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Ainsi
donc, M. G. W. Bush met le monde entier en demeure de choisir: avec nous
contre le terrorisme - ou avec le terrorisme contre nous.
Personne, évidemment, ne se déclare avec le terrorisme.
Pour autant, tout le monde ne se range pas automatiquement sous la bannière
de M. G. W. Bush. Or, M. G. W. Bush na apparemment pas lintention
dattendre ceux qui ergotent et tergiversent ou qui sestiment
capables davoir, sur la situation, une opinion personnelle différente
de la sienne. Son armée, sa flotte aérienne, ses navires
de guerre sont déjà en route. Déjà, en action.
Suivez mon panache blanc!
***
Les Etats-Unis sont une très grande puissance. Ils disposent de
moyens sans précédent dans lhistoire de lhumanité
pour exercer leur hégémonie sur toute la planète
(et même sur les espaces interstellaires). Ils font peur. Et ils
ne sen privent pas. Il serait sans doute malséant duser
aujourdhui dautres vocables et de dire que leur puissance
de feu répand la terreur. Le mot terreur est réservé
à dautres acteurs. Le fait est, en tout cas, que dans la
mesure où ils font peur, ils suscitent aussi la haine. Ils le savent
et sen inquiètent peu.
On les aime pourtant. On les envie. On les admire. On table sur leur puissance,
sur leur technologie, sur leur influence pour résoudre tous nos
problèmes. Mais dans la mesure même où ils polarisent
tous les espoirs et tous les rêves, ils suscitent aussi le désespoir
et entretiennent des sentiments mêlés de rancune et de méfiance.
Car ils ont si souvent échoué et déçu.
Leur crédibilité est de plus en plus contestée. Leur
impartialité est mise en cause. Leur discours moralisateur est
perçu comme hypocrite. On ne les croit plus. On ne fait plus confiance
ni en leur aptitude à évaluer correctement les situations,
ni en leur volonté de rechercher des solutions de justice ou de
consensus.
Nous avons ici sous nos yeux deux tragédies dont ils sont directement
responsables: la Palestine et lIrak. Sans oublier lAfghanistan.
Le Liban a eu aussi, sa part de drame, mais peut-être est-ce terminé
alors que les autres tragédies sont toujours en développement.
On attend tout de lAmérique. On a toujours trop attendu de
ce pays élevé au rang de mythe; son système démocratique
représenté comme exemplaire, son efficacité scientifique
et industrielle inégalée, ses valeurs morales érigées
en modèle pour le monde entier, etc...
On a eu tort. On a toujours tort didéaliser ainsi une société
humaine qui ne saurait être tellement différente de toute
autre société travaillée par des intérêts,
des passions, des luttes dinfluence, des mobiles sordides, des préjugés
et souvent par lignorance et par des politiciens sans scrupule.
***
Ce qui est aujourdhui choquant dans la réaction belliqueuse
de lAdministration Bush après le désastre de New York,
cest cette mobilisation militaire tambour battant au détriment
de la réflexion et de la froide analyse des causes de la catastrophe.
On peut, certes, imaginer que cette analyse nest pas négligée
et quelle se poursuit dans le secret des bureaux. Mais on ne voit
quune chose: le déploiement de la bannière étoilée
et les trompettes de la guerre. Cest inquiétant. Comme si
précisément on ne cherchait quà faire peur.
Comme si on ne se préoccupait pas de rétablir la confiance
dans la raison, mais à la fonder sur la seule puissance des armes.
Les terroristes nont quà se terrer. Il y a plus terroristes
queux et avec une légitimité proclamée sans
état dâme. Cest un combat sans merci. Rangez-vous
du bon côté, cest-à-dire du plus fort.
Souvenez-vous de la leçon du fabuliste.
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LA GUERRE SIGNIFIE TERRORISME À LA PUISSANCE 100
Dans un article de The chronicle of higher education,
Howard Zinn, professeur émérite de science politique
à lUniversité de Boston, commente la situation
en ces termes: Les images de la télévision brisaient
le cur. Les gens dans le feu ramassant leurs morts. La panique
et la peur. La terreur dans les avions. Ces scènes mont
horrifié et rendu malade.
Ensuite, nos leaders politiques sont apparus à la télévision.
Et jai été de nouveau horrifié et malade.
Ils parlaient de représailles, de vengeance, de punition.
Nous sommes en guerre, disaient-ils. Et alors jai songé
quils navaient rien appris, absolument rien de lhistoire
du XXème siècle, de centaines dannées
de représailles, de vengeance, de guerre, une centaine dannées
de terrorisme et de contre-terrorisme, de violence opposée
à la violence, dans un cycle infini de stupidité.
Maintenant, nous bombardons lAfghanistan? Alors, nous
tuerons sûrement des innocents parce que le bombardement ne
fait pas de distinction. Pour envoyer un message aux
terroristes, allons-nous commettre des actes terroristes? Nous lavons
déjà fait. Cest la vieille manière de
penser et dagir. Cela na jamais réussi. Reagan
a bombardé la Libye. Bush a fait la guerre à lIrak.
Clinton a bombardé lAfghanistan et a détruit
une usine pharmaceutique au Soudan. Pour envoyer un message
aux terroristes. Nest-il pas suffisamment clair maintenant
quenvoyer un message aux terroristes par des actes
de violence mène à plus de terrorisme?
Navons-nous rien appris du conflit israélo-palestinien?
Bombes posées par les Palestiniens suivies par des attaques
de laviation et des chars israéliens et encore plus
de bombes. Il en est ainsi depuis des années. Cela ne sert
à rien. Des innocents tombent de chaque côté.
Nous avons besoin de penser au ressentiment éprouvé
dans le monde entier par les peuples victimes des opérations
militaires américaines - au Vietnam, en Amérique latine,
en Irak. Nous devons penser à la colère des Palestiniens
qui savent que les armes utilisées contre eux sont fournies
par les Etats-Unis. Nous devons comprendre que parmi eux, il en
est qui iront au-delà de la colère pour agir en terroriste.
Nous avons besoin dun nouveau mode de penser. Un budget
militaire de 300 milliards de dollars ne nous a pas donné
la sécurité. Nous devons décider de ne plus
aller en guerre quelque raison quinvoquent les politiciens,
parce que la guerre à notre époque ne fait jamais
de discrimination, cest une guerre contre les innocents, une
guerre contre les enfants. Guerre signifie terrorisme à la
puissance cent.
Dans la même publication, je relève de nombreux articles
écrits par des professeurs de diverses universités
américaines qui témoignent tous, sur le drame qui
a frappé leur pays, dun niveau élevé
de réflexion critique qui nest pas celui des politiciens
du Congrès quon a vu ovationner M. Bush, ni celui des
conseillers de la Maison-Blanche. Entre les lieux où lon
pense et les lieux où lon décide, il ny
a pas toujours des passerelles.
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