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LE MESSAGE DE MME ALBRIGHT
Pourquoi donc Mme Albright se gênerait-elle? Avant de se rendre à l’ONU, le chef du gouvernement libanais, M. Salim Hoss, avait fait savoir à la secrétaire d’Etat américaine, par les voies diplomatiques ordinaires, qu’il souhaiterait la rencontrer durant son séjour à New York.
Mme Albright n’a pas jugé ni bon, ni utile de satisfaire ce souhait. Elle a fait dire à M. Hoss que l’un de ses adjoints se chargerait d’aller le saluer. M. Hoss lui a répondu que cet adjoint n’aurait pas à se déranger. Il ne le recevrait pas.

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Le président Salim Hoss, depuis son échec aux élections, n’est plus qu’un chef de gouvernement en sursis et Mme Albright le lui fait bien sentir. Qu’à travers M. Hoss, c’est le Liban lui-même qui était la cible de ce geste d’humiliation, importe peu, sans doute, à la très grande puissance que représente Mme Albright. Mais la secrétaire d’Etat, elle-même, n’est-elle pas en sursis; puisqu’au lendemain des prochaines élections présidentielles, tout le personnel de l’Administration Clinton sera changé selon un rituel bien établi?
Du reste, M. Hoss pourrait faire sienne la fameuse réplique du philosophe Diogène à ceux qui s’étonnaient de ce qu’il ne répondit pas aux insultes dont il était l’objet: “Et moi, je ne me sens pas insulté!”
L’important n’est, évidemment, pas là. L’attitude de Mme Albright ne faisait, en fait, qu’annoncer ce que M. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, s’est chargé, deux jours plus tard, de faire porter à la connaissance de M. Salim Hoss: la conférence internationale des “pays donateurs” (pour le Liban-Sud) qu’à aucun moment Washington n’a vu d’un bon œil, prévue à Beyrouth pour les 9 et 10 octobre prochains, ne se réunira pas; elle est ajournée à une date qui sera ultérieurement fixée.
En fait, elle est bel et bien annulée. Car, après le 17 octobre, date d’entrée en fonctions de la nouvelle législature libanaise, le gouvernement Hoss, devenu démissionnaire, n’aura plus qu’à expédier les affaires courantes; le Liban sera dans l’attente de la mise en place d’un nouveau gouvernement. Et aux Etats-Unis même, ce sera une période d’incertitude dans la perspective du résultat de l’élection présidentielle. Incertitude qui se prolongera jusqu’au 20 janvier de l’année prochaine, date d’entrée en fonctions du président élu.
D’ici là, adieu veaux, vaches, cochons!...

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Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre le message de Mme Albright transmis par M. Annan: il n’est pas question, dans la conjoncture actuelle, d’apporter au Liban le moindre secours pour reconstruire ce qu’une occupation israélienne de 22 ans a détruit.
Les “pays donateurs”, sous la pression des Etats-Unis, ne sont pas prêts à donner quoi que ce soit, tant que le Liban ne se sera pas soumis aux conditions qu’on peut facilement soupçonner d’être des conditions israéliennes. Quelles sont ces conditions? Elles seront tôt ou tard formulées officiellement.
Si l’on garde encore là-dessus une certaine discrétion, c’est probablement qu’on sait que le gouvernement de M. Salim Hoss n’est pas en situation de les accepter. On veut être assuré que son successeur sera en meilleure posture pour s’y soumettre.
Il y a là un facteur important qui semble devoir jouer pour la désignation du futur chef de gouvernement et pour la composition de son Cabinet.
C’est un jeu serré dans le cadre d’un système d’ingérences étrangères qui risque d’ignorer, dangereusement, les conditions de l’équilibre national et de la paix intérieure.
La question à laquelle il faudra trouver une réponse est celle de savoir comment constituer un gouvernement répondant à ce besoin d’équilibre et de paix, tout en s’intégrant à une politique de stabilisation régionale, dont le “processus” est mené par l’Amérique aux conditions posées par Israël et, dès lors, encore très aléatoire.
M. Hoss n’étant plus un interlocuteur valable pour Mme Albright, qui sera le successeur de M. Hoss susceptible d’être l’interlocuteur valable pour le successeur de Mme Albright dans une nouvelle Administration américaine, dont la priorité sera toujours l’intérêt d’Israël et, dans cette optique, la paix avec la Syrie, le changement de régime à Bagdad, le pétrole? Et dans l’intervalle entre M. Clinton et son successeur, qui orientera ce jeu sinon M. William Cohen, le Pentagone et la CIA? Belle perspective!
Le Liban, en tout cas, ne serait qu’un souci marginal pour Washington.

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Ce n’est donc pas à Washington qu’il convient de rechercher une réponse à nos problèmes; mais auprès des leaderships politiques issus des élections libanaises.
Peut-on espérer, à cet égard, qu’il y aura un effort sérieux pour prendre conscience des véritables enjeux et pour que la priorité soit donnée, non plus aux intérêts individuels et claniques ou aux vanités, mais à l’intérêt national?
Il n’est, en effet, pas interdit d’espérer!... 


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