PDG DU CASINO DU LIBAN ELIE GHORAYEB:
“NOTRE PRINCIPAL PROBLÈME CONSISTE À RÉAJUSTER NOTRE SITUATION ET CELLE DE L’INTRA”

. Depuis quelque temps, le Casino suscite une polémique que la presse audio-visuelle et écrite s’empresse d’amplifier ou de biaiser. Qu’en est-il, au juste et pourquoi tout ce tapage médiatique? Le président directeur général du conseil d’administration du Casino, M. Elie Ghorayeb, a bien voulu nous accorder cet entretien. 

On entend parler d’une sorte d’“orchestration” contre le Casino; de quoi s’agit-il?
Notre problème est de réajuster notre situation et celle de la société Intra, au sein de laquelle, depuis deux ans, des changements sont prévus au conseil d’administration. Une fois ceci réglé, les problèmes seront assainis.

De quels problèmes s’agit-il?
Ce sont des problèmes propres à l’Intra. Je ne me mêle pas de ce qui ne me regarde pas.

Mais Intra est en relation directe avec le Casino?
L’Intra est représentée par un membre sur douze du conseil d’administration.

Mais au niveau des actions, elle a son mot à dire puisqu’elle en possède 51%?
A l’assemblée générale, Intra a la majorité, mais non au conseil d’administration.

Quelles sont les réclamations principales d’Intra concernant la gestion actuelle du Casino?
Je l’ignore. Ici, on travaille, on réalise des bénéfices. Du point de vue administratif et financier, c’est parfait; on n’a aucun problème.

Il y a, pourtant, une certaine polémique; serait-elle la conséquence des législatives?
Non, nous n’avons pas de problème, sur ce plan.

Quel est votre différend avec M. Mahfouz Skayni?
Je n’ai aucun problème personnel à régler. Mais, sous l’ancien régime, il était habituel que le directeur de l’Intra dirige le Casino. Or, le Casino a un conseil d’administration propre à lui et c’est ce que certaines personnes ne veulent pas comprendre.

Vont-ils lâcher le morceau si facilement?
Je ne sais pas s’ils vont le lâcher ou pas, mais ici, nous appliquons la loi.

Vos adversaires ont leur poids et leur pouvoir; d’où tirez-vous votre force?
Je travaille d’une façon correcte.

Ce n’est peut-être pas permis dans ce pays?
Jusqu’à maintenant, je constate que c’est permis, preuve en est que les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Etes-vous appuyé par le président de la République?
Nous appliquons la politique du régime.

Vous avez parlé de l’ancien régime; comment iront les choses avec le nouveau gouvernement?
Tant que je suis là, j’applique mes principes basés sur la transparence.

Pourquoi parle-t-on de baisse des actions du Casino? D’ailleurs, sont-elles cotées en bourse?
Non, mais les sociétés financières ont un mouvement de vente et d’achat, même pour des actions non cotées en bourse. Si la demande a baissé sur certaines actions du Casino, c’est probablement par manque de liquidités parmi les gens. Le meilleur exemple serait pour moi, l’action de Solidere qui se traite à 7/8 dollars, alors qu’elle en vaut 17 ou 18. C’est la loi de l’offre et de la demande. Le pays passe par une période difficile.

Ce n’est donc pas une fausse rumeur; y aurait-il donc une baisse de la valeur des actions?
Ce n’est pas une baisse réelle, car quelques actions vendues ne signifient pas plus que cela. Si sur 700.000 actions, une centaine d’actions ont été vendues à 140 dollars, cela ne veut pas dire que l’action a baissé. Le vendeur a peut-être des problèmes et serait même prêt à la laisser à 50 dollars!

D’après vous, l’action du Casino se situerait à quel prix?
200 dollars environ. Mais il n’y a ni vente ni achat. Le problème est de trouver l’acquéreur. Aujourd’hui, si on arrive à vendre 5 % des actions à 140 dollars; si 20, 30 ou 40.000 actions sont vendues à ce prix, on peut parler de vente massive et dire que l’action a baissé. Mais si quelqu’un a voulu vendre quelques actions, il n’y a pas lieu d’en parler. D’ailleurs, la situation du pays cause un manque de liquidités, qui laisse les choses statiques. J’aimerais bien qu’on me dise combien d’actions ont été vendues ou achetées durant les douze derniers mois.
 

Comment peut-on le savoir?
On ne le peut pas car ce sont des actions au porteur. Mais je sais qu’il n’y a pas de mouvement.
Pourtant, vous parlez de chiffres et de bénéfices.
Nous avons réalisé les bénéfices les plus élevés depuis 40 ans. Pour l’année 2000, nous estimons avoir réalisé jusqu’ici un profit avant taxe de 20 à 22 millions de dollars.

Cela ne devrait-il pas faire monter le prix des actions?
Justement, c’est ici que la question se pose. En fait, il n’y a pas de liquidités dans le pays.

Les rumeurs seraient, alors, le fait de manipulations ciblées?
Les personnes lésées vont toujours trouver quelque chose et l’interpréter de façon à nuire.

Pourquoi seraient-elles lésées? Auriez-vous fait une sorte d’épuration, disons pacifique?
J’ai assaini la situation intérieure du Casino au niveau administratif et financier, totalisé un bénéfice de 61 millions de dollars, alors que quand j’ai pris en charge mes fonctions en mars 1999, nous n’avions pas un rond en banque.

Avec tout ce que gagne le Casino, est-ce possible?
Ils avaient payé une partie de la dette et cela avait grugé le budget. Depuis, nous avons réglé nos dettes et pour cela nous avons payé 31 millions de dollars, ainsi que 7 millions d’indemnités de fins de service; il reste un excédent de 23 millions de dollars en banque.

Mais comment avez-vous pu les réaliser, alors qu’auparavant vous dites qu’il ne restait rien dans les comptes. Est-ce dû à une mauvaise gestion?
Il y avait du vol.

A quel niveau?
Les adjudications étaient gonflées. Au lieu de signer un contrat à 10.000 dollars, il se faisait à 50.000. Des sommes énormes étaient payées pour des employés fictifs. Des paiements se faisaient soi-disant dans des buts qu’ils appelaient de marketing, de relations publiques, pour entretenir des relations privées, faire des achats, des dépenses… qui n’ont donné aucun résultat positif. Chacun essayait de tirer la couverture de son côté. Maintenant, il y a un contrôle et nous avons réalisé des bénéfices.

Comment se traduit ce contrôle?
Financièrement, nous avons appliqué une transparence dans les comptes. La loi et les règlements ont été appliqués. Tous les employés suivent un code préétabli et doivent y souscrire sous peine d’être châtiés. Après deux erreurs, l’employé est renvoyé.

Vous avez dû changer les têtes?
A peu près une centaine de personnes ont été virées.

Les avez-vous remplacées?
Pas du tout.

On ne peut pas vous accuser d’avoir placé vos hommes!?
En mars 1999, on avait 1335 employés, on en a actuellement 1240. Quand le Casino a repris en 1996, il y avait 600 employés. Puis, durant les deux années suivantes, 20, 30 et 50 employés étaient engagés chaque mois sans en avoir besoin, jusqu’au moment où je suis venu.

Il est reconnu que les députés du Kesrouan ont de facto droit à un certain nombre d’employés au Casino; qu’est-il arrivé depuis les dernières législatives?
De mars 1999 à aujourd’hui, trois nouveaux employés ont été engagés, alors qu’avant trois nouveaux étaient embauchés chaque jour!

Du point de vue administratif qu’avez-vous apporté de nouveau?
En mars 1999, on peut dire que la société était en règle à 5%. Alors que maintenant, elle l’est à 95%. Les employés avaient l’habitude de venir marquer le point le matin et s’en aller aussitôt. Maintenant, il y a un respect du travail et des obligations. Les directeurs sont présents de jour et de nuit. Les bons éléments sont récompensés et les autres pénalisés. Toute l’administration est bien gérée. On a insufflé à la société une nouvelle mentalité où la hiérarchie est appliquée, où les réalisations sont évaluées, les sessions de formation assurées (actuellement les départements des finances et de la sécurité sont en séminaire). L’ambiance est positive et une grande majorité des employés est bien plus satisfaite de la marche du travail. Tout se suit.

Quels sont vos projets pour la saison à venir?
Cinq restaurants (avec la nouvelle terrasse pour les cocktails et les mariages) marchent très bien. C’était complet tout l’été. Nous avons des shows et des événements de grande valeur. Au théâtre, nous avons eu Caracalla; puis, les Rahbani qui ont tenu l’affiche durant dix mois. A la Salle des Ambassadeurs, nous prévoyons le “Bal des débutantes” pour septembre et “Miss Europe”, pour novembre; puis, “Miss Top Model Europe 2000”, etc.

Qu’avez-vous à dire à vos détracteurs?
Depuis quarante ans, le Casino n’a jamais connu une période administrative et financière aussi saine. Il n’y a plus de vol et j’aimerais bien qu’on m’explique ce qui va mal. Quels sont leurs griefs contre le Casino? Jusqu’à maintenant, aucun point négatif ne peut être relevé. Les pantins qui gesticulent, de temps en temps, ne colportent des rumeurs que pour servir les intérêts personnels de ceux qui sont lésés. Or, des personnes lésées, il y en a beaucoup, parce que le Casino était une proie qu’on se disputait à gauche et à droite. Mais personne ne pourra plus jamais le faire, tant que je suis là.

Propos recueillis par
GISÈLE EID

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