Le
véritable responsable des troubles qui ensanglantent la Palestine
depuis deux semaines, c’est M. Barak lui-même.
Au départ, on a pointé le doigt contre M. Ariel Sharon
qui avait mis le feu aux poudres en se livrant à une grossière
provocation que le monde entier (à l’exception de M. Clinton, bien
entendu) a condamnée. Or, cette provocation, M. Barak l’avait placée
sous sa protection par un déploiement exceptionnel de forces armées.
On connaît la suite tragique.
Depuis, M. Barak se prétend menacé de tous les côtés
et mobilise son armée sur toutes les frontières d’Israël,
au Nord, à l’Est, au Sud, contre le Liban, la Syrie, la Jordanie
et l’Egypte, alors qu’il est évident qu’aucun de ces pays n’envisage
de faire la guerre. Aucun, d’ailleurs, n’en a réellement les moyens.
En fait, la position politique de M. Barak est fragilisée sur
le plan intérieur. Pour tenter de se sauver, il joue avec le feu.
Il menace de partir en guerre sur tous les fronts, alors qu’il n’avait
été élu que sur un programme de paix et que tous ses
voisins arabes s’égosillent à plaider la paix. “Option stratégique”,
se plaisent-ils à répéter.
***
M. Barak est victime de l’ambiguïté de sa politique depuis
son élection il y a, à peu près, dix-huit mois.
Qu’on se souvienne, d’abord, de sa campagne électorale. Les
thèmes de cette campagne contenaient déjà en puissance
tous les germes de la crise actuelle et des pièges où il
se débat, les mains tachées de sang. Pour se battre contre
son adversaire Netanyahu, il s’était livré à une véritable
surenchère en vue de rogner sur l’électorat de droite, des
religieux et des colons, assuré qu’il était déjà
de l’électorat de gauche de son propre parti. Sa tactique a réussi.
Il a été élu.
Mais alors que valaient ses engagements de paix? Telle était
la question qui s’imposait aux observateurs.
La comparaison avec M. Netanyahu s’exprimait en ces termes: si le travailliste
Barak paraît plus souple que son adversaire Netanyahu, cela ne veut
pas dire qu’il cèdera sur ce qui demeure essentiel pour les religieux
et les colons: la conservation des territoires occupés. Faute de
restitution de ces territoires, il n’y a pas de paix. Or, cette fraction
dominante de l’électorat juif, quoique minoritaire en nombre, n’est
pas intéressée par la paix (voir notre analyse du 15 mai
1999).
On se posait, alors, cette question: “Une fois élu, s’il est
élu, M. Barak revêtira-t-il l’habit d’un véritable
chef, d’un rassembleur pour une société profondément
divisée dont la majorité aspire à la paix, cependant
que la minorité n’entend pas en payer le prix?” D’où cette
mise en garde: “Il y a un prix à payer. Et si M. Barak s’avérait
incapable de le faire accepter par son peuple, il y aurait un grand risque
de bouleversements internes en Israël même et elle irait plus
loin qu’une simple crise ministérielle ou des élections législatives”.
Nous y voilà donc. Israël fait face au début d’une
véritable guerre civile entre ses citoyens juifs et ses citoyens
arabes.
Les affrontements sanglants de ces derniers jours ont mis aux prises
l’Armée et les colons, d’une part et, d’autre part, les Palestiniens
aussi bien de Cisjordanie et de Gaza que d’Israël même, citoyens
arabes de l’Etat juif. Ces derniers sont agressés à l’intérieur
de leur maison, malmenés, humiliés. Leurs députés
mêmes sont menacés. Chargée par M. Barak de protéger
M. Sharon qui se livrait à une surenchère contre Netanyahu,
l’Armée a été ainsi érigée en arbitre
des querelles partisanes (en tapant sur les Palestiniens). Il n’est pas
sûr qu’elle n’échappe pas déjà au contrôle
de M. Barak.
Mis en demeure de rétablir l’ordre face à un soulèvement
populaire généralisé, les militaires, qui n’ont pas
encore digéré leur humiliation au Liban, sont rendus responsables
des conséquences tragiques d’opérations conduites sans retenue
contre des civils et réprouvées par la communauté
internationale. Peuvent-ils accepter de couvrir indéfiniment les
vrais coupables: les politiques?
***
Comme pour confirmer les soupçons de complicité entre
politiciens apparemment opposés les uns aux autres, on a vu, en
pleine crise, M. Barak menacer de s’entendre avec M. Sharon pour former
un Cabinet “d’union nationale”. Autrement dit, de mettre un point final
au processus de paix avec le monde arabe.
Les choses auront ainsi l’avantage d’être plus claires. Mais
ce qui est déjà parfaitement clair, c’est la faillite de
M. Barak. Elu pour faire la paix, il terminerait sa première expérience
gouvernementale en s’associant à un fauteur de guerre patenté,
pendant que ses canons sont encore pointés contre les populations
désarmées. |
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