MISE EN PLACE D’UNE NOUVELLE POLITIQUE CULTURELLE FRANÇAISE AU LIBAN
ALAIN FOUQUET: “UN FOND DE SOLIDARITÉ SERA DÉBLOQUÉ POUR
FINANCER D’IMPORTANTS PROJETS PRÉPARÉS EN COMMUN”

A l’occasion de la rentrée d’octobre, M. Alain Fouquet, conseiller de coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France au Liban, ainsi que directeur du Centre culturel, nous informe de la mise en place d’une nouvelle politique culturelle ayant pour objet de favoriser le développement culturel, scientifique et technique du Liban.

L’ensemble des actions qu’il a entreprises s’organisent autour de concepts très précis tenant compte de la situation et du contexte socio-culturel.
“Nos priorités, dit-il, sont les mêmes depuis plusieurs années. La première d’entre elles est la défense de la langue française avec, en particulier, le problème de la francophonie au niveau des médias et au niveau scolaire et universitaire.
Mais, d’abord, il faut commencer par signaler que le sommet de la francophonie se tiendra au Liban fin octobre 2001 et plus de cinquante chefs d’Etat entièrement ou partiellement francophones y participeront. C’est la première fois que ce sommet a lieu dans un pays arabe. Le thème, très porteur, est le dialogue des cultures. Celles-ci participent à la francophonie sans perdre leur identité. L’axe de combat de la francophonie n’est donc pas d’imposer le français à la place d’autres langues, mais un témoignage qu’on peut exister en dehors de l’anglais. Les langues arabe, espagnole ou autres doivent aussi avoir leur place. En conséquence, la coopération mise en œuvre peut être bilatérale, multilatérale, internationale, spécifiquement européenne, mais prend toujours la forme d’un projet.

RECONQUÉRIR LE TERRAIN PERDU
“Sur le plan de l’Audiovisuel, ajoute M. Fouquet, ma préoccupation dès mon arrivée, a été de reconquérir le terrain perdu au profit de la production hollywoodienne qui envahit le marché.
Pourtant, il existe un renouveau des cinémas arabe et italien. Un cinéma iranien est en train de naître. Est-ce qu’on voit ces films à Beyrouth?
Même les bons films américains (Woody Allen) sont absents des salles de cinéma. Idem pour les productions françaises. Il faut que les pays se mettent d’accord pour régler la question des produits culturels. On ne parle plus d’exception culturelle, mais de diversité culturelle.
Nous avons des actions en cours avec la Communauté Européenne, pour une deuxième salle Europa-cinéma. Nous avons acquis au Service culturel une caméra de 35 mm qui peut passer des films de qualité professionnelle, ce qui nous permettra de les projeter sur des écrans improvisés (un grand mur), dans les villages et les zones défavorisées, en particulier dans le Sud du pays.
Nous continuons dans le même temps à soutenir le Festival du film à Beyrouth et le Festival du film européen. Nous essayons toujours de le décentraliser. L’année dernière, plusieurs films ont été projetés à Zahlé.
De même, en réhabilitant la cinémathèque du Liban qui existe depuis longtemps, ainsi que le centre de documentation, grâce aux efforts du ministère de la Culture, nous pourrons aider à reconstituer les mémoires du cinéma libanais, à projeter des films sur Beyrouth des années 30 ou 40 et des films tournés en France sur le Liban. On verra le retour des grandes séries qui ont fait la gloire du cinéma français.
Nous avons réussi à faire signer un accord de coopération cinématographique entre la France et le Liban attendu par les professionnels depuis longtemps, ce qui permettra des coproductions libano-françaises avec des moyens plus larges.
Quant à la télévision, nous allons affecter environ 33 millions de francs pour améliorer la diffusion des chaînes “Télé- Liban” et celle, francophone du “Neuf”. Ainsi, en perspective du sommet de la francophonie, tous les participants pourront constater qu’il y a une production locale francophone renforcée ces deux dernières années.
Pour la radio, un projet d’implantation de plusieurs stations, ainsi que la modernisation de celle de Beit-Méry sont à l’étude.

AMÉLIORER LE NIVEAU PÉDAGOGIQUE
“En ce qui concerne l’enseignement, notre souci est d’améliorer le niveau pédagogique des enseignants et des matières scientifiques enseignées en français.
Nous coopérons avec le CRDP pour la rédaction des manuels scolaires et avec la Banque Mondiale pour une formation pédagogique continue des enseignants du secteur public.
Nous collaborons, également, avec les universités, dont l’Université libanaise qui scolarise le plus grand nombre d’étudiants, les universités privées: l’USJ et l’USEK qui prodiguent un enseignement en langue française, ainsi que l’université de Balamand qui est partiellement francophone et l’ALBA, entièrement francophone et je m’en réjouis. Nous essayons de contribuer à la promotion des universités francophones ou partiellement francophones. Des protocoles d’accord et des conventions sont signés entre ces universités et des universités françaises ou des Ecoles nationales d’enseignement supérieur.
Par ailleurs, nous entreprenons une action pour consolider la recherche scientifique au Liban et encourageons l’enseignement technique considéré comme un parent pauvre. Les parents veulent que leurs enfants soient médecins, ingénieurs, avocats (et ces professions deviennent encombrées), aux dépens des spécialistes en informatique, en télécommunication. C’est pourquoi, la création de l’Institut universitaire de technologie de Saïda, avec l’Université libanaise et la Fondation Hariri revêt une importance capitale.
A l’ESA, par exemple, les étudiants suivent des cours du soir très souvent payés par les entreprises où ils travaillent. C’est assez symbolique de voir que les domaines des finances, de la gestion, de la bourse, du “business”, ne sont pas l’apanage des Anglo-Saxons et qu’ils peuvent donc être enseignés en français.
“Notre intérêt particulier dans le domaine de l’administration étatique est de soutenir celle de la justice, de la police et de la moderniser.
 
 


M. Fouquet (au centre) conférant avec les directeurs d’établissements
à Bint Jbeil, en présence de MM. Coyneau, et Pierre Yves-Roux.

TÂCHE DE LONGUE HALEINE
C’est une lourde tâche de longue haleine. En effet, car il y a un citoyen à éduquer et les administrations de l’Etat doivent être assez fortes pour faire respecter les lois. Nous œuvrons donc en ce sens pour la création d’un Institut d’administration publique et la formation de fonctionnaires de haut niveau avec un partenaire prestigieux, l’Ecole Nationale d’Administration en France, pour échafauder l’ossature de la fonction publique libanaise en fonction de la réalité au Liban.
C’est un bon début, puisque cet institut formera des fonctionnaires pour tous les ministères, sauf celui de la Justice. Les magistrats continueront à être recrutés par des concours spéciaux.
L’Ecole des Finances, quant à elle, continuera à recycler des agents des douanes, des impôts, du cadastre, etc...
Nous complétons, ainsi, l’action de l’Union Européenne pour favoriser la réforme administrative, la décentralisation et l’aide aux municipalités, à  gérer leurs finances, les problèmes de voierie et d’environnement.
Avec l’entrée du Liban dans la zone de solidarité, nous pouvons débloquer un fond de solidarité prioritaire pour financer des projets préparés en commun entre le Service de Coopération d’Action Culturelle de l’ambassade et les différents partenaires de l’administration.
Notre action s’étend, également, à d’autres secteurs.
L’agriculture, victime de la guerre et actuellement de l’urbanisation anarchique, elle, est une ressource mal exploitée au Liban.
A l’instar d’autres fournisseurs d’aide, tels l’UE, le PNUD, le FMI et la Banque Mondiale, nous pouvons, par un financement et une assistance technique, lancer un projet sur trois ans, pour développer les cultures au rendement, à la valeur ajoutée, dans la Békaa et le Metn.
Nous travaillons, aussi, dans le domaine de l’environnement. Bien entendu, le Service de Coopération contribue, dans ces projets de développement avec l’Agence Française de Développement qui opère dans les pays de la zone de solidarité prioritaire et s’est installée à Beyrouth en juin 1999. Celle-ci fonctionne comme une banque de développement et propose des prêts avec des durées de remboursement à long terme.
Pour le traitement de l’eau, des accords ont été signés récemment et nous étudions les possibilités de projets dans le cadre de la zone de solidarité.

POPULARISER LA FRANCOPHONIE
Vous avez élaboré des projets extraordinaires?
Oui. Et pour terminer, je vais parler du Salon du Livre qui a connu un vif succès en 1998 et 1999. J’espère qu’il en sera de même en l’an 2000, avec la participation d’éditeurs et d’auteurs francophones tels Emmanuel Carrère, Régine Deforges, etc...
Une innovation, cette année, avec les auteurs de bandes dessinées, les auteurs de jeunesse et des caricaturistes politiques comme Plantu du “Monde” et “Piaz” de “l’Observateur”.
Entre autre, une expérience intéressante de Techniart en octobre dernier, nous a permis de voir un petit peu ce qui se faisait de mieux en France actuellement dans le domaine de l’ordinateur, des technologies d’informations, de communications.
Nous travaillons au niveau des écoles d’art, par l’échange de plasticiens français très connus, travaillant en ateliers.
De même, dans le cadre des échanges culturels et artistiques entre les deux pays, nous attendons pour novembre prochain, une très grande personnalité de l’architecture française à l’ALBA.
Beaucoup d’étudiants libanais, boursiers ou non, font leurs études dans les écoles d’art en France. Il y a une véritable osmose entre les écoles d’art françaises et libanaises.
A travers des campagnes médiatiques de sensibilisation comme celle menée par l’Association des publicitaires francophones, il y a trois mois, ce sommet qui couronnera l’an 2001 est l’occasion de populariser la francophonie dans tous les domaines, de la musique, du théâtre, du cinéma, de la littérature et de la presse (“La Revue du Liban” a un projet très intéressant).
M. Fouquet conclut: “Les informations importantes ainsi communiquées dévoilent les moyens mis à la disposition du Liban.
Je voudrais préciser à certains de nos interlocuteurs qui disent que la France ne fait pas assez pour le Liban, qu’à partir de 2001, le Liban sera le président de la Francophonie, la France étant en tête des pays qui s’intéressent au Liban.”


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