L’ACTION DIPLOMATIQUE PARVIENT DIFFICILEMENT À PACIFIER LA RÉGION
LE P.-O. EN ÉBULLITION
Le Proche-Orient est actuellement le théâtre d’une tension sans précédent qui s’est notamment accrue avec la lapidation
à mort, hier jeudi, à Ramallah, de plusieurs Israéliens soupçonnés être des militaires.  En riposte à cet attentat, M. Ehud Barak a sommé l’Autorité palestinienne de fermer ses bureaux à Gaza et en Cisjordanie et a menacé de bombarder les positions militaires palestiniennes dans ces régions. Parallèlement, une vaste activité diplomatique est menée tous azimut par Washington, les Nations Unies, la Russie, Paris, Londres, la Communauté européenne et Téhéran,... dans un double objectif: tenter de ramener le calme dans les territoires palestiniens et pacifier le Liban-Sud, suite à l’enlèvement de trois soldats israéliens par un commando du “Hezbollah”. La tâche n’est guère aisée, car les conditions de toute médiation sont ardues et enchevêtrées les unes dans les autres. Mais d’un autre côté, chacun sait que la poursuite de la violence dans les territoires ou toute nouvelle aventure militaire israélienne au Liban ou en Syrie peuvent avoir des conséquences imprévisibles. Nul ne souhaite qu’on bascule d’un processus tendant vers une paix juste et globale, à une guerre généralisée, que d’aucuns qualifient de “guerre des prophètes” sans fin. Il est, d’ailleurs, malheureux de penser que cette région du monde, qui a donné naissance aux trois religions monothéistes, soit le théâtre de conflits sanglants, plutôt que d’être un “havre de quiétude” et un “lieu de dialogue”, tel que l’avait exprimé S.S. Jean-Paul II à Jérusalem et au Mont Sinaï.
Concernant la nouvelle donne à la frontière israélo-libanaise, la position des médiateurs occidentaux est nette et précise: L’Etat libanais doit déployer son armée tout au long de la frontière, afin d’y assurer la sécurité et la stabilité.
Ce à quoi le chef de l’Etat le général Emile Lahoud répond: “Le Liban ne se pliera pas à la volonté internationale
qui vise à garantir la sécurité à notre frontière méridionale afin de rassurer Israël”.
Quant au monde arabe conscient de toute la gravité de la situation, il a décidé de tenir un sommet extraordinaire
au Caire les 21 et 22 de ce mois, afin d’adopter une position unifiée.
 

Annan: Toute atteinte à la Ligne 
bleue est une violation de la 425.
Javier Solana et Robin Cook: 
La médiation parallèle de l’Europe.

Le président Bill Clinton n’a pas renoncé à tenir un sommet quadripartite à Charm el-Cheikh, ou même dans une capitale européenne qui grouperait, en sa présence, le président Hosni Moubarak, Ehud Barak Premier ministre israélien, et Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne.
Jusque-là les conditions favorables à une telle rencontre n’étaient pas encore réunies, malgré les efforts diplomatiques et les navettes de M. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, entre Gaza et Tel-Aviv. L’Etat hébreu se dit favorable à un tel sommet, mais l’Egypte et les Palestiniens posent entre autres exigences préalables la formation d’une commission internationale d’enquête sur les incidents d’Al-Aqsa groupant des Français et des Egyptiens, alors qu’Israël veut la limiter aux Américains.
Si donc ce sommet quadripartite est encore aléatoire les  préparatifs du sommet arabe vont, par contre, bon train, l’Intifada d’Al-Qods ayant unifié le monde arabe pour qui la question de Jérusalem est sacrée.
En sa qualité de président en exercice de la Ligue arabe, le président Hosni Moubarak a convié ses pairs à un sommet.
La plupart des pays arabes ont répondu par la positive et le président Emile Lahoud s’y rendra en personne. Seul le dirigeant libyen Moammar Kadhafi en visite dans certains pays arabes, a jugé inutile la convocation d’un sommet “qui ne déclarerait pas la guerre” à Israël ou, au minimum, “un boycott économique de l’ennemi”.
 

Javier Solana et Robin Cook: 
La médiation parallèle de l’Europe.
Moubarak - Arafat: Une entente totale.

D’intenses concertations sont menées pour mettre au point cette rencontre importante dont l’ordre du jour comporte deux points: l’”Intifada” et les menaces israéliennes contre le Liban et la Syrie.
Le ministre égyptien des A.E. s’est rendu deux fois en Syrie avant d’entamer une tournée dans le Golfe.
La “guerre des pierres” a eu pour conséquence de renforcer la solidarité arabe, dont le “dégel” entre Damas et Arafat. Depuis la guerre du Liban et, surtout, après la signature des accords d’Oslo sur l’autonomie palestinienne en 1993, les relations entre eux étaient tendues.
Autre élan spontané de solidarité: la déclaration du prince héritier Abdallah Ben Abdel-Aziz qui a affirmé que l’Arabie saoudite était prête à riposter si le Premier ministre israélien mettait à exécution ses menaces contre le Liban et la Syrie.
Dans un entretien téléphonique, le président Lahoud a remercié l’émir Abdallah de son appui.
Au niveau des masses arabes, cette solidarité avec les Palestiniens s’est concrétisée par des manifestations monstres dans toutes les capitales. En cas de prolongation de l’“Intifada”, ces “ondes de choc” parties de Jérusalem, de Gaza et de Cisjordanie, risquent à la longue de bouleverser le statu quo du monde arabe. D’où la nécessité du dialogue.
 

Kharazi à Damas pour confirmer 
l’appui iranien.
Kadhafi en tournée dans la région: 
Le sommet arabe est inutile.

LE HEZBOLLAH PRÊT À NÉGOCIER
Concernant l’affaire des trois soldats israéliens capturés par un commando du “Hezbollah”, cette formation chiite s’est dit prête à négocier. Au cours d’une conférence de presse tenue la veille de la venue à Beyrouth (hier jeudi) de M. Kofi Annan, cheikh Naïm Kassem, nÞ2 du “Hezb”, affirmait que son parti était prêt à accepter une médiation du secrétaire  général de l’ONU “s’il amenait d’Israël des idées et des éléments acceptables”. Il a, toutefois, critiqué la déclaration faite par M. Annan à partir de Jérusalem, dans laquelle il a estimé que le “Hezbollah a violé la résolution “425” du Conseil de Sécurité en prenant en otage les trois soldats israéliens”.
En tout état de cause, cette question a été évoquée hier jeudi par M. Annan avec les responsables libanais et à leur tête le président Lahoud. A l’issue de ses entretiens à Beyrouth, le secrétaire général de l’ONU a indiqué que ses efforts visent à mettre un terme à la violence dans les territoires palestiniens et à trouver une solution à la crise des détenus israéliens chez le Hezbollah et des détenus libanais en Israël.
Quant à M. Barak, il a affirmé “qu’Israël se réserve le droit de réagir à cet enlèvement au moment, à l’endroit et de la manière appropriée”.
Téhéran, de son côté, est entré dans le cercle des médiations en dépêchant à Damas et Beyrouth M. Kamal Kharazi, ministre des A.E. Celui-ci a assuré le plein appui de l’Iran et du président Khatami au Liban, à la Syrie et au “Hezbollah”.
 

Le ministre russe des A.E., Igor 
Ivanov, à Baabda: Pour une reprise 
rapide des négociations.
Sayed Nasrallah au représentant de l’ONU: 
Le prix de toute information sera élevé.

LE LIBAN À NOUVEAU SUR LA SELLETTE
Depuis la date mémorable du 24 mai 2000, où le dernier soldat de “Tsahal” a quitté le sol libanais, la frontière libano-israélienne était plutôt calme. Certes, il a fallu de longues et minutieuses tractations pour délimiter la “ligne bleue”. L’armée libanaise n’est toujours pas déployée dans les zones libérées et le “Hezbollah” demeure sur pied de guerre, contrôlant l’ex-bande frontalière, réclamant la libération des Libanais détenus en Israël et le retrait israélien des fermes de Chébaa.
A la “porte de Fatma”, devenue lieu de “pèlerinage”, il y a eu quelques incidents: les soldats israéliens ont, des fois, riposté aux jets de pierres, faisant quelques blessés, côté libanais, dont des journalistes, mais rien de très grave jusque-là et la situation semble être sous contrôle.
Le samedi 7 octobre, tout va basculer. Deux développements survenus à la frontière méridionale du pays, vont de nouveau projeter le Liban au-devant de la scène régionale et internationale et mobiliser les diplomaties occidentales pour empêcher toute escalade de la violence.
Dans une action absolument spectaculaire et qui, au dire de certaines sources d’information, a été minutieusement préparée, le “Hezbollah” a capturé, le samedi 7 octobre, trois soldats israéliens près des fermes de Chébaa. Au moment de la libération du Liban-Sud, ces fermes situées dans le Hermon, sont restées sous contrôle israélien, car elles avaient été conquises lors de la guerre de juin 1967 et ne rentrent pas dans le cadre de la 425.
 

Véritable ballet diplomatique 
entre Gaza et Tel-Aviv.
Véritable ballet diplomatique 
entre Gaza et Tel-Aviv.

“Cette opération répond à nos promesses de libérer tous nos prisonniers dans les geôles israéliennes et chaque pouce de notre territoire et de soutenir l’intafada palestinienne”, affirme la résistance islamique, dans un communiqué où elle évoque les  circonstances et les motivations de l’opération. Elle précise que les “trois soldats israéliens ont été capturés par un commando de la résistance qui a tendu une embuscade à une patrouille, près d’un lac dans les hameaux de Chébaa et échangé avec elle des coups de feu.”
Pour couvrir leur retraite, les artilleurs du “parti de Dieu” ont bombardé sept positions israéliennes dans le secteur de Chébaa et lancé des salves de Katioucha au sud de l’Hermon.
 

L’enlèvement des Israéliens à Chébaa: 
Une opération spectaculaire servant 
à un éventuel échange de prisonniers.
A Naplouse en Cisjordanie, une 
parade armée d’éléments du Fateh.

TENSION ET APPRÉHENSION
La réaction de Tel-Aviv ne se fait pas attendre. Le Premier ministre israélien menace de riposter en bombardant Damas et Beyrouth. Barak fait assumer à la Syrie, en premier lieu, la responsabilité de “toutes les actions hostiles” à la frontière-nord de l’Etat hébreu, considérant qu’elle est “la force déterminante au Liban”.
Ephraïm Sneh, vice-ministre israélien de la Défense, affirme, de son côté: “La responsabilité du sort et des conditions de détention de nos hommes qui doivent être conformes aux conventions internationales revient, principalement, à la Syrie et, de façon secondaire, au gouvernement libanais”.
Samedi 7 au soir, la tension est vive dans la zone frontalière: des hélicoptères d’assaut israéliens ouvrent le feu sur des positions avancées du “Hezbollah” et sur des voitures circulant sur la route Chébaa  - Chouaya Kfarchouba faisant plus de 25 blessés parmi les civils libanais. “Tsahal” renforce ses positions militaires à sa frontière avec le Liban, des avions et des hélicoptères survolent le Sud-est du pays à basse altitude, à la recherche des trois soldats enlevés.
Les jours qui suivent, l’espace aérien libanais sera violé à plusieurs reprises.
Un climat de grande appréhension enveloppe l’ensemble du pays dans la crainte d’une attaque israélienne de représailles contre son infrastructure. Certes, la logique des choses indique que l’Etat hébreu ne va pas se lancer aussi hâtivement dans une telle aventure, mais le Libanais reste sur le qui-vive. D’un autre côté, on entend de toute part cette réflexion: “Le Liban qui est confronté à une si grave crise économique, peut-il encore supporter la moindre attaque contre son infrastructure?”
 

A Gaza, ce jeune Palestinien
écrit: Jérusalem est à nous.

 
 
Après le retrait des soldats israéliens, 
des éléments palestiniens incontrôlés 
ont détruit la tombe de Joseph.

VASTE BALLET DIPLOMATIQUE
L’action diplomatique sera rapide et intense, afin d’éviter le pire. Il y a, tout d’abord, les entretiens téléphoniques au plus haut niveau. Le président américain Bill Clinton prend l’initiative d’appeler son homologue syrien Bachar Assad, qui, selon l’agence Sana “lui aurait exprimé l’espoir de voir l’administration américaine user de son influence auprès d’Israël pour l’amener à prendre les mesures nécessaires à un arrêt de l’escalade”.
Le président français, Jacques Chirac a eu, de son côté, un entretien téléphonique avec le président Assad.
Mme Madeleine Albright, secrétaire d’Etat US, entre en contact avec le président Emile Lahoud qui fait assumer à Israël “l’entière responsabilité de la récente escalade à la frontière libano-israélienne et des conséquences qui pourraient en découler”.
Après les appels téléphoniques, le Liban et la Syrie sont le théâtre d’un véritable ballet diplomatique. Co-partenaire du processus de paix engagé à Madrid, en 1991, la Russie dépêche dans la région son ministre des A.E.
A Damas, première étape de sa tournée régionale, Igor Ivanov, chef de la diplomatie russe, rencontre le président Bachar Assad et lui fait part de la disposition de Moscou “à œuvrer avec les Etats-Unis et l’Union européenne, afin d’éviter une déflagration, d’essayer de normaliser la situation et de préparer, ensuite, le terrain à la reprise des négociations”.
Ensuite, M. Ivanov effectue une visite-éclair au Liban où il s’entretient avec le chef de l’Etat et le Premier ministre, soulignant “la nécessité d’une reprise du dialogue”.
L’ONU intensifie ses contacts sur la scène libanaise. M. Rolf Knutsson, représentant personnel du secrétaire général de l’ONU au Liban-Sud, rencontre le président Lahoud et demande, une fois de plus, “que des effectifs supplémentaires de l’armée libanaise soient déployés dans le sud du pays, de manière à permettre au gouvernement libanais de prendre le contrôle complet de la région, en conformité avec les résolutions 425 et 426 du Conseil de Sécurité”.
Un message de Mme Albright au général Lahoud qui lui est transmis par l’ambassadeur américain à Beyrouth, va aussi dans ce sens. “C’est un message qui encourage le gouvernement libanais à faire tout ce qui est en son pouvoir pour assurer le calme et la stabilité le long de la frontière. De notre côté, nous nous efforcerons d’aider à atteindre cet objectif”, déclare M. Satterfield.
Mais le chef de l’Etat campe sur ses positions, indiquant que “le déploiement des forces régulières concerne le Liban seul”, Beyrouth refusant de jouer le rôle de garde-frontières au profit d’Israël.
Pourtant, plusieurs fractions libanaises réclament le déploiement de la “grande muette” dans les zones libérées.


A Gaza, ce jeune Palestinien

QUID DE L’ÉCHANGE DE PRISONNIERS?
Evidemment, l’objectif prioritaire de tout ce ballet diplomatique est le kidnapping, par le mouvement chiite intégriste, de trois soldats israéliens. Focus donc sur le “Hezbollah” et sur son secrétaire général, Sayed Hassan Nasrallah.
Les tractations en vue de connaître l’état physique des trois prisonniers et les conditions posées par la résistance islamique pour les libérer, sont menées par le CICR, l’ONU, la Russie, l’Allemagne, l’Espagne et la Communauté européenne, Beyrouth, Damas et Téhéran étant mis à contribution.
Les premiers contacts sont établis par M. Henri Fournier, représentant au Liban du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui rencontre le président Salim Hoss et Wafic Safa, responsable du “Hezbollah” chargé des échanges de prisonniers.
Dans un deuxième temps, le représentant personnel du secrétaire général de l’ONU au Liban-Sud, confère avec Sayed Hassan Nasrallah et se dit optimiste en ce qui concerne un processus d’échange, sans donner d’autres indications.
Sayed Nasrallah reçoit, également, M. Alexandre Soltanov, directeur du département Moyen-Orient - Afrique du Nord au ministère russe des A.E. et l’entretien porte sur la question d’un troc de prisonniers.
En fait, peu de choses filtrent jusque-là sur le sort des prisonniers et encore moins sur le cours des négociations. Tout ce qu’on sait part d’une affirmation de Sayed Nasrallah disant que le “Hezbollah” compte échanger les Israéliens capturés contre les détenus dans les prisons israéliennes.
Les prisonniers libanais en Israël sont au nombre de 19 et les deux plus importants détenus sont cheikh Abdel-Karim Obeid et Moustapha Dirani enlevés au Liban, respectivement, en 1989 et 1994 par des commandos israéliens, pour servir de monnaie d’échange, en vue d’obtenir des informations sur le sort de soldats israéliens, portés disparus au Liban, en 1986, notamment l’aviateur Ron Arad.
Israël acceptera-t-il un quelconque échange de prisonniers avant d’obtenir des informations sur Ron Arad? Que dire, aussi, de la requête d’une organisation palestinienne de défense des droits de l’homme qui a demandé au “Hezbollah” d’inclure des prisonniers palestiniens et arabes dans un éventuel échange?

EMPÊCHER TOUT DÉBORDEMENT PALESTINIEN
Le second développement grave qui s’est produit le samedi 7 octobre à la frontière libano-israélienne, est lié à la présence palestinienne au Liban et à toutes ses implications internes et régionales.
Ce même samedi, peu avant l’opération du “Hezbollah”, une manifestation palestinienne de grande ampleur se tient dans le secteur central, à Tabrikha. Les soldats israéliens excédés par les jets de pierre et les slogans hostiles, ont fini par tirer faisant deux tués et dix-sept blessés parmi les manifestants.
Depuis le début de l’“Intifada d’Al-Qods”, des voix palestiniennes au Liban parlent de reprise des opérations contre Israël à partir du Liban-Sud et les réfugiés manifestent brandissant leurs armes.
Ces faits sont graves et le gouvernement libanais devrait adopter une attitude ferme pour empêcher tout débordement. L’accord du Caire est bel et bien aboli et les réfugiés palestiniens doivent se conformer aux règlements du pays d’accueil. D’ailleurs, aucun des pays frontaliers d’Israël ne tolère la moindre activité palestinienne à partir de sa frontière. Pourquoi le Liban doit-il faire exception? D’où la nécessité de déployer l’armée au Sud et d’arrêter ces manifestations à la frontière, afin de contrôler la situation. Après l’incident de samedi, des Palestiniens reviennent à deux reprises à la charge en lançant des grenades contre des positions israéliennes. On réalise, alors, le risque de tels agissements, d’autant plus que le Liban accueille un demi-million de réfugiés palestiniens dont les camps, surtout ceux du Sud, regorgent d’armes et de munitions.
Depuis le 28 septembre, date de la visite d’Ariel Sharon, chef du Likoud, à l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, les émeutes anti-israéliennes qualifiées d’“Intifada d’al-Qods”, ont fait en quinze jours une centaine de tués parmi les Palestiniens et près de trois mille blessés. Mais, en dépit de la violence, de la guerre des pierres et de la mobilisation militaire israélienne, la diplomatie a refusé de baisser les bras essayant, jour après jour, de réaliser des percées, afin de donner au dialogue ses chances d’aboutir. Car, tel que l’affirme Mme Albright: “Il n’y a pas de solution militaire à la crise; toute solution doit être politique”.
Même appel lancé par les ministres des A.E. de l’Union européenne, réunis au Luxembourg. Ceux-ci ont dépêché au P.-O., M. Javier Solana, émissaire européen pour la politique étrangère et de sécurité qui a rencontré Barak et Arafat. Les ministres des A.E. des “15” appellent les deux parties à déployer tous leurs efforts, pour que “la peur, la honte, la violence ne l’emportent pas et que le dialogue pour la paix reprenne au plus tôt”.
Face à la gravité de la situation, M. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, est venu dans la région pour “tenter de désamorcer la crise”. A l’issue de ses rencontres avec le chef de l’Autorité palestinienne et le Premier ministre israélien, il a donné certain élément d’espoir en affirmant: “Nous devons prendre des mesures pour mettre fin à la violence et je suis sûr que, dans un avenir pas trop lointain, cela peut être réalisé”.
La Russie a dépêché M. Igor Ivanov, ministre des A.E., qui a affirmé: “Mon pays a des propositions concrètes pour résoudre la crise”. M. Robin Cook, secrétaire au Foreign Office, est venu offrir les bons offices de la Grande-Bretagne.
Les efforts diplomatiques se sont surtout intensifiés en vue de voir la possibilité d’organiser un sommet quadripartite à Charm el-Cheikh sous l’égide du président Clinton.

LES PASSIONS, EXACERBÉES
Ce vaste mouvement diplomatique n’était pas vraiment aisé, car les concertations étaient menées au rythme des émeutes, quoique la violence avait baissé d’un cran. La décision de Barak de repousser de quatre jours l’ultimatum de 48 heures qu’il avait adressé à Arafat le samedi 7 octobre pour arrêter l’Intifada, a contribué à réduire quelque peu la tension. Mais sur le terrain, la situation demeurait précaire et les affrontements se poursuivaient.
Ces quinze jours de violence ont révélé certains faits qui méritent d’être relevés: tout d’abord, les affrontements se sont étendus à l’intérieur même de l’Etat hébreu entre juifs israéliens et Arabes de 1948 qui sont restés à l’intérieur d’Israël et ont acquis la nationalité. Les passions sont exacerbées au point que la violence est arrivée au cœur même de Tel-Aviv. Qu’en sera-t-il à l’avenir des relations entre juifs et Arabes au sein de l’entité israélienne?
Autre fait important: l’implication des colons juifs qui, d’ailleurs, ont toujours manifesté leur refus des accords de paix proposés par Barak. En face d’eux, on voit des Palestiniens, le visage couvert par le keffié, défilant à Gaza en brandissant les mitraillettes, pour signifier leur détermination à lutter jusqu’au bout et à défendre leur cause.
La destruction du tombeau de Joseph à Naplouse, site sacré du judaïsme, par des Palestiniens en colère, est un autre indice inquiétant pour l’avenir. Mais dans un geste d’apaisement, M. Arafat a ordonné la reconstruction immédiate de ce tombeau.

NELLY HELOU

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