DIALOGUE ISRAÉLO-PALESTINIEN:
UN TEMPS DE RÉFLEXION POUR MIEUX PROGRESSER?
A peine entamées à Jérusalem au niveau des délégués des deux parties, les négociations israélo-palestiniennes ont été suspendues pour quelques heures; puis, reprises. Histoire, sans doute, de prendre un temps de réflexion et de recul, pour mieux progresser.
Au même moment, le président Jacques Chirac recevait à l’Elysée, Shlomo Ben Ami, ministre israélien p.i. des Affaires étrangères dans une nouvelle tentative de médiation.
Quant à l’administration américaine, elle achève la mise au point d’une nouvelle formule d’entente à proposer aux deux fractions en conflit et demeure optimiste, tout en insistant sur l’urgence du moment.


Shlomo Ben Ami à l’Elysée: Une nouvelle tentative de médiation.

Après deux jours de négociations menées par Gilad Sher, du côté israélien; Saëb Erakat et Mohamed Dahlan, chef de la sécurité préventive dans la bande de Gaza, du côté palestinien, le Premier ministre israélien a décidé, de façon unilatérale, d’annuler une troisième rencontre. Selon le conseiller de Barak, Danny Yatom, cette démarche plutôt surprenante, était justifiée par la nécessité de prendre une “petite pause”, “pour faire le point”. Il a, par ailleurs, appelé les Palestiniens à formuler des “propositions plus positives” et “plus modérées” afin que les négociations puissent reprendre.
M. Erakat, ministre palestinien des Collectivités locales et négociateur en chef, a le premier commenté cette suspension, exprimant son vif étonnement et attribuant la cause du blocage au non respect par Israël des données de base du processus de paix.
Mais la pause a été de courte durée, les négociations ayant repris moins de 24 heures après, vu la nécessité de poursuivre le dialogue et d’aboutir à un résultat.
Car certaines échéances internes sont pressantes, notamment la reprise de la session de la Knesset, fin octobre, qui pourrait mener à de nouvelles élections générales anticipées en Israël, la réunion du Conseil central palestinien prévue pour le 15 novembre et, bien sûr, les présidentielles américaines.

“LE TEMPS EST COMPTÉ”
Tout en gardant le contact et le dialogue pour tenter de rapprocher leurs positions en vue d’un réglement final, Israéliens et Palestiniens s’accusent, mutuellement, d’intransigeance.
Pourtant, tel que le dit Shlomo Ben Ami devant l’Assemblée générale de l’ONU: “Le temps de la paix est compté”. Le chef de la diplomatie israélienne p.i. appelle les Palestiniens “à réaliser que l’Histoire nous a menés au moment de vérité et de décision à partir duquel nous ne pouvons nous séparer les mains vides, sous peine de sévèrement punir nos peuples”.
Il est certain que, ni les Israéliens ni les Palestiniens, ne veulent rompre le dialogue et la concertation, pour repartir les mains vides mais continuent à se rejeter les causes du blocage.
Pour Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne, le processus de paix traverse “une étape dangereuse”, à cause du refus d’Israël de reconnaître les droits des Palestiniens.
A cet avertissement, Ben Ami répond en affirmant que Ehud Barak a fait “des gestes audacieux, courageux et sans précédent en faveur de la paix, aucun Premier ministre après lui, ne pouvant aller aussi loin dans ses propositions”.

LA MÉDIATION FRANÇAISE
Afin de rapprocher les points de vue, la France poursuit sa médiation entre les différentes parties. A cet effet, le président Chirac a reçu à l’Elysée, Shlomo Ben Ami, chef de la diplomatie israélienne par interim, pour des concertations sur une solution intermédiaire à propos de la question de Jérusalem, tel que l’écrit le quotidien israélien “Edioth Aharonot”.
La France qui préside l’Union européenne pour six mois depuis début juillet, ne s’est jamais départie de son rôle d’interlocuteur et de médiateur dans le processus de paix au Proche-Orient; elle sent le besoin de s’y impliquer davantage encore.

L’AVENIR DE JÉRUSALEM
Le statut de Jérusalem-Est occupé et annexé par Israël depuis juin 1967, demeure la principale pierre d’achoppement dans les négociations.
Les différentes propositions pour régler cette question ont, jusque-là, échoué mais chacun le sait, il ne peut y avoir de paix réelle si ce nœud gordien n’est pas tranché.
La dernière suggestion en date a porté sur l’“Esplanade des mosquées” (Al-Haram al-Charif), troisième lieu saint de l’Islam, mais qui, par ironie du sort, a été édifiée sur le Mont du Temple, site de l’antique temple de Salomon qui fut détruit en 70 après J.-C. et dont il ne reste que le Mur des Lamentations.
Pour tenter de résoudre ce point épineux, les Palestiniens ont proposé de confier la souveraineté de l’Esplanade des mosquées d’Al-Aqsa et du Rocher au “Comité al-Qods”, issu de l’Organisation de la Conférence islamique.
La réponse de Tel-Aviv ne s’est pas fait attendre: “Israël refuse de transférer aux Palestiniens la souveraineté sur le Mont du Temple et rejette, catégoriquement, toute idée de transfert de souveraineté sur place à un organisme musulman”, affirme Barak.
Même son de cloche de Ben Ami qui a exclu toute concession: “Nous sommes venus sur le site du Temple pour ne plus nous en séparer, ni renoncer à notre souveraineté sur place”.

LA POSITION DU VATICAN
Recevant les lettres de créance du nouvel ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, Yosef Neville Lamdan, S.S. Jean-Paul II a, une fois de plus, plaidé en faveur d’un “statut spécial” pour Jérusalem. “Le caractère religieux unique de la Cité Sainte, a-t-il affirmé, doit être préservé par un statut spécial internationalement garanti”.
Le Saint-Père estime que seul “le dialogue” et non “la force” aiderait à résoudre la question de Jérusalem avant d’ajouter: “Le but de ce soutien international serait la conservation du patrimoine culturel et religieux de la Cité Sainte, un patrimoine qui appartient aux Juifs, aux Chrétiens et aux Musulmans dans le monde, ainsi qu’à la communauté internationale tout entière”.

NELLY HELOU

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