Parlez-vous français?
Par Aline LAHOUD

A propos de francophonie, dans quelle mesure les pays membres comprennent-ils le français? Au Liban, par exemple, sait-on - en haut lieu - ce que parler français veut dire?
Le français n’est pas la langue de Voltaire et de Racine, une culture ou même une civilisation, c’est une conscience. C’est la langue dans laquelle se sont exprimés, pour la première fois, les droits de l’homme et continuent à s’exprimer, de préférence à toute autre.
Partant de là, le Liban ou plutôt le Pouvoir en place, a entrepris une interprétation personnelle, retenant ce qui lui convient du français et faisant l’impasse sur le reste. Ainsi, les mots liberté, égalité, fraternité, disparaissent brusquement du vocabulaire, entraînant dans leur chute le mot décence.
On a parlé de la rencontre des civilisations et du dialogue des cultures et on s’aperçoit que nous avons compris “civilisations de rencontre”. Pour ce qui est du dialogue des cultures, nous en savons un bout, notamment en culture, de celle “spéciale” pratiquée dans certaines régions, quant au dialogue? Inconnu au régiment.
Et d’ailleurs, pourquoi faire dialoguer quand on peut imposer. Ici, intervient la liberté ou son absence par éclipse. C’est-à-dire, vous avez parfaitement le droit de vous taire, de payer des factures gonflées arbitrairement et des taxes surgonflées. Vous avez le droit de ne pas envoyer vos enfants à l’école si vous n’avez pas de quoi payer leurs scolarités et leurs livres. Vous avez le droit d’avoir faim, de mourir aux portes des hôpitaux, de laisser vos fils et vos filles prendre le chemin de l’exil. Mais attention, vous n’avez pas le droit d’exprimer une opinion si elle ne concorde pas avec celle officielle du Pouvoir, autrement vous êtes un agent d’Israël, un suppôt de Sharon, un terroriste mental, en un mot, un traître patenté. Et ainsi, de “traîtres” en “traîtres” le cercle des patriotes, autour du Pouvoir, est en train de se rétrécir comme une peau de chagrin.
Parlerons-nous d’égalité quand ceux de ce cercle béni des dieux, en place, tous devenus obèses à force de gloutonner, allant jusqu’à ratisser “le vert et le sec”, alors que le reste de la population n’a plus rien à envier au plus décharné des fakirs?
Parlerons-nous de fraternité quand on s’acharne à dresser les confessions les unes contre les autres, mettant en pratique la fameuse devise “diviser pour régner”, quand on lance des projets-bidons afin d’inciter, par leur outrance, à la rébellion, pour mieux exercer des représailles dans lesquelles on est allé jusqu’à impliquer la justice, quand toute l’armada du Pouvoir se mobilise pour poursuivre jusqu’à leur campus les étudiants d’un bord, afin de faire croire aux étudiants de l’autre bord, que ceux-là sont des salauds qui les haïssent?
Quant à la décence, mieux vaut ne pas en parler. Ce qui est arrivé à Nayla Mouawad est illustratif à ce sujet. Qu’a fait Nayla Mouawad à part être dans l’opposition et exprimer à haute voix son attachement à la liberté d’opinion et aux droits de l’homme? On l’a accusée de toutes les trahisons, d’anti-libanisme, cette fille de Bécharré dont les racines plongent dans cette terre libanaise depuis la nuit des temps. On l’a insultée à mots orduriers dans des lieux réservés à la prière. Le fait de tenir à la liberté et de l’exprimer avec courage, qui a déplu aux maîtres de l’heure, méritait-il ce vacarme nauséabond? Ce fanatisme aveugle et cette servilité rampante ont-ils vraiment servi les meneurs du jeu? Un proverbe populaire dit: “Rima est revenue à ses anciennes habitudes”... Traduisez comme vous voulez, pour une fois vous êtes libres...
Décence ça ne figure pas dans le lexique francophone adopté par les cercles du Pouvoir. A tel point que les masques sont tombés, que les services supposés opérer dans la discrétion, agissent à découvert après avoir ôté leur manteau couleur de muraille et laissé tomber leurs draps de fantômes. L’impunité est l’un des principaux moteurs de la franchise.

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