tribune
UNE FAILLITE
Le véritable responsable des troubles qui ensanglantent la Palestine depuis deux semaines, c’est M. Barak lui-même.
Au départ, on a pointé le doigt contre M. Ariel Sharon qui avait mis le feu aux poudres en se livrant à une grossière provocation que le monde entier (à l’exception de M. Clinton, bien entendu) a condamnée. Or, cette provocation, M. Barak l’avait placée sous sa protection par un déploiement exceptionnel de forces armées. On connaît la suite tragique.
Depuis, M. Barak se prétend menacé de tous les côtés et mobilise son armée sur toutes les frontières d’Israël, au Nord, à l’Est, au Sud, contre le Liban, la Syrie, la Jordanie et l’Egypte, alors qu’il est évident qu’aucun de ces pays n’envisage de faire la guerre. Aucun, d’ailleurs, n’en a réellement les moyens.
En fait, la position politique de M. Barak est fragilisée sur le plan intérieur. Pour tenter de se sauver, il joue avec le feu. Il menace de partir en guerre sur tous les fronts, alors qu’il n’avait  été élu que sur un programme de paix et que tous ses voisins arabes s’égosillent à plaider la paix. “Option stratégique”, se plaisent-ils à répéter.

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M. Barak est victime de l’ambiguïté de sa politique depuis son élection il y a, à peu près, dix-huit mois.
Qu’on se souvienne, d’abord, de sa campagne électorale. Les thèmes de cette campagne contenaient déjà en puissance tous les germes de la crise actuelle et des pièges où il se débat, les mains tachées de sang. Pour se battre contre son adversaire Netanyahu, il s’était livré à une véritable surenchère en vue de rogner sur l’électorat de droite, des religieux et des colons, assuré qu’il était déjà de l’électorat de gauche de son propre parti. Sa tactique a réussi. Il a été élu.
Mais alors que valaient ses engagements de paix? Telle était la question qui s’imposait aux observateurs.
La comparaison avec M. Netanyahu s’exprimait en ces termes: si le travailliste Barak paraît plus souple que son adversaire Netanyahu, cela ne veut pas dire qu’il cèdera sur ce qui demeure essentiel pour les religieux et les colons: la conservation des territoires occupés. Faute de restitution de ces territoires, il n’y a pas de paix. Or, cette fraction dominante de l’électorat juif, quoique minoritaire en nombre, n’est pas intéressée par la paix (voir notre analyse du 15 mai 1999).
On se posait, alors, cette question: “Une fois élu, s’il est élu, M. Barak revêtira-t-il l’habit d’un véritable chef, d’un rassembleur pour une société profondément divisée dont la majorité aspire à la paix, cependant que la minorité n’entend pas en payer le prix?” D’où cette mise en garde: “Il y a un prix à payer. Et si M. Barak s’avérait incapable de le faire accepter par son peuple, il y aurait un grand risque de bouleversements internes en Israël même et elle irait plus loin qu’une simple crise ministérielle ou des élections législatives”.
Nous y voilà donc. Israël fait face au début d’une véritable guerre civile entre ses citoyens juifs et ses citoyens arabes.
Les affrontements sanglants de ces derniers jours ont mis aux prises l’Armée et les colons, d’une part et, d’autre part, les Palestiniens aussi bien de Cisjordanie et de Gaza que d’Israël même, citoyens arabes de l’Etat juif. Ces derniers sont agressés à l’intérieur de leur maison, malmenés, humiliés. Leurs députés mêmes sont menacés. Chargée par M. Barak de protéger M. Sharon qui se livrait à une surenchère contre Netanyahu, l’Armée a été ainsi érigée en arbitre des querelles partisanes (en tapant sur les Palestiniens). Il n’est pas sûr qu’elle n’échappe pas déjà au contrôle de M. Barak.
Mis en demeure de rétablir l’ordre face à un soulèvement populaire généralisé, les militaires, qui n’ont pas encore digéré leur humiliation au Liban, sont rendus responsables des conséquences tragiques d’opérations conduites sans retenue contre des civils et réprouvées par la communauté internationale. Peuvent-ils accepter de couvrir indéfiniment les vrais coupables: les politiques?

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Comme pour confirmer les soupçons de complicité entre politiciens apparemment opposés les uns aux autres, on a vu, en pleine crise, M. Barak menacer de s’entendre avec M. Sharon pour former un Cabinet “d’union nationale”. Autrement dit, de mettre un point final au processus de paix avec le monde arabe.
Les choses auront ainsi l’avantage d’être plus claires. Mais ce qui est déjà parfaitement clair, c’est la faillite de M. Barak. Elu pour faire la paix, il terminerait sa première expérience gouvernementale en s’associant à un fauteur de guerre patenté, pendant que ses canons sont encore pointés contre les populations désarmées. 


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