DÉPUTÉ DE KESROUAN-JBEIL NEEMTALLAH ABI-NASR:
 “OUI À UNE DÉMOCRATIE PLURALISTE, NON NUMÉRIQUE...
... ET À DES RELATIONS PRIVILÉGIÉES AVEC LA SYRIE SUR BASE DU RESPECT MUTUEL”

. Me Neemtallah Abi-Nasr a entamé son action politique au sein de la Ligue maronite, dont “les objectifs, dit-il, sont nationaux et non communautaires ou confessionnels”. Membre du comité exécutif de cette institution depuis 1974, il y occupe la charge de trésorier; puis, de secrétaire  général de 1994 à 1997. Il se fait connaître dans le domaine politique et public en présentant, au nom de la Ligue maronite, un recours en invalidation auprès du conseil d’Etat, du décret de naturalisation qui a accordé la nationalité libanaise à plus de 300.000 personnes, dont 40.000 Palestiniens et à des milliers de personnes, n’ayant jamais résidé au Liban, ainsi qu’à des gens objets de mandats d’arrêt.
Né en 1936 à Chnanir (caza du Kesrouan), il est licencié en droit de l’USJ, pratique la profession d’avocat depuis plus de 35 ans et préside depuis 1998 “l’Union démocrate chrétienne”.

Mes principes sont connus”, affirme-t-il d’emblée. Je suis pour un Liban souverain, libre, indépendant, ayant de bonnes relations avec tous les pays arabes, la Syrie en tête. Ces relations spécifiques avec Damas doivent s’établir d’Etat à Etat, avec un équilibre dans les droits et les obligations et un équilibre des intérêts. Car nous avons besoin de la Syrie, autant qu’elle a besoin de nous. Pour cela, notre politique doit être bien claire.
Concernant la présence palestinienne au Liban (l’interview a été réalisée avant les incidents au Liban-Sud), Me Abi-Nasr se prononce pour le désarmement des camps palestiniens et l’application de la résolution “194” des Nations-Unies. “Il faut, dit-il, aider les Palestiniens à retourner dans leurs foyers en toute dignité. Le Liban a payé pour la cause palestinienne bien plus que tout autre pays au monde et il n’est pas permis qu’il supporte seul le poids et les conséquences de cette cause”.
“L’Etat et le peuple libanais dans toutes ses fractions et composantes, ont nettement pris position contre l’implantation qui, si elle nous était imposée, aurait de graves conséquences socio-économiques et créerait un déséquilibre à l’intérieur de la société libanaise.
“Nous devons faire entendre notre voix et clamer tout haut que la présence palestinienne au Liban est, à la fois, une responsabilité arabe et internationale. Il faut donc assurer aux Palestiniens une vie digne et honorable en dehors du Liban.”

AMENDER LA LOI SUR LES NATURALISATIONS
Votre présence au parlement pourra-t-elle aider à faire avancer la demande d’annulation du décret de naturalisation que vous réclamez sans relâche?
La question est entre les mains de la Justice. Nous lui faisons confiance et espérons obtenir gain de cause. Par contre, il nous faudra śuvrer au sein de la Chambre, en vue d’amender la loi actuelle sur les naturalisations. Celle-ci stipule que le simple fait de résider cinq ans dans le pays permet d’obtenir la nationalité libanaise. Nous avons au-delà d’un million de travailleurs étrangers; qu’adviendra-t-il si on leur accordait la nationalité?
Pour cela, il est urgent d’adopter une loi accordant leurs droits politiques à nos frères émigrés et leur permettant de récupérer leur nationalité d’origine.
“Il est de même urgent d’amender la loi d’appropriation des étrangers. En vertu de la présente loi, un ressortissant non libanais peut s’approprier 5000 m2 par mohafazat. Ainsi, notre terre est à vendre et l’identité est offerte en cadeau, alors que nos fils émigrent... Que reste-t-il du Liban?

PRÉSERVER LA SPÉCIFICITÉ DU LIBAN
Allez-vous réclamer aussi une réforme de la loi électorale?
C’est une revendication normale, car il est grand temps d’élaborer une loi qui puisse assurer la représentation de toutes les composantes nationales, exprimer la volonté populaire et créer une véritable interaction au sein du parlement. Je ne vois pas, par exemple, aujourd’hui, comment Bécharré et Jezzine sont réellement représentés au sein de la Chambre?
Il faut amender la loi actuelle et adopter la petite circonscription. Nous sommes de même pour le développement équilibré entre les districts et au niveau des citoyens, dans les droits et les obligations.

La rengaine de l’abolition du confessionnalisme politique est revenue ces dernières semaines. Qu’en pensez-vous?
Le confessionnalisme ne peut être morcelé. Si le peuple libanais est déjà prêt pour son abolition dans sa totalité au niveau politique, juridique, administratif et des statuts personnels, nous l’approuvons. Mais vouloir abolir le confessionnalisme politique en partant de données confessionnelles pour permettre à une communauté de dominer les autres, c’est porter un coup mortel à la convivialité libanaise qui fait la valeur et la spécificité du Liban.
Terre d’accueil et des épris de liberté, le Liban ne peut préserver son caractère spécifique et particulier que par une démocratie consensuelle pluraliste et non par la démocratie du nombre. Sinon, il perdrait la raison même de son existence.

L’ESSENTIEL EST DE S’ENTENDRE ENTRE NOUS
Le manifeste du patriarche Nasrallah Sfeir et des archevêques maronites a-t-il provoqué un choc salutaire au sein de la société libanaise?
Sa Béatitude n’a rien dit de vraiment nouveau. Cela fait deux ans qu’il affirme les mêmes choses. Cette fois, tout a été proclamé dans un même communiqué et je suis persuadé que le peuple libanais dans toutes ses fractions appuie le manifeste de Bkerké. Car la faim, la souffrance, le chômage et les problèmes socio-économiques n’ont pas une identité confessionnelle ou sectaire mais touchent tout le monde.
Par ailleurs, je peux rassurer tous les Libanais que les chrétiens et les maronites, en particulier, souhaitent d’excellentes relations avec la Syrie, dans le cadre des institutions et le respect mutuel.
L’accord de Taëf a parlé d’un redéploiement des troupes syriennes en deux ans. L’occupation israélienne a, cependant, retardé ce processus. Aujourd’hui, grâce à la résistance qui a reçu un appui total de la part des autorités et du peuple libanais, le Sud et la Békaa-ouest ont été libérés.
On peut, désormais, aborder la question de la présence syrienne au Liban dans le cadre d’un accord entre les deux pays.
Dans ce même contexte, nous réclamons un gouvernement d’entente nationale représentatif de tous les courants de notre peuple. Un gouvernement qui coopère avec le chef de l’Etat sur la base des orientations nationales énoncées dans le serment constitutionnel.

Vous sera-t-il facile en tant que député de faire prévaloir ces idées?
Nous formons déjà un noyau de cinq députés de la circonscription de Jbeil-Kesrouan. Nous partageons ces idées et espérons que d’autres collègues se joindront à nous pour former un bloc solide et actif.

NELLY HELOU

Home
Home