CABINET: LE CHOIX DU FUTUR PREMIER MINISTRE SE FERA ENTRE HARIRI ET MIKATI

Si les efforts déployés par M. Walid Joumblatt en vue de ramener le général Michel Aoun au Liban ont échoué, à cause du refus de l’ancien chef du gouvernement militaire de reconnaître l’accord de Taëf, ceux visant à rapatrier M. Kamal Chatila ont réussi; celui-ci retournera à Beyrouth dimanche prochain après une absence de dix-sept ans passés à Paris. Un accueil populaire lui sera réservé à l’aéroport.

Quant au calme apparent qui caractérise la situation politique, il ne reflète pas la réalité, surtout en ce qui concerne le choix du futur Premier ministre, lequel donne lieu à d’intenses tractations et conciliabules. Les milieux politiques et parlementaires se perdent en conjectures autour de la personne du nouveau chef du gouvernement et des ministres, sans qu’on parvienne à s’en faire une idée exacte. Il faut attendre le 17 octobre, date à laquelle l’actuel Cabinet présentera sa démission, pour que commence le compte à rebours, par les consultations parlementaires qu’entamera le président de la République.
Jusqu’ici, le choix semble devoir se limiter à deux “présidentiables” sans plus: MM. Rafic Hariri et Najib Mikati. Le premier a multiplié les contacts au triple plan local, arabe et international, plus précisément avec les centres de décision, en se présentant comme le champion du sauvetage économique. De plus, il a mobilisé sa “machine politique” non moins imposante que sa “machine électorale” pour assurer son retour au Sérail. Au début de la semaine et dès son retour de Sardaigne où il a passé dix jours, M. Hariri a conféré avec le président Nabih Berri, passant en revue avec le chef du Législatif la conjoncture locale, avant de rendre visite au chef de l’Etat, probablement à la fin de la semaine.
De son côté, M. Mikati ne reste pas inactif, mais il y a lieu de signaler que même son propre bloc parlementaire n’a pas encore avancé sa candidature. On sait que le lendemain des élections au Liban-Nord, son colistier, Sleimane Frangié s’était prononcé publiquement en faveur de la candidature de M. Hariri. Quoi qu’il en soit, le ministre des Travaux publics et des Transports semble avoir des chances sérieuses d’accéder à la présidence du Conseil.
A propos du problème gouvernemental, il importe de faire état d’une déclaration faite par cheikh Hassan Nasrallah, secrétaire général du “Hezbollah”, en recevant mardi M. Melhem Karam, à la tête du conseil de l’Ordre des journalistes. Mettant l’accent sur la nécessité de sortir le pays de la crispation, il a émis ces réflexions: “Nous refusons de ramener le Pouvoir à une personne, quelle qu’elle soit. Ceci ne veut pas dire que notre choix va vers un candidat à la troisième présidence aux dépens d’un autre. Le Liban a besoin d’être sauvé d’une situation si peu enviable dans laquelle il se débat, d’autant qu’il affronte bien des défis”.
Quoi qu’il en soit, bien des développements se produisent ces temps-ci sur la scène locale, devant déboucher d’ici à la mi-octobre sur des alliances parlementaires autour du candidat à la présidence du Conseil. Pendant ce temps, le président Berri se préoccupe de restreindre la “bataille du Sérail” à un cadre normal, loin de toute tension, comme c’est le cas par rapport à la “bataille de la présidence de l’Assemblée”. En fait, cette seconde bataille, n’en est pas une, pour la simple raison qu’aucun concurrent sérieux n’a émergé jusqu’ici et M. Berri est assuré de se succéder à lui-même.
Aussi, le président de la Chambre des députés est-il le mieux placé pour faciliter le règlement du problème gouvernemental. Il aidera le président Lahoud, partant de la nécessité de sauvegarder le principe de la séparation des pouvoirs, tout en préservant leur équilibre et leur coopération. Selon des sources fiables, le chef de l’Etat adoptera un nouveau style après la formation du nouveau Cabinet, dans le but de consolider le dialogue interlibanais dans tout ce qui se rapporte à l’édification de l’Etat de la loi et des institutions. Le président de la République veillera, scrupuleusement, à associer toutes les forces vives de la nation à la prise des décisions touchant les questions vitales, le projet du régime étant celui de tous les Libanais.
Le président Lahoud a mis les choses au clair à propos de l’échéance gouvernementale, en définissant les spécifications de la personnalité appelée à assumer les charges de Premier ministre ou une fonction ministérielle. “Tant le chef du gouvernement que les ministres, a-t-il déclaré, doivent avoir la capacité de contribuer à l’édification de l’Etat de la loi et des institutions, de faire face aux échéances régionales et de relever l’économie nationale”.
Le président de la République a écarté la possibilité de répartir les portefeuilles ministériels sur la base du principe qui avait été adopté par le précédent régime, celui des “quotes-parts”, le Cabinet à constituer ne devant pas, de ce fait, constituer un fromage à partager. (Le président Fouad Chéhab utilisait fréquemment, autrefois, le terme de “fromagistes” en parlant des hommes politiques).
Par cette prise de position, le président Lahoud a voulu hisser le problème gouvernemental à la logique de l’édification de l’Etat et non plus à celle du “partage des parts”. Partant de sa conception que tous les Libanais sont tenus de donner à l’Etat et non de le considérer comme une vache laitière dont chacun tire profit dans son propre intérêt.
Ainsi, les portefeuilles ne seront pas répartis comme précédemment entre la “troïka”, ce qui était la cause de l’échec des précédents gouvernements, ces derniers s’étant montrés incapables de résoudre les problèmes auxquels le pays est confronté depuis la fin de la guerre. Des mini-crises s’étaient produites sous l’ancien régime, provoquées par des litiges sur la répartition des parts et cela s’était répercuté, négativement, sur la monnaie nationale. A tel point, que la Banque Centrale a dû prélever près de deux cents millions de dollars de ses fonds de réserve pour atténuer la pression sur la livre. C’est, assurent les observateurs, ce que le président Lahoud a voulu signifier en disant que les principes exposés dans son discours d’investiture devraient constituer les lignes de base de la déclaration ministérielle du prochain Cabinet.
Après la détermination des principes sur base desquels sera formé le futur Cabinet, les hautes autorités s’emploient, d’ores et déjà, à dégager la forme du nouveau gouvernement qui sera une formation largement représentative: un gouvernement politique et d’entente nationale élargi, au sein duquel “Amal” et le “Hezbollah” seraient représentés par un ministre chacun, afin d’assurer la représentation des autres blocs de l’Assemblée et partis qui le méritent.
La nouvelle équipe gouvernementale compterait, dit-on, un certain nombre de technocrates à qui seraient confiées des missions en rapport avec leur compétence et leur spécialisation.
Par ailleurs, la conférence des pays donateurs, en dépit de son renvoi, n’est pas reléguée à l’arrière-plan: les responsables poursuivent ses préparatifs, d’autant que des organisations non gouvernementales (ONG) doivent prendre la relève des Etats et se réuniront le 28 septembre à Beyrouth, ainsi que l’a annoncé mardi l’ambassadeur d’Italie au cours d’une visite au président Hoss. De toute façon, le futur Cabinet devra être formé dans la seconde quinzaine du mois prochain, à moins de complications imprévisibles.
De toute manière et dès son retour de New York où il a prononcé le mot du Liban devant l’Assemblée générale des Nations Unies, le président Hoss a informé le chef de l’Etat de la teneur de ses entretiens avec plusieurs de ses homologues étrangers. Il nous revient que M. Hoss a fait part de ses craintes quant à un torpillage définitif de la conférence des pays donateurs, ces derniers ayant lié sa tenue à des conditions dont quelques-unes sont rédhibitoires... en ce sens qu’elles établissent un rapport avec le problème gouvernemental et la situation au Liban-Sud, où l’Armée libanaise a commencé à se déployer ces derniers jours à partir de la région de Jezzine.
Le président Lahoud a soutenu que le report de la conférence des pays donateurs, ne minimise nullement la valeur de la victoire remportée sur l’ennemi israélien, tout en exprimant son appréciation des efforts déployés par le secrétaire général de l’ONU et des Etats ayant fait part de leur disposition à accorder une aide au Liban-Sud.
Quant au président Hoss, il s’est limité à dire: “Je ne veux pas interpréter le report de la conférence, comme un prélude à son torpillage. Elle pourrait se tenir dans quelques semaines ou mois, d’autant que le secrétaire général de l’ONU donne la preuve de sa compréhension des besoins du Liban-Sud. J’ai touché du doigt le respect de la communauté internationale à notre pays, après l’exploit qu’il a réalisé en mettant fin à l’occupation israélienne”.

NADIM EL-HACHEM

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