LA DÉTENTE SUR LE TERRAIN RAMÈNERA
AU PREMIER PLAN LE PROBLÈME DU CABINET

Deux sujets occupent l’avant de la scène libanaise: les développements intervenus dans la rue palestinienne et leurs répercussions au Liban-Sud où trois soldats israéliens ont été kidnappés par un commando du “Hezbollah”; et l’approche de la date (du 17 octobre) à laquelle le chef de l’Etat entamera les consultations parlementaires, en vue de la désignation du nouveau Premier ministre.

Le compte à rebours devrait commencer, incessamment; elles ont déjà été précédées d’une rencontre entre le président de la République au palais de Baabda avec MM. Rafic Hariri, Najib Mikati, ministre des Travaux publics et des Transports et Adnan Addoum, procureur général près la Cour de cassation, le premier nommé ayant le plus de chance de succéder au président Hoss, bien que les chances de M. Mikati se soient accrues ces derniers jours.
Mais la formation du nouveau Cabinet n’est pas chose aisée, loin de là, car elle risque d’être entravée par maints obstacles, certains étant complexes. Ainsi, la coterie de M. Hariri rapporte que l’ex-chef du gouvernement ne serait pas enclin à confier un portefeuille ministériel à M. Michel Murr et voudrait inclure dans son équipe M. Fouad Sanioura, ancien ministre des Finances, bien qu’il soit l’objet d’une enquête judiciaire. Le président Lahoud s’en tiendra au texte de la Constitution dans le cas de la désignation du Premier ministre et de la constitution du Cabinet. De plus, il voudra en finir au plus vite avec le problème gouvernemental, le pays ne souffrant pas des mini-crises qui seraient suscitées par la nomination d’un ministrable ou l’éloignement d’un autre, en raison de la conjoncture régionale qui risque de redevenir plus explosive.

RÉPARTITION DES PORTEFEUILLES
Sur ce plan, on prête aux hautes autorités l’intention de répartir les portefeuilles ministériels clés entre les communautés d’une manière différente que par le passé. Ainsi, ceux des Affaires étrangères, des Finances et de la Défense seraient confiés, le premier à un maronite; le second, à un sunnite et, le troisième, à un chiite, alors que l’Intérieur reviendrait à un grec-orthodoxe.
L’équipe gouvernementale compterait, dit-on, six ministres d’Etat tout au plus, certains d’entre eux devant faire partie pour la première fois du gouvernement. Il va sans dire que la situation dans la zone frontalière, préoccupe les responsables au plus haut point, surtout depuis l’enlèvement de trois soldats israéliens ayant provoqué des réactions de la part de Tel-Aviv, ces dernières s’étant manifestées sous forme de menaces de représailles et, aussi, de violations répétées de notre espace aérien. Cependant, il est apparu par la suite, que les menaces de Barak qui a fait assumer au Liban et à la Syrie la responsabilité de la dégradation de la situation à la frontière libano-israélienne, avaient pour but d’atténuer la vague de mécontentement au sein de son opinion publique. Preuve en est que le Premier ministre d’Israël s’est empressé de contacter le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour obtenir l’échange des trois soldats de “Tsahal” contre les Libanais détenus dans les geôles israéliennes. En effet, M. Henri Fournier, responsable du CICR au Liban, a multiplié les démarches auprès des responsables libanais et du “Hezbollah”, pour leur transmettre un message de Tel-Aviv portant sur les conditions sur base desquelles l’opération de troc (des prisonniers) devrait se faire.
Il y a lieu de signaler qu’à la suite des développements intervenus au double plan local et régional, les Etats-Unis ont fermé leurs missions diplomatiques et consulaires dans plusieurs Etats de la région, le Liban en tête. De plus, l’ambassadeur US a effectué des démarches auprès des hautes autorités pour leur demander de renforcer les effectifs de l’Armée le long de la “ligne bleue”, afin d’empêcher tout débordement et les incidents qui s’y produisent.

QUID DU PROBLÈME GOUVERNEMENTAL?
Pour en revenir au problème gouvernemental qui devrait, en principe, réoccuper le premier plan de l’actualité dès le début de la semaine prochaine, surtout si la conjoncture régionale devait perdre de son acuité, il importe de relever le communiqué diffusé par le palais de Baabda à l’issue de la rencontre Lahoud-Hariri.
Il y est dit que les derniers développements dans le pays et la région ont été au centre de l’échange de vues entre les deux hommes, lesquels ont convenu qu’il faut d’urgence conjuguer les efforts et renforcer la solidarité interlibanaise, afin de faire face avantageusement aux prochaines échéances sur la base des constantes nationales, unique moyen de préserver la cohésion des institutions. Le fait pour les milieux proches de M. Hariri de qualifier la rencontre de Baabda de “cordiale et positive”, porte à penser que les questions vitales autour desquelles des divergences persistaient entre le président de la République et le “maître de Koraytem” ont été pratiquement tranchées. C’est ce qui ressort, d’ailleurs, d’une déclaration faite par le président Nabih Berri à l’issue de son entrevue hebdomadaire avec le président Lahoud. Le chef du Législatif a laissé entendre que le prochain Cabinet répondait au souhait de la majorité des Libanais en ce sens que ce serait un gouvernement d’entente, le nombre de ses membres ne devant pas excéder vingt-quatre ministres. MM. Berri et Hariri devaient se retrouver après la rencontre de Baabda, pour dissiper tout sujet de divergence au plan gouvernemental. Entre-temps, le Liban se prépare à participer au sommet arabe, dont la tenue est prévue pour les 21 et 22 octobre et qui serait appelé à prendre des résolutions drastiques, susceptibles de contrer la politique vindicative de Tel-Aviv.
A moins que les démarches effectuées par différents émissaires et médiateurs onusien, européen, russe, américain, iranien et d’autres nationalités, puissent rasséréner l’atmosphère et, partant, déblayer le terrain des obstacles qui entravent la reprise des négociations, si ces dernières sont encore possibles avant que le président Clinton quitte la Maison-Blanche. En ce qui concerne la situation au Sud, le gouvernement Hoss a été tenu au courant des pressions que l’Administration US a exercées sur l’Etat hébreu, par l’intermédiaire de divers canaux diplomatiques et autres, pour le dissuader d’entreprendre toute aventure militaire dans la région, ce qui susciterait une riposte contre Tel-Aviv qui porterait atteinte à ses intérêts. D’autant que le sommet arabe peut prendre des résolutions dures dont l’impact ne serait nullement en faveur d’Israël ni des Etats-Unis.

NADIM EL-HACHEM

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