LE PRÉSIDENT
A MOINS BESOIN DE DÉFENSE QUE LA VÉRITÉ DE GENS ÉQUITABLES
L’OMBUDSMAN
Que
nous revenions là ou nous étions, à travers le retour
des absents: prisonniers, exilés et déplacés... que
signifierait-il? Que la représentation traditionnelle engage de
nouveau le pays sur la voie du désespoir. Celle du cercle vicieux,
du rôle corrompu et de la pensée stérile? Comme si
tout ce qui s’est passé n’avait pas eu lieu. Et comme si les Libanais
sont réfractaires au positivisme du changement! Quelque chose appelle-t-il
à se remémorer les dires de Talleyrand sur les exilés
français, ceux de la révolution, après leur retour
de Grande-Bretagne: Ils n’ont rien oublié, ni rien appris.
Puis, qui a dit que le règlement des crises
de ce temps passe d’une situation remontant à 1972? Non! Car ce
qui sévissait en 1972, nous a conduits là où nous
nous trouvions le jour où le fer et le feu rédigeaient les
textes de notre Histoire. Nous avons cru, par un ressentiment illusoire,
que nous en étions sortis. L’histoire de notre optimisme fut pareil
au mirage.
1972 est rejetée, car elle marquait un
nouveau début, celui d’une situation considérée comme
la plus désespérante de l’Histoire du Liban moderne. D’aucuns
ont cru, à un moment donné, qu’ils étaient des révolutionnaires.
Pauvre révolution! Ils ont rejeté les choses existantes,
sans installer à leur place des choses que eux, au moins, peuvent
accepter. Dans ce sens, le commencement reste en l’état, car il
est sans fin. Ils ont dénoncé “1943”, ont renié le
“Pacte” et minimisé la “formule”. Grâce à eux, nous
sommes sans pacte, ni formule, contraints, aujourd’hui, d’être à
la limite minima! Nous sommes réduits au stade de refuser l’autre
Libanais, nous adressant à lui au nom de notre communauté,
en sa qualité de représentant de la sienne. Le Pacte de 1943
a dépassé une distance importante, la distance de l’acceptation
de l’autre et de notre approche de lui. C’est le dépassement d’une
étape et la sortie d’une autre, représentée par le
rejet du “Liban du 1er septembre” en 1920. Et par le rejet de la Constitution
libanaise en 1926. Aujourd’hui, nous rejetons l’autre et de là même,
le crime trouve réfuge dans la communauté qui prend fait
et cause pour lui. Des fois, une question se pose à moi, lorsque
des griefs sont formulés à l’égard du “régime”,
du “Pouvoir”; c’est-à-dire face au Président. Comme si la
libération n’est pas un exploit. Il est vrai que la résistance
a fait la libération. Mais elle était accompagnée
par le cœur des citoyens, sous l’égide de l’Etat, de sa foi et de
son action. Comme si tout ce qui a été accompli dans le domaine
financier... celui du ministère des Finances, n’était pas
une réalisation. Ou comme si la propreté, la plus importante
des réalisations, n’en était pas une! Et comme si le fait
de tenir aux critères de l’entente nationale n’était pas
un exploit, même si, naturellement, il est demandé de parachever
le processus de l’entente, pour être ancré dans la conviction
publique, non dans celle de l’Etat et du Président.
Dans ce domaine, dis-je, une question se pose
à moi: Les gens aiment-ils la propreté? Cette question se
pose en passant en revue l’opération de l’épuration, sous
le mandat du président Charles Debbas; qu’on a appelée “réforme
administrative” sous le sexennat du président Charles Hélou
et “réforme politique” sous le régime du président
Emile Lahoud. Car tous ceux qui ont tenté de faire régner
la propreté ont été mal récompensés,
en définitive. Le confessionnalisme leur a résisté,
comme la politique, le régionalisme et la complaisance.
Si Charles Debbas avait parlé, il aurait
dit qu’il avait été contraint de constituer la “commission
judiciaire” pour élargir tous ceux qui avaient été
appréhendés. Et si Charles Hélou parlait, il dirait
comment certains prévenus sont devenus des victimes pures et sans
taches! Ah! si le président Lahoud parlait des difficultés
auxquelles il a été confronté, de ses épreuves
avec la foi dans la réforme et avec les intermédiaires déterminés
à paralyser toute réforme!
Nous prenons sa défense? Le Président,
n’importe quel Président, aime à être transparent,
du moment que ce terme est cher au cœur des gens de ce temps! Faisant face
sans rejeter la critique... Même celle qui est parfois amère
et injuste.
C’est-à-dire qu’il nous faut demander
au Président qu’il soit l’Ombudsman; est-ce trop? Tout Président
doit être un Ombudsman; un homme probe, visionnaire, capable de dire
la vérité. Au milieu de ce siècle, l’Ombudsman a émergé
en Suède pour être l’arbitre dans les conflits entre les gens
et l’Etat. Car l’Etat, parfois et la plupart du temps, se fait injuste.
L’Etat-providence est derrière le temps et, avec lui, le revers
avec la défaite des autres et la pitié.
La présidentielle américaine, dans
la conception de Marven Olanski a sorti la théorie de la compassion.
L’Europe n’en a fait cure. Il suffirait, toutefois, de citer l’exemple
de Margaret Thatcher avec les grêvistes de la faim.
L’Etat-Providence est devenu l’affaire des sermonneurs
dans les églises et les mosquées. L’Etat demande pour donner.
Il institue des impôts pour offrir des garanties. Ah! si nous pouvions
avoir cela! Mais pourquoi formuler des souhaits? Le fait s’est produit
et le gouvernement l’a approuvé; il l’a transmis à la nouvelle
législature pour qu’elle le ratifie. Puisse un impôt être
institué permettant de garantir les citoyens durant toute leur vie.
Même l’Etat donateur du simple droit est
inexistant. Aussi, l’Ombudsman s’est-il imposé. En France, on l’a
appelé “médiateur”. L’appellation est incomplète,
car elle n’exprime pas la qualité de celui qui est supposé
dire le dernier mot acceptable, parce qu’équitable. L’Ombudsman
est beaucoup plus grand qu’un médiateur, capable de trancher un
conflit opposant le particulier à l’Etat et d’imposer le droit autant
à l’Etat qu’au citoyen.
Au Canada, l’appellation a été
plus juste: le “protecteur du citoyen”. Cromwell gouvernait la Grande-Bretagne
en se prévalant du titre de “protecteur”. Et Victor Hugo a écrit
que le “protecteur” britannique, au cas où des conventions sont
conclues, signe avant les rois de France.
L’Ombudsman est plus grand que d’être nommé
par une instance déterminée. Il en est, ainsi, en principe.
Car l’Ombudsman s’impose en tant qu’instance, même à ceux
qui ne partagent pas son avis. Ghandhi s’est imposé au point qu’il
a fini par gêner et a été assassiné. Nelson
Mandella s’est imposé. Et, avant lui, Omar Ben el-Khattab et Ali
Ben Abi Taleb.
Le monde imagine un Ombudsman beaucoup plus grand
que d’être nommé par des instances. En France, au Canada,
en Autriche, en Italie et en Espagne, un homme apte à dire le mot
acceptable par les parties en conflit, même quand ce dernier penche
du côté de l’adversaire.
L’Ombudsman au temps du kidnapping et de la prise
d’otages. Comme si l’homme est une chose pouvant faire l’objet de troc.
Ou comme s’il est un jouet fait pour le plaisir ou une victime permanente
à la merci d’un bourreau, disant une chose et accomplissant une
action contraire. Partout dans le monde, une injustice a besoin d’un traitement
équitable. La mondialisation a besoin d’un Ombudsman; de même
que les dettes sous lesquelles ploient les pauvres gens, disant aux riches
que la terre est plus vaste que de leur servir de repaire et, aux pauvres,
que l’univers n’est pas réservé aux riches.
Au Proche-Orient, si nous avions un Ombudsman,
qu’aurait-il dit des horreurs qu’a improvisées Ariel Sharon, portant
atteinte à la conception de “l’Etat”, du “Pouvoir autonome” et de
“l’homme”? La visite de la mosquée Al-Aqsa, pourquoi? Parce que
l’Israélien est libre de visiter n’importe quel endroit à
Jérusalem? Imaginons-nous un député arabe de la Knesset
accompagné d’une escorte des forces de l’ordre visitant le mur des
Lamentations? Et ceci serait-il toléré par les juifs?
Naturellement, la visite de Sharon a d’autres
portées, intérieure d’une façon spéciale. Benjamin
Netanyahu a échappé à la justice, faute de preuve.
Comment? C’est l’affaire de la justice israélienne, comme fut la
suspension des poursuites contre Ezer Weizmann pour le même motif...
faute de preuve. Bien que dans le langage juridique, c’est la preuve que
le délit s’est perdu dans l’immense vague de preuves. Ce n’est pas
une belle chose que la justice suspende son accusation contre un chef d’Etat
ou un chef du gouvernement par manque de preuve.
Netanyahu a échappé à la
justice pour retourner à la politique au leadership du Likoud et
à la présidence du Conseil, suite à des élections
anticipées devenues imminentes en Israël. Il est devenu un
danger autant pour Barak que pour Sharon. En plus du fait que la “visite
guerrière” était une réaction à l’échec
de Barak dans le processus de paix. De camp David, en Amérique jusqu’au
camp de la mort à Jérusalem, à Caza et Oum el-Fahm.
Mais le terrorisme de l’Etat... même l’Etat
de “Tsahal” n’a pas éteint la vague de colère, même
s’il a éteint par les chars, les hélicoptères et les
canons l’âme de ceux qui se sont armés de pierres. La colère
du peuple palestinien a fait peur à celui qui se déplaçait
en char, en hélicoptère et au canon frappant la vie armée
du droit.
S’il y avait au Proche-Orient un Ombudsman, il
aurait condamné ceux qui ont tenté de couvrir leur échec
par des actes injustes.
Et au Liban? Combien avons-nous besoin d’un
Ombudsman, nous disant notre vérité en face... de ne pas
blâmer pas les autres chaque fois qu’un malheur s’abat sur nous. |
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