Saturnale


Par MARY  YAZBECK AZOURY

NOS SI “CHERS” ÉLUS
Suite au commentaire publié dans ces mêmes colonnes sur “Ce que gagne un élu de la nation”, j’ai reçu un nombre incalculable d’appels pour souligner que mes informations sont incomplètes et que nos “chers” élus, coûtent en fait bien plus que ce que j’avais écrit.
- Alors, un additif à ce que le député coûte aux contribuables libanais. Car, en fin de compte, ce qui sort de ses poches va remplir les leurs.
- Une enveloppe leur est remise dès leur élection contenant pour parer au plus pressé, côté santé, un chèque de trente millions de livres libanaises ou vingt mille dollars US. Mais ceci n’est qu’une petite avance sur ce qu’il recevra en sus, en cas d’opérations ou de maladies qui le touchent lui, ou l’un des siens. (Nous ne leur souhaitons aucun mal). Le député touche cette somme, même s’il a une santé de fer.
- En cas d’absence du député des séances parlementaires, il n’existe pas, comme dans la plupart des pays vraiment démocratiques, une obligation de présence, ou des amendes à déduire de leurs indemnités.
Avec 128 députés pour une population de 4 millions d’habitants, le Liban compte un député pour chaque 30.000 habitants, alors que dans un pays comme la France qui compte autour de 60 millions d’habitants, ils ont une représentation de 577 députés. Faites le calcul. Un député pour 100.000 h. La Grande-Bretagne qui compte 60 millions d’habitants environ, compte 659 membres à la Chambre des représentants et, les Etats-Unis, pour une population de 272 millions d’habitants, 435 membres élus.
Faites le compte...
Alors, vous comprendrez comment l’honorable député au Liban deviendra de plus en plus riche et le Libanais deviendra de plus en plus pauvre.
Reprenons le compte: le député qui décède, laisse à son épouse et à ses enfants (garçons mineurs ou s’ils étudient et ce jusqu’à 25 ans) et aux filles jusqu’à leur mariage, si elles restent célibataires, ou divorcent, les sommes très intéressantes allant selon les cas où l’on a été député une fois, deux fois ou trois fois, ou encore plus, des sommes variant de 55% de leurs indemnités, ou de 65% ou de 75% selon le nombre de leurs mandats. Sans compter de nombreux avantages, surtout concernant les études et la santé.

***

POUR LES 48 DÉPUTÉS SORTANTS
18 MILLIARDS DE L.L. CHAQUE ANNÉE
L’Etat libanais est, dit-on, en faillite!
Comment ne le serait-il pas avec toutes les indemnités à payer aux membres du Législatif, de l’Exécutif et, à un moindre degré, à ceux du judiciaire.
Tout dans l’Etat est à différentes vitesses!
Les députés sortants (les 48) coûteront à l’Etat la bagatelle de un milliard et demi de livres libanaises par mois. Multiplions par 12, cela donne 18 milliards de L.L. par an. Pour avoir eu “l’honneur” de représenter un peuple, dont la majorité ignore jusqu’à leur nom.
Lorsque cette loi inique a été votée sur proposition de Mounir Abou-Fadel, en 1974, quatre députés l’ont rejetée: Camille Chamoun, Joseph Chader, Rachid Karamé et Albert Moukheiber.
Mais elle est passée quand même. Plus tard, il ne s’est jamais trouvé dix parlementaires au moins, pour demander la révision de cette loi inique, d’ailleurs maintes fois amendée pour cause de majoration.
Et voilà comment l’argent des contribuables libanais s’envolent.
A entretenir une classe d’autres citoyens, dont la majorité sèche les séances parlementaires ou viennent y dormir ou bavarder, quand ce n’est pas pour concocter certaines affaires.
A l’ordre du jour de ce nouveau parlement qui coûte si cher à l’Etat, il est urgent, impératif et prioritaire de reconsidérer ces indemnités.
S’il ne le fait pas, c’est que nous entrons de plain-pied dans le cinquième monde, ayant dépassé depuis bien longtemps le tiers-mondisme et le quart-mondisme.

***

UNE RETRAITE... À TROIS VITESSES
EST-CE CELA L’ÉTAT DE DROIT?
Essayez de comprendre la logique de ceux qui ont concocté le régime de retraite pour le fonctionnaire le plus aberrant, non seulement du Liban, mais de la planète.
Il est entendu que le Libanais, surtout s’il est au pouvoir, ignore le sens des mots égalité, fraternité, liberté et justice. Tout d’abord, le citoyen n’est pas égal devant la loi. Pourquoi tous les fonctionnaires doivent-ils prendre leur retraite à l’âge de 64 ans, alors que les membres de la magistrature ont droit de siéger jusqu’à 68 ans? Ont-ils une meilleure santé?
Pourquoi, enfin, il y a trois catégories de fonctionnaires retraités.
- Il y a les retraités d’avant 1983... ceux d’avant 1996 et les retraités d’après 1996 jusqu’à ce jour. Il y a donc des retraités qui ont touché la totalité de l’augmentation votée en 1998 et ceux qui ont touché la moitié de la différence (allez savoir quels calculs ils font!). Il y a ceux qui ont touché 40% de leur augmentation, le reste, les 60% ont été répartis en trois ans à 20%, en espérant que la dévaluation aura fait le nécessaire pour que ce malheureux retraité ne touche que des miettes.
Mais quels petits “génies” ont concocté ce système à trois vitesses... Alors que déjà, les anciens retraités ont une base de retraite de loin inférieure à ceux qui la prennent aujourd’hui?
Le malheur dans ce pays est que l’on ne peut connaître les noms de ceux qui ont élaboré cette loi, ceux qui l’ont présentée, ceux qui l’ont adoptée et appliquée. Du moins pour le dernier stage, nous savons que ce sont nos brillants députés. Quant à l’inspirateur ou à l’instigateur, nul ne le sait.
 
À QUAND LA RÉFORME DE LA RÉFORME DE L’ENSEIGNEMENT?
Elle n’est pas encore complètement terminée que, déjà, des voix s’élèvent stigmatisant la réforme de l’enseignement, qui présente de nombreuses lacunes.
Outre le livre d’Histoire unique qu’on n’arrive pas à faire accoucher, même au forceps, car la vision des différents auteurs varie selon les religions et les convictions politiques ou autres, un autre point d’achoppement est l’enseignement scientifique des questions sexuelles, supprimé à la demande de certains pôles religieux.
Car nos malheureux pédagogues s’imaginent que les élèves les attendent pour apprendre les choses de la vie.
Ne savent-ils donc pas qu’il y a Internet, les vidéos-films, les chaînes étrangères qui se sont déjà chargées de mettre les enfants, les adolescents et même les adultes au courant? Et qu’il n’existe plus de secret sur le sujet, ni de tabou.
Ne savent-ils pas que de nombreux jeunes, même ceux des classes dites défavorisées, enseigneraient plus d’une à leurs professeurs et parents?
Il est vrai que, côté féminin, dans certains milieux, il y a beaucoup à faire. Et ce n’est pas certainement l’“enseignement scientifique” de la sexualité qui y pourvoira!
Aussi, est-il préférable d’abandonner ces discussions byzantines concernant le sexe non pas des anges mais des humains et de se mettre, sérieusement, à une réforme de l’enseignement, pour sortir le Liban des brumes de l’Obscurantisme et du Tiers-mondisme.


Home
Home