SUIVEZ MON PANACHE BLANC!
Par René AGGIOURI

Ainsi donc, M. G. W. Bush met le monde entier en demeure de choisir: avec nous contre le terrorisme - ou avec le terrorisme contre nous.
Personne, évidemment, ne se déclare avec le terrorisme. Pour autant, tout le monde ne se range pas automatiquement sous la bannière de M. G. W. Bush. Or, M. G. W. Bush n’a apparemment pas l’intention d’attendre ceux qui ergotent et tergiversent ou qui s’estiment capables d’avoir, sur la situation, une opinion personnelle différente de la sienne. Son armée, sa flotte aérienne, ses navires de guerre sont déjà en route. Déjà, en action.
Suivez mon panache blanc!

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Les Etats-Unis sont une très grande puissance. Ils disposent de moyens sans précédent dans l’histoire de l’humanité pour exercer leur hégémonie sur toute la planète (et même sur les espaces interstellaires). Ils font peur. Et ils ne s’en privent pas. Il serait sans doute malséant d’user aujourd’hui d’autres vocables et de dire que leur puissance de feu répand la terreur. Le mot terreur est réservé à d’autres acteurs. Le fait est, en tout cas, que dans la mesure où ils font peur, ils suscitent aussi la haine. Ils le savent et s’en inquiètent peu.
On les aime pourtant. On les envie. On les admire. On table sur leur puissance, sur leur technologie, sur leur influence pour résoudre tous nos problèmes. Mais dans la mesure même où ils polarisent tous les espoirs et tous les rêves, ils suscitent aussi le désespoir et entretiennent des sentiments mêlés de rancune et de méfiance. Car ils ont si souvent échoué et déçu.
Leur crédibilité est de plus en plus contestée. Leur impartialité est mise en cause. Leur discours moralisateur est perçu comme hypocrite. On ne les croit plus. On ne fait plus confiance ni en leur aptitude à évaluer correctement les situations, ni en leur volonté de rechercher des solutions de justice ou de consensus.
Nous avons ici sous nos yeux deux tragédies dont ils sont directement responsables: la Palestine et l’Irak. Sans oublier l’Afghanistan. Le Liban a eu aussi, sa part de drame, mais peut-être est-ce terminé alors que les autres tragédies sont toujours en développement.
On attend tout de l’Amérique. On a toujours trop attendu de ce pays élevé au rang de mythe; son système démocratique représenté comme exemplaire, son efficacité scientifique et industrielle inégalée, ses valeurs morales érigées en modèle pour le monde entier, etc...
On a eu tort. On a toujours tort d’idéaliser ainsi une société humaine qui ne saurait être tellement différente de toute autre société travaillée par des intérêts, des passions, des luttes d’influence, des mobiles sordides, des préjugés et souvent par l’ignorance et par des politiciens sans scrupule.

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Ce qui est aujourd’hui choquant dans la réaction belliqueuse de l’Administration Bush après le désastre de New York, c’est cette mobilisation militaire tambour battant au détriment de la réflexion et de la froide analyse des causes de la catastrophe.
On peut, certes, imaginer que cette analyse n’est pas négligée et qu’elle se poursuit dans le secret des bureaux. Mais on ne voit qu’une chose: le déploiement de la bannière étoilée et les trompettes de la guerre. C’est inquiétant. Comme si précisément on ne cherchait qu’à faire peur. Comme si on ne se préoccupait pas de rétablir la confiance dans la raison, mais à la fonder sur la seule puissance des armes.
Les terroristes n’ont qu’à se terrer. Il y a plus terroristes qu’eux et avec une légitimité proclamée sans état d’âme. C’est un combat sans merci. Rangez-vous du bon côté, c’est-à-dire du plus fort.
Souvenez-vous de la leçon du fabuliste.

LA GUERRE SIGNIFIE TERRORISME À LA PUISSANCE 100

Dans un article de “The chronicle of higher education”, Howard Zinn, professeur émérite de science politique à l’Université de Boston, commente la situation en ces termes: “Les images de la télévision brisaient le cœur. Les gens dans le feu ramassant leurs morts. La panique et la peur. La terreur dans les avions. Ces scènes m’ont horrifié et rendu malade.
“Ensuite, nos leaders politiques sont apparus à la télévision. Et j’ai été de nouveau horrifié et malade. Ils parlaient de représailles, de vengeance, de punition. Nous sommes en guerre, disaient-ils. Et alors j’ai songé qu’ils n’avaient rien appris, absolument rien de l’histoire du XXème siècle, de centaines d’années de représailles, de vengeance, de guerre, une centaine d’années de terrorisme et de contre-terrorisme, de violence opposée à la violence, dans un cycle infini de stupidité.
“Maintenant, nous bombardons l’Afghanistan? Alors, nous tuerons sûrement des innocents parce que le bombardement ne fait pas de distinction. Pour “envoyer un message” aux terroristes, allons-nous commettre des actes terroristes? Nous l’avons déjà fait. C’est la vieille manière de penser et d’agir. Cela n’a jamais réussi. Reagan a bombardé la Libye. Bush a fait la guerre à l’Irak. Clinton a bombardé l’Afghanistan et a détruit une usine pharmaceutique au Soudan. Pour “envoyer un message” aux terroristes. N’est-il pas suffisamment clair maintenant qu’“envoyer un message” aux terroristes par des actes de violence mène à plus de terrorisme?
“N’avons-nous rien appris du conflit israélo-palestinien? Bombes posées par les Palestiniens suivies par des attaques de l’aviation et des chars israéliens et encore plus de bombes. Il en est ainsi depuis des années. Cela ne sert à rien. Des innocents tombent de chaque côté.
“Nous avons besoin de penser au ressentiment éprouvé dans le monde entier par les peuples victimes des opérations militaires américaines - au Vietnam, en Amérique latine, en Irak. Nous devons penser à la colère des Palestiniens qui savent que les armes utilisées contre eux sont fournies par les Etats-Unis. Nous devons comprendre que parmi eux, il en est qui iront au-delà de la colère pour agir en terroriste.
“Nous avons besoin d’un nouveau mode de penser. Un budget militaire de 300 milliards de dollars ne nous a pas donné la sécurité. Nous devons décider de ne plus aller en guerre quelque raison qu’invoquent les politiciens, parce que la guerre à notre époque ne fait jamais de discrimination, c’est une guerre contre les innocents, une guerre contre les enfants. Guerre signifie terrorisme à la puissance cent.”
Dans la même publication, je relève de nombreux articles écrits par des professeurs de diverses universités américaines qui témoignent tous, sur le drame qui a frappé leur pays, d’un niveau élevé de réflexion critique qui n’est pas celui des politiciens du Congrès qu’on a vu ovationner M. Bush, ni celui des conseillers de la Maison-Blanche. Entre les lieux où l’on pense et les lieux où l’on décide, il n’y a pas toujours des passerelles.

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