Shlomo Ben Ami à l’Elysée: Une nouvelle
tentative de médiation.
Après deux jours de négociations menées par Gilad
Sher, du côté israélien; Saëb Erakat et Mohamed
Dahlan, chef de la sécurité préventive dans la bande
de Gaza, du côté palestinien, le Premier ministre israélien
a décidé, de façon unilatérale, d’annuler une
troisième rencontre. Selon le conseiller de Barak, Danny Yatom,
cette démarche plutôt surprenante, était justifiée
par la nécessité de prendre une “petite pause”, “pour faire
le point”. Il a, par ailleurs, appelé les Palestiniens à
formuler des “propositions plus positives” et “plus modérées”
afin que les négociations puissent reprendre.
M. Erakat, ministre palestinien des Collectivités locales et
négociateur en chef, a le premier commenté cette suspension,
exprimant son vif étonnement et attribuant la cause du blocage au
non respect par Israël des données de base du processus de
paix.
Mais la pause a été de courte durée, les négociations
ayant repris moins de 24 heures après, vu la nécessité
de poursuivre le dialogue et d’aboutir à un résultat.
Car certaines échéances internes sont pressantes, notamment
la reprise de la session de la Knesset, fin octobre, qui pourrait mener
à de nouvelles élections générales anticipées
en Israël, la réunion du Conseil central palestinien prévue
pour le 15 novembre et, bien sûr, les présidentielles américaines.
“LE TEMPS EST COMPTÉ”
Tout en gardant le contact et le dialogue pour tenter de rapprocher
leurs positions en vue d’un réglement final, Israéliens et
Palestiniens s’accusent, mutuellement, d’intransigeance.
Pourtant, tel que le dit Shlomo Ben Ami devant l’Assemblée générale
de l’ONU: “Le temps de la paix est compté”. Le chef de la diplomatie
israélienne p.i. appelle les Palestiniens “à réaliser
que l’Histoire nous a menés au moment de vérité et
de décision à partir duquel nous ne pouvons nous séparer
les mains vides, sous peine de sévèrement punir nos peuples”.
Il est certain que, ni les Israéliens ni les Palestiniens, ne
veulent rompre le dialogue et la concertation, pour repartir les mains
vides mais continuent à se rejeter les causes du blocage.
Pour Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne, le processus
de paix traverse “une étape dangereuse”, à cause du
refus d’Israël de reconnaître les droits des Palestiniens.
A cet avertissement, Ben Ami répond en affirmant que Ehud Barak
a fait “des gestes audacieux, courageux et sans précédent
en faveur de la paix, aucun Premier ministre après lui, ne pouvant
aller aussi loin dans ses propositions”.
LA MÉDIATION FRANÇAISE
Afin de rapprocher les points de vue, la France poursuit sa médiation
entre les différentes parties. A cet effet, le président
Chirac a reçu à l’Elysée, Shlomo Ben Ami, chef de
la diplomatie israélienne par interim, pour des concertations sur
une solution intermédiaire à propos de la question de Jérusalem,
tel que l’écrit le quotidien israélien “Edioth Aharonot”.
La France qui préside l’Union européenne pour six mois
depuis début juillet, ne s’est jamais départie de son rôle
d’interlocuteur et de médiateur dans le processus de paix au Proche-Orient;
elle sent le besoin de s’y impliquer davantage encore.
L’AVENIR DE JÉRUSALEM
Le statut de Jérusalem-Est occupé et annexé par
Israël depuis juin 1967, demeure la principale pierre d’achoppement
dans les négociations.
Les différentes propositions pour régler cette question
ont, jusque-là, échoué mais chacun le sait, il ne
peut y avoir de paix réelle si ce nœud gordien n’est pas tranché.
La dernière suggestion en date a porté sur l’“Esplanade
des mosquées” (Al-Haram al-Charif), troisième lieu saint
de l’Islam, mais qui, par ironie du sort, a été édifiée
sur le Mont du Temple, site de l’antique temple de Salomon qui fut détruit
en 70 après J.-C. et dont il ne reste que le Mur des Lamentations.
Pour tenter de résoudre ce point épineux, les Palestiniens
ont proposé de confier la souveraineté de l’Esplanade des
mosquées d’Al-Aqsa et du Rocher au “Comité al-Qods”, issu
de l’Organisation de la Conférence islamique.
La réponse de Tel-Aviv ne s’est pas fait attendre: “Israël
refuse de transférer aux Palestiniens la souveraineté sur
le Mont du Temple et rejette, catégoriquement, toute idée
de transfert de souveraineté sur place à un organisme musulman”,
affirme Barak.
Même son de cloche de Ben Ami qui a exclu toute concession: “Nous
sommes venus sur le site du Temple pour ne plus nous en séparer,
ni renoncer à notre souveraineté sur place”.
LA POSITION DU VATICAN
Recevant les lettres de créance du nouvel ambassadeur d’Israël
près le Saint-Siège, Yosef Neville Lamdan, S.S. Jean-Paul
II a, une fois de plus, plaidé en faveur d’un “statut spécial”
pour Jérusalem. “Le caractère religieux unique de la Cité
Sainte, a-t-il affirmé, doit être préservé par
un statut spécial internationalement garanti”.
Le Saint-Père estime que seul “le dialogue” et non “la force”
aiderait à résoudre la question de Jérusalem avant
d’ajouter: “Le but de ce soutien international serait la conservation du
patrimoine culturel et religieux de la Cité Sainte, un patrimoine
qui appartient aux Juifs, aux Chrétiens et aux Musulmans dans le
monde, ainsi qu’à la communauté internationale tout entière”.