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Le différend opposant les présidents Nabih Berri et
Rafic Hariri na pu être dissipé, en dépit des
démarches effectuées entre les deux hommes par des amis
communs, entre autres: MM. Elie Ferzli, vice-président de lAssemblée;
Abdel-Rahim Mrad, Mohamed Abdel-Hamid Beydoun et Ghazi Aridy, ministres.
Il semble que la brouille entre les chefs du Législatif et du
gouvernement ait été provoquée par des questions
dépassant celles de la nomination dun directeur général
de la CNSS et du budget du Conseil du Sud, ou les divergences autour du
sommet arabe devant tenir ses assises fin mars à Beyrouth.
La coterie de M. Berri se confine dans un mutisme imperturbable, laissant
à celui-ci toute latitude de trancher ce litige qui nest
pas le premier avec le Premier ministre.
Cependant, au cours de la rencontre hebdomadaire qui rassemble chaque
mercredi de nombreux députés au bureau du président
Berri, ce dernier sest étendu sur une déclaration
du prince héritier Abdallah dArabie saoudite qui a critiqué
la hâte avec laquelle sont toujours préparées
les conférences des souverains et chefs dEtat arabes, ce
qui ne garantit nullement leur succès.
ALLUSION AU SOMMET ARABE
Il a, également, fait allusion aux réflexions du ministre
qatariote des Affaires étrangères (à lissue
dun entretien avec le président Hosni Moubarak), allant dans
le sens du prince Abdallah.
Ainsi, le président de la Chambre a voulu souligner la justesse
de sa position, en ce qui concerne le report du sommet arabe. Toute
chose commence petite, a-t-il déclaré, puis, grandit, hormis
les catastrophes qui débutent en trombe avant de samenuiser,
avant dajouter: Plus nous nous éloignons de la date
du 11 septembre et des retombées de la guerre dAfghanistan,
le climat sera plus favorable et le sommet donnera de meilleurs résultats.
Sur le plan intérieur, le président Berri sest abstenu
depuis son retour dEgypte, de parler de sa brouille avec le président
du Conseil. Ce que jai dit au cours de ma conférence
de presse est suffisant pour définir ma position envers les paroles
prononcées par le président Hariri à Bkerké.
M. Berri estime quil faut procéder à une rectification
du mouvement administratif dans son ensemble et non réviser certaines
nominations touchant les fonctionnaires des première et seconde
catégories. Quant aux rapports entre le parlement et le Cabinet,
dit-il, ils sont régis par la Constitution.
Quoi quil en soit, lactivité politique a repris après
le retour du président et de Mme Emile Lahoud après avoir
passé la fête du Nouvel An à Monaco, à linvitation
de M. Issam Farès, vice-président du Conseil. On sattend
donc à ce que les médiateurs sactivent de nouveau
pour dissiper la tension qui caractérise les relations entre MM.
Berri et Hariri.
Dores et déjà, le chef de lEtat a profité
de sa rencontre hebdomadaire, jeudi, avec le président de la Chambre,
pour entamer une action sérieuse visant à raccommoder les
deux pôles du Pouvoir. Cependant, le chef du Législatif ne
paraît pas encore disposé à favoriser les démarches
des conciliateurs et daucuns pensent quil serait enclin à
faire perpétuer son litige avec M. Hariri jusquaprès
le vote du projet de budget 2002.
Certains prêtent, en effet, à M. Berri lintention de
mobiliser son bloc parlementaire, lun des plus importants sous lhémicycle,
pour sen prendre au Cabinet des 30 et à sa politique
économico-financière.
Tout indique que le conflit Berri-Hariri est appelé à durer,
dautant que Damas hésite à intervenir pour les raccommoder,
se contentant dinciter ses amis locaux pour sacquitter de
cette tâche.
Fait à signaler: alors que le chef du parlement multiplie les déclarations
depuis son retour du Caire, le président du Conseil refuse de faire
le moindre commentaire, se limitant à dire quil préfère
garder le silence. Les observateurs en déduisent que le chef du
gouvernement est soucieux de dissiper le plus vite possible son malentendu
avec le président Berri, en prévision du débat budgétaire
qui risque dêtre particulièrement électrisé,
si leur brouille nétait pas réglée au préalable?
LE SUD AU CENTRE DU DÉBAT
On constate que le président de la Chambre ne cesse de faire monter
les enchères et sen prend au Premier ministre, laccusant
de bloquer le plan de reconstruction des régions libérées
du Sud, avançant entre autres preuves de son affirmation
la réduction des crédits affectés au Conseil du Liban-Sud
dans le nouveau projet de budget.
Dans le même temps, la coterie du président Berri propage
des rumeurs sur un éventuel changement gouvernemental ou même
dun remaniement ministériel, à leffet dévincer
certains ministres trop soumis au chef du gouvernement et exécutant
ses directives à la lettre.
M. Berri revient à sa proposition relative au report du sommet
arabe, partant du fait que ce sommet aurait pour but de consacrer le fait
accompli israélien et de mettre fin à lIntifada et,
peut-être même, à la Résistance. Est-il
logique quune telle conférence se tienne à Beyrouth,
à cette fin, alors que le Liban est lunique pays arabe à
avoir enregistré une victoire historique contre lEtat hébreu,
en le contraignant à retirer ses troupes de notre territoire? Il
faut craindre, a ajouté M. Berri, que linsistance à
tenir le sommet dans la capitale libanaise, que le sort des fermes de
Chébaa soit rattaché à la résolution 242.
Le président Hariri na pas répondu directement au
président de la Chambre. Il a chargé le ministre de lInformation
de le faire à sa place. De fait, M. Ghazi Aridy a déclaré,
à lissue dun entretien avec le chef du palais Bustros:
Le sommet arabe se tiendra à la date initialement fixée
(fin mars), le gouvernement ayant commencé les préparatifs
nécessaires afin den assurer le succès. M. Aridy
a tenu à préciser que la proposition du président
Berri était dordre personnel et ne liait pas
le gouvernement.
Ceci a eu pour conséquence damener le chef du Législatif
à raidir sa position, alors que le chef du gouvernement, prenant
conscience de sa maladresse qui a consisté à ne pas tenir
compte de la proposition du président de la Chambre relative à
lajournement du sommet arabe tente, à présent, de
pacifier le climat pour rendre possible sa réconciliation avec
M. Berri.
Il y a lieu de signaler que léchange de propos aigres-doux
entre les deux hommes, la semaine dernière, ne contribue nullement
à les rapprocher. En effet, le président de la Chambre a
accusé le chef du gouvernement de se comporter à la manière
de Louis XIV qui répétait: LEtat, cest
moi. M. Hariri a répliqué en disant que M. Berri
était un homme ayant un faible pour la... plaisanterie! Il
a même ajouté: Le Cabinet se maintiendra tant quil
jouit de la confiance de lAssemblée et si elle le juge indigne
de gouverner, quelle lui retire sa confiance.
Le président Berri ayant soutenu que les récentes nominations
administratives constituaient un grand scandale, M. Hariri sest
limité à dire: Les propos de M. Berri portent leur
propre réponse. Celui-ci ayant passé le chômage
de fin dannée sur les bords du Nil, a rendu difficiles les
démarches des médiateurs, le Premier ministre sétant
retiré pendant plusieurs jours dans sa résidence de Fakra,
ny recevant quun nombre restreint de visiteurs.
LE POSTE DE DIRECTEUR DE LA CNSS RESTE À TRANCHER
Toujours est-il que le poste de directeur général de la
CNSS reste à trancher, MM. Berri et Hariri insistant à le
confier à des candidats de leur bord.
M. Hariri a veillé à atténuer le différend
autour de cette affaire, preuve en est quil a demandé à
son bureau médiatique de retirer les déclarations faites,
à ce sujet, par deux membres de son groupe, à savoir: MM.
Fouad Sanioura, ministre des Finances et Nabil de Freige, député
de Beyrouth. Les observateurs sinterrogent sur laction du
chef de lEtat. Or, les milieux proches du palais de Baabda affirment
que le président Lahoud sinterdit dintervenir dans
les nominations et se préoccupe de désigner à la
direction générale de la CNSS la personne la plus qualifiée.
La tendance serait en faveur dun candidat de compromis, capable
dassumer comme il se doit cette lourde charge.
Tout en veillant à rester larbitre suprême, le président
de la République se soucie par-dessus tout de hâter le redressement
économique, en permettant aux institutions étatiques de
jouer à la perfection leur rôle de gestion et de contrôle.
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