|
Et m... à la fin! Nous sommes
lessivés, ratissés, raclés jusquà los
et nous ne savons plus à quelle sauce nous serons mangés.
Jusquà quand allons-nous jeûner pour gaver les surgavés
et faire grossir les comptes numérotés réfugiés
dans les paradis fiscaux?
Jusquà quand allons-nous continuer à subir ce quune
classe politique inconsciente nous fait endurer depuis plus de dix ans?
Quand arriverons-nous au bout du tunnel où sont tapis les arnaqueurs,
les mafieux, les hyènes, les détrousseurs de cadavres? Quand
sarrêtera cette descente aux enfers? Chaque fois que nous
croyons avoir touché le fond, nous glissons encore plus bas. Quand
cessera-t-on - à coups de taxes, de TVA et dautres moyens
dextorsion - à nous contraindre à céder jusquà
notre dernière bouchée de pain, sous prétexte de
remplir ce véritable tonneau des Danaïdes quest le budget
de lEtat?
Annus horibilis, disait Elisabeth II dAngleterre. Plus
horibilis encore quon limagine. Chez une foule de gens, elle
a tué le goût de vivre; chez dautres lespoir
quun nouveau soleil se lèvera un jour. Chez nous tous, elle
a suscité le désir insensé de voir partir nos enfants
vers une vie meilleure, ailleurs... Ils sont légion ceux qui sont
partis. Reviendront-ils jamais?
Malgré la guerre, au plus fort des combats meurtriers, alors que
nous étions réfugiés sous les escaliers et dans les
abris, nous arrivions à nous procurer le nécessaire. Nous
espérions surtout. Nous espérions que lorsque le fracas
des armes se sera tu, lorsquarrivera le temps de la réflexion
et de la réconciliation, lorsque reviendra lEtat et rétablira
la légalité, nous pourrons enfin respirer à laise,
reconstituer nos forces éprouvées, récupérer
nos biens perdus et prendre un nouveau départ.
Pauvres crétins, imbéciles que nous étions, que nous
sommes toujours, tant que nous tendrons sans réagir le cou à
la corde qui nous étrangle. Nous avions affaire à des hyènes,
maintenant, nous sommes confrontés à une association de
hyènes et de loups voraces, toujours en chasse, jamais rassasiés.
En dix ans de paix civile - que nous dit-on! - le pays a été
conduit de mains de maîtres vers un marasme économique et
financier presque insoluble qui ne peut - sil dure - déboucher
que sur le chaos. La perspective était fatale depuis que les gouvernements
issus de Taëf se sont jetés, comme des colonies de termites,
sur ce que la guerre avait épargné. Dun pays florissant,
dont les finances avaient même résisté aux entreprises
des seigneurs de la guerre, ces gouvernements ont, en fait, une loque
indigente qui voit tous les jours une cohorte de chômeurs venir
grossir les rangs du désespoir, des employés licenciés
par milliers, des commerçants en faillite et les lambeaux de ce
qui reste de la classe moyenne - qui a jadis fait la prospérité
du Liban et sa fierté - passer sous le seuil de la pauvreté.
Quelquun essaye-t-il de nous sortir de ce sable mouvant où
nous nous enfonçons? Mais bien sûr, voyons! Navons-nous
pas vu les plus hauts personnages de lEtat se disputer à
mort un vague poste administratif? Lun traite lautre de Louis
XIV. La balle lui est renvoyée avec le qualificatif de plaisantin.
Lequel plaisantin ne plaisante pas et tape du pied, un pied chaussé
dune botte de sept lieues, tandis que notre Sanioura national profite
de loccasion pour faire main basse sur les maigres revenus des smicards,
des veuves et des personnes âgées sans ressources. Existe-t-il
dans ce pays un responsable qui ait le cur aussi grand que le ventre
et la tête aussi bien garnie que les poches?
En plus, nous nous sommes mis en porte-à-faux avec la société
internationale. Alors que les Arabes rasent les murs dans le silence le
plus total, que Hamas et le Jihad Islamique baissent et le ton et le caquet,
nous, on ne nous le fait pas. Nous nous bousculons pour nous placer dans
lil du cyclone. Aventureux? Dangereux? On sen fiche.
Après tout, qua-t-il de plus que nous George Bush, à
part la puissance militaire et économique, larsenal nucléaire,
la haute main sur les Nations Unies, le leadership mondial, la suprématie
planétaire? Rien. Alors que monsieur cesse de faire le zouave.
Navons-nous pas à notre tour, la concomitance des volets
machins-choses, la route de Damas, les ruines de Anjar et la Porte de
Fatmé?...
Et puis zut! Lannée 2001 sachève, après
nous avoir presque achevés, dans le dénuement, langoisse
du lendemain, la crainte du pire. Que le diable lemporte et emporte
avec elle tous ceux qui ont contribué à nous la rendre aussi
lourde à porter.
Que nous reste-t-il? Il nous reste à espérer que 2002 nous
restitue, ne serait-ce quen partie, ce qui pourrait encore subsister
dun vieux rêve presque oublié auquel nous avions cru
un jour.
|