élu député de Beyrouth (2ème circonscription) sur la liste Hariri, pour le siège des minorités. Issu d’une famille qui a de tout temps joué un rôle politique, il a choisi à 45 ans de s’engager lui aussi dans cette voie, pour aider à résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté.
Pour lui, l’action au sein d’une équipe homogène est indispensable, de même que la connaissance pratique des choses, en plus de la théorie qui, à elle seule, est insuffisante.
Il considère que la baisse des impôts est une priorité pour attirer les capitaux et redynamiser la vie économique. Il se prononce contre l’implantation, en faveur d’une loi électorale qui favoriserait davantage la démocratie et exprime sa foi dans le caractère spécifique du Libanais qui a su par son initiative privée, son goût du risque et son courage surmonter les années de guerre. 

J’ai toujours aimé la politique”, affirme Nabil de Freige, expliquant la motivation première qui l’a amené à se présenter aux législatives 2000. J’appartiens à une famille où nous avons la politique dans le sang, depuis Michel Chiha (le frère de sa grand-mère paternelle) à nos jours”.
Son père, le marquis Moussa de Freige, a été député en 1947, en 1951, a toujours eu et maintenu n’étant plus parlementaire, d’excellents contacts avec tout le monde. Son fils a continué sur cette même voie.
Ses études universitaires terminées en France, il rentre au pays en 1980, y vit les années de guerre, se déplaçant, régulièrement de la Békaa (où ils ont leurs propriétés), au Nord et au Sud, pour son travail dans le secteur agricole. “J’ai refusé de vivre dans un ghetto. C’était pure folie de penser à une partition du Liban dont la devise de base est l’ouverture et le dialogue”. J’appartiens, d’ailleurs, à cette école politique qui a créé le Liban indépendant et prôné l’entente nationale”.

Ne se sent-il pas un peu trop redevable à M. Rafic Hariri pour sa réussite électorale?
“Je suis redevable à beaucoup de gens, répond-il, en premier lieu aux électeurs qui m’ont accordé leur confiance - le score obtenu en témoigne - à la machine électorale du président Hariri et à la mienne. Je suis redevable à tous les amis dont je partage les opinions, qui m’ont encouragé et appuyé.
L’héritage politique est, lui aussi, un atout qui apporte un plus; je l’ai senti lors de ma campagne électorale”.
“Evidemment, je suis redevable au président Hariri: il a choisi de me prendre sur sa liste, mais de mon côté, j’ai décidé de m’intégrer à une équipe et à un programme d’action. Les choses ne se font pas à sens unique, telle est ma conviction”.
Réaliste et conséquent avec lui-même, Nabil de Freige affirme que s’il n’avait pas été sur la liste Hariri, il ne se serait pas présenté.
Pour lui, ce n’est pas le titre ou le siège qui compte “mais de travailler pour son pays”. “L’action, dit-il, est de loin plus efficace lorsqu’on appartient à un groupe homogène ayant différentes compétences et spécialisations favorisant la complémentarité”.
Les députés élus de Beyrouth, ne risquent-ils pas toutefois, de se trouver sous l’emprise haririenne? “Contrairement à ce que les gens pensent, répond-il, “Hariri n’est pas un dictateur” et au sein de notre groupe parlementaire, les décisions sont prises par le dialogue et la concertation”.
Pour le jeune et nouveau député, le principe “the right man in the right place” devrait prévaloir au sein de la Chambre, notamment dans la formation des commissions parlementaires pour un maximum d’efficacité. Lui-même est dans le domaine agricole et de l’industrie agro-alimentaire et son choix se portera sur les commissions qui correspondent à son domaine d’action. “Le background culturel, académique et la théorie ne sont pas suffisants à eux seuls. Il faut connaître la pratique des choses. Ceci est valable autant pour les députés que pour les ministres des secteurs productifs.
De même, il est intéressé par la commission des Affaires étrangères “car il y a beaucoup à faire pour le Liban, dans la phase à venir”.

Face aux multiples problèmes dans lesquels le pays se débat actuellement sur le plan socio-économique, quel serait le plus urgent?
“La baisse des impôts”, répond M. de Freige sans hésitation, afin d’encourager les investissements et de relancer l’économie”. Il s’explique: “Avant 1975, le Liban offrait l’image d’un pays stable, agréable et facile à vivre, ayant un niveau de culture et d’éducation élevé, autant de facteurs et d’atouts qui y attiraient les capitaux et les sociétés “off shore”, alors que les pays avoisinants étaient dans des situations instables aux plans politique et économique.
Aujourd’hui, les rôles sont inversés: ces mêmes pays ont acquis une stabilité interne et attirent les investisseurs qui ont déserté le Liban. Il faut donc agir au plus urgent: baisser les taxes et les impôts, alléger les formalités administratives pour redonner confiance dans le pays”.
Pour Nabil de Freige et l’équipe parlementaire dont il fait partie, deux autres questions sont prioritaires: “l’enseignement et l’hospitalisation avec la nécessité d’adopter la “carte médicale”.

Concernant une réforme de la loi électorale, il affirme: “Ceux qui ont élaboré la présente loi ont reconnu ses failles.
“Elle n’a d’ailleurs pas donné les résultats qu’ils en escomptaient: dynamiser le vote des chrétiens et affaiblir Hariri; elle a eu un effet contraire”. “La campagne menée contre Hariri par Télé-Liban, nous a de même rendu un grand service”.
Il juge prématuré de se prononcer sur un projet précis, mais considère que la “proportionnelle” serait une perspective intéressante à envisager. “L’essentiel”, dit-il, “n’est pas d’élaborer une nouvelle loi électorale pour favoriser des intérêts personnels ou pour affaiblir quelqu’un de fort, mais pour renforcer la démocratie”.
“En famille ajoute-t-il, depuis mon arrière grand-père, nous avons toujours eu pour devise: “que Dieu fasse grandir tout petit, mais ne rapetisse pas un grand”.
Nabil de Freige clame de façon catégorique son refus de l’implantation: “Nous devons l’empêcher par tous les moyens; quelles que soient les pressions internationales. Car je ne peux accepter en tant que Libanais de légaliser la raison de la guerre qui a miné notre pays”.
De 1948 à nos jours, nous avons suffisamment payé pour la cause palestinienne et si les Palestiniens acceptaient l’implantation, ils seraient des traîtres à leur cause”.
Qu’a-t-il à dire à propos du retrait des troupes syriennes? “Les Libanais demandent tous ce retrait, j’en suis convaincu, mais, il faut être réaliste et savoir qu’il ne se fera que par un accord et non par la force. Je crois que nous sommes sur une bonne voie d’un véritable accord avec la Syrie.”
Et le déploiement de l’armée au Sud? “C’est un problème régional”, ajoutant que pour l’heure il ne faut pas désarmer la résistance afin de continuer à faire face à tout projet d’implantation.
Est-il sûr de l’arrivée de Hariri comme Premier ministre? “Notre position à tous est claire: ce n’est pas le pouvoir qui compte, mais de travailler pour le pays. Le président Rafic Hariri n’acceptera de revenir qu’à la tête d’une équipe homogène”.

NELLY HÉLOU

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