Le compte à rebours devrait commencer, incessamment; elles ont
déjà été précédées d’une
rencontre entre le président de la République au palais de
Baabda avec MM. Rafic Hariri, Najib Mikati, ministre des Travaux publics
et des Transports et Adnan Addoum, procureur général près
la Cour de cassation, le premier nommé ayant le plus de chance de
succéder au président Hoss, bien que les chances de M. Mikati
se soient accrues ces derniers jours.
Mais la formation du nouveau Cabinet n’est pas chose aisée,
loin de là, car elle risque d’être entravée par maints
obstacles, certains étant complexes. Ainsi, la coterie de M. Hariri
rapporte que l’ex-chef du gouvernement ne serait pas enclin à confier
un portefeuille ministériel à M. Michel Murr et voudrait
inclure dans son équipe M. Fouad Sanioura, ancien ministre des Finances,
bien qu’il soit l’objet d’une enquête judiciaire. Le président
Lahoud s’en tiendra au texte de la Constitution dans le cas de la désignation
du Premier ministre et de la constitution du Cabinet. De plus, il voudra
en finir au plus vite avec le problème gouvernemental, le pays ne
souffrant pas des mini-crises qui seraient suscitées par la nomination
d’un ministrable ou l’éloignement d’un autre, en raison de la conjoncture
régionale qui risque de redevenir plus explosive.
RÉPARTITION DES PORTEFEUILLES
Sur ce plan, on prête aux hautes autorités l’intention
de répartir les portefeuilles ministériels clés entre
les communautés d’une manière différente que par le
passé. Ainsi, ceux des Affaires étrangères, des Finances
et de la Défense seraient confiés, le premier à un
maronite; le second, à un sunnite et, le troisième, à
un chiite, alors que l’Intérieur reviendrait à un grec-orthodoxe.
L’équipe gouvernementale compterait, dit-on, six ministres d’Etat
tout au plus, certains d’entre eux devant faire partie pour la première
fois du gouvernement. Il va sans dire que la situation dans la zone frontalière,
préoccupe les responsables au plus haut point, surtout depuis l’enlèvement
de trois soldats israéliens ayant provoqué des réactions
de la part de Tel-Aviv, ces dernières s’étant manifestées
sous forme de menaces de représailles et, aussi, de violations répétées
de notre espace aérien. Cependant, il est apparu par la suite, que
les menaces de Barak qui a fait assumer au Liban et à la Syrie la
responsabilité de la dégradation de la situation à
la frontière libano-israélienne, avaient pour but d’atténuer
la vague de mécontentement au sein de son opinion publique. Preuve
en est que le Premier ministre d’Israël s’est empressé de contacter
le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pour obtenir l’échange
des trois soldats de “Tsahal” contre les Libanais détenus dans les
geôles israéliennes. En effet, M. Henri Fournier, responsable
du CICR au Liban, a multiplié les démarches auprès
des responsables libanais et du “Hezbollah”, pour leur transmettre un message
de Tel-Aviv portant sur les conditions sur base desquelles l’opération
de troc (des prisonniers) devrait se faire.
Il y a lieu de signaler qu’à la suite des développements
intervenus au double plan local et régional, les Etats-Unis ont
fermé leurs missions diplomatiques et consulaires dans plusieurs
Etats de la région, le Liban en tête. De plus, l’ambassadeur
US a effectué des démarches auprès des hautes autorités
pour leur demander de renforcer les effectifs de l’Armée le long
de la “ligne bleue”, afin d’empêcher tout débordement et les
incidents qui s’y produisent.
QUID DU PROBLÈME GOUVERNEMENTAL?
Pour en revenir au problème gouvernemental qui devrait, en principe,
réoccuper le premier plan de l’actualité dès le début
de la semaine prochaine, surtout si la conjoncture régionale devait
perdre de son acuité, il importe de relever le communiqué
diffusé par le palais de Baabda à l’issue de la rencontre
Lahoud-Hariri.
Il y est dit que les derniers développements dans le pays et
la région ont été au centre de l’échange de
vues entre les deux hommes, lesquels ont convenu qu’il faut d’urgence conjuguer
les efforts et renforcer la solidarité interlibanaise, afin de faire
face avantageusement aux prochaines échéances sur la base
des constantes nationales, unique moyen de préserver la cohésion
des institutions. Le fait pour les milieux proches de M. Hariri de qualifier
la rencontre de Baabda de “cordiale et positive”, porte à penser
que les questions vitales autour desquelles des divergences persistaient
entre le président de la République et le “maître de
Koraytem” ont été pratiquement tranchées. C’est ce
qui ressort, d’ailleurs, d’une déclaration faite par le président
Nabih Berri à l’issue de son entrevue hebdomadaire avec le président
Lahoud. Le chef du Législatif a laissé entendre que le prochain
Cabinet répondait au souhait de la majorité des Libanais
en ce sens que ce serait un gouvernement d’entente, le nombre de ses membres
ne devant pas excéder vingt-quatre ministres. MM. Berri et Hariri
devaient se retrouver après la rencontre de Baabda, pour dissiper
tout sujet de divergence au plan gouvernemental. Entre-temps, le Liban
se prépare à participer au sommet arabe, dont la tenue est
prévue pour les 21 et 22 octobre et qui serait appelé à
prendre des résolutions drastiques, susceptibles de contrer la politique
vindicative de Tel-Aviv.
A moins que les démarches effectuées par différents
émissaires et médiateurs onusien, européen, russe,
américain, iranien et d’autres nationalités, puissent rasséréner
l’atmosphère et, partant, déblayer le terrain des obstacles
qui entravent la reprise des négociations, si ces dernières
sont encore possibles avant que le président Clinton quitte la Maison-Blanche.
En ce qui concerne la situation au Sud, le gouvernement Hoss a été
tenu au courant des pressions que l’Administration US a exercées
sur l’Etat hébreu, par l’intermédiaire de divers canaux diplomatiques
et autres, pour le dissuader d’entreprendre toute aventure militaire dans
la région, ce qui susciterait une riposte contre Tel-Aviv qui porterait
atteinte à ses intérêts. D’autant que le sommet arabe
peut prendre des résolutions dures dont l’impact ne serait nullement
en faveur d’Israël ni des Etats-Unis.