De Juan Peron, à de La Rua, Adolfo Rodriguez Saa et Duhalde
L'ARGENTINE POUR UN AVENIR MEILLEUR... OU QUEL AVENIR?
Par Melhem KARAM

En Argentine, la colère populaire a éclaté dans les rues des grandes villes. L’état d’urgence a été proclamé pour trente jours et il s’est confirmé, après que Fernando de La Rua a terminé la seconde année de son mandat présidentiel, que tous les experts économistes et sociaux étaient dans le rouge enflammé. Le taux du chômage a atteint une limite maxima, historiquement, depuis 1995. 18,2% des millions de citoyens qui constituent la majorité ouvrière, ont perdu leur travail. 10,7% sont devenus de petits fonctionnaires travaillant moins de trente-cinq heures par mois, alors que l’Argentine est le pays le plus cher d’Amérique latine. En effet, il occupe la treizième position mondiale, les prix étant inférieurs à ceux pratiqués en France dans une proportion de 30%.
Le salaire mensuel moyen est de quatre mille francs, soit 576 pesos, l’équivalent de 500 dollars. La moitié des salariés gagnent moins de 450 pesos et seuls 13,6% touchent plus de mille pesos. Quant à la situation des retraités, elle est catastrophique. Le tiers des trois millions qui reçoivent leur nourriture de l’Etat, touche en pesos, moins de 300 dollars. Dans ces conditions, la misère s’amplifie: 40% des Argentins, contre 30% en 1970, vivent selon une étude minutieuse moderne de l’unité économique argentine, à un niveau inférieur au seuil de pauvreté fixé à 450 pesos pour une personne et à 1030 pesos pour une famille comptant deux enfants. La même étude indique que, chaque jour, deux mille citoyens dépassent le seuil de pauvreté.
Le nouveau président péroniste, Adolfo Rodriguez Saa qui a été contraint à démissionner, et remplacé par Eduardo Duhalde, a agi en vue de poursuivre la politique du leader fondateur Juan Peron, décédé en 1974 et qui restera en permanence dans la mémoire des Argentins.
Entre 1946 et 1951, il avait pratiqué une politique favorable aux pauvres et aux déshérités. Sa veuve, Isabelle Péron, lui a succédé et, en 1976, les militaires l’ont éloignée du pouvoir et institué une dictature ayant duré sept longues années. Leur gestion était arbitraire et s’est terminée par un effondrement économique sans limites. Les généraux ont tenté de le camoufler, en entreprenant l’aventure de la guerre des Malouines, qui a pris fin par une catastrophe pour l’Argentine et a écarté les militaires du pouvoir.
En octobre 1983, Raul Alfonsin, candidat de l’Union radicale, a accédé à la présidence. Il est venu porteur de tous les espoirs, le plus important étant de sortir de la longue nuit de la dictature militaire, de faire toute la lumière sur les crimes ayant occasionne des centaines de victimes et de disparus, de châtier les criminels et d’en finir avec le péronisme, pour édifier un Etat riche dans les domaines agricole, industriel, culturel et touristique.
La situation économique était dramatique, la dette extérieure étant la plus élevée du monde. Le Fonds monétaire international n’était pas désireux d’offrir un cadeau à Raul Alfonsin, bien qu’il ait conduit la junte devant les tribunaux, où bon nombre de militaires ont été jugés. Mais face au mécontentement qui s’est manifesté au sein de l’armée, la loi “Point Final” et du “devoir d’obéissance” a été approuvée, mettant fin, pratiquement, aux poursuites.
A la fin de son mandat en 1989, le peso a perdu 1312.5 pour cent par rapport au dollar et l’inflation a excédé quatre mille pour cent. Ceci a rendu la classe moyenne la plus perdante et les classes défavorisées restées loyales en permanence au souvenir de Péron, ont réclamé le retour du péronisme. Carlos Menem est devenu président de la République jusqu’en juillet 1989, cinq mois avant la date officielle de la démission de Raul Alfonsin, celle-ci ayant été précipitée par un putsch opéré dans la banlieue de Rosario.
Avec Menen s’est ouverte l’ère du néo-libéralisme extrême. En 1990, il a amnistié les prisonniers militaires, se réconciliant ainsi avec l’armée, puis avec les Britanniques, suivant une politique économique dont Domingo Cavallo était l’artisan. Cette politique reposait sur l’équilibre, la privatisation à outrance, la souplesse de la fonction et la stabilisation des prix. De ce fait, a été instauré le libéralisme réclamé par les Argentins. Puis, la vague de mécontentement a repris et des manifestations ont eu lieu dans maintes positions de l’Etat. Mais l’inflation est tombée à 3,9%, alors que la proportion du développement augmentait et atteignait 7%.
En dépit des scandales, Carlos Menem a été réélu en 1995. Mais cette année a été fatale. Le chômage a dépassé, officiellement 18% et la crise mexicaine en janvier s’est étendue au sud de Santiago del Estero, Neuquen, Larioja Jujuy.
La réprobation de la dictature militaire s’est élargie et Menem a été forcé à gouverner en vertu de décrets. En 1996, Menem a évincé Domingo Cavallo et, dans ce contexte, le radical Fernando de La Rua “qui voulait une Argentine différente de la précédente”, est entré en action et a gagné les élections en décembre 1999. Par rapport aux Argentins, il était le nouvel espoir pour le changement. Mais il s’est transformé en descente en enfer et le retour de Domingo Cavallo était pire que le mal.
Carlos Menem qui a été lavé de tous les soupçons dans l’affaire de la contrebande des armes vers la Croatie et l’Equateur, s’est préparé à revenir à la politique. Et en 2002 - “s’ils ne nous laissent pas l’Etat avant cette date” - il promet aux Argentins, sinon un avenir meilleur, du moins un certain avenir.

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Les heures de Domingo Cavallo étaient comptées, de même que celles du président Fernando de La Rua. Cavallo était le père de la politique économique durant la grande partie du mandat de Carlos Menem. Puis, il a été fait appel à lui pour le sauvetage et de La Rua lui a demandé d’être ministre de l’Economie, tout en jouant le rôle de Premier ministre. Domingo Cavallo a présenté sa démission, suivi par la plupart des ministres. Le président de La Rua l’a acceptée, l’épreuve socio-économique subie par l’Argentine depuis des mois, lui ayant fait perdre tout son crédit. Quand il a senti qu’il était menacé, Cavallo a demandé la protection, mais la Presse argentine lui prêtait l’intention de fuir. Et le départ de Cavallo, attendu par bon nombre de ministres, a ouvert la porte de l’anxiété politique à l’Argentine.
Quand il a proclamé l’état d’urgence durant trente jours, le président de La Rua a placé devant leurs responsabilités “les ennemis du régime et de la république”, qui étaient censés rallier les manifestants.
Le Fonds monétaire international appelait, en permanence, l’Argentine en tant qu’Etat modèle, à s’en tenir à l’orthodoxie économique et n’a hésité aucun jour à exprimer son soutien aux huit plans d’austérité présentés, durant deux années de pouvoir, par le président argentin dont Domingo Cavallo était le partisan le plus fidèle.

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