Bienvenue à la Francophonie pour l’homme
du bien-être et de la paix!
Par Melhem KARAM

La rencontre francophone au Liban est un phénomène naturel, dans un pays où le berceau de l’homme... est le lieu de ralliement des langues, des cultures et des civilisations.
La francophonie est loin d’être le monde d’une seule langue. Bien que la langue fut l’élément de base dans la constitution des nationalismes dans le passé et dans la formation des entités ayant la même aspiration, aujourd’hui.
Il n’est nullement étrange que la francophonie ait été instituée, au début, pour protéger la langue française, par les journalistes - bienheureuse est la Presse! - écrivant avec la langue de Paris. L’association fondée en 1952 est devenue, en 1964, la Fédération de la Presse écrivant en langue française.
La langue française est issue du latin, non du celtique parlé dans les territoires qu’on appelait La Gaule, sur une superficie proche de la superficie actuelle de la France. De ce latin populaire a émané la langue romane et d’elle, les deux dialectes connus sous les noms de langue d’oc et langue d’oil, la langue d’oil étant devenue la langue française avec Malherbe et le cardinal Richelieu qui a fondé l’Académie française formée de “Quarante Immortels” il y a trois-cents soixante-sept ans.
La langue française est devenue plusieurs langues avec le temps. En ce sens que la langue française a évolué de l’expression française à la francophonie. Richelieu a défini la mission de l’Académie: élaborer un dictionnaire et un livre de grammaire.
Nul ne sait si dans son esprit à l’époque, l’Académie française introduirait dans son dictionnaire le 11 mars 1983, de nouvelles expressions... des expressions francophones, dans son souci d’enrichir la langue en France par la langue écrite et parlée en dehors de la France... C’est l’ouverture française sur la francophonie et cette ouverture française a rendu le dictionnaire francophone et transformé la grammaire en glossaire expliquant les mots peu connus. Ceci est une tradition dans la France cosmopolite. Comme s’il s’agissait d’un rappel de Joachim du Bellay au temps de la Pléiade, avec Pierre Ronsard, invitant les Français à récupérer les trésors de l’Antiquité gréco-romaine. Et c’est à la suite de cet appel, qu’il y a eu les chefs-d’œuvre classiques de Corneille et de Racine, s’inspirant d’Eschyle, de Sophocle, d’Euripide et de leurs pairs romains.
Le Liban de l’homme, émane de la rencontre des civilisations, dont le message est la consolidation de cette rencontre, à travers l’humanisation de la mondialisation, capable de rassembler les civilisations de la Méditerranée et la civilisation des Arabes.
Le Liban est le plus proche à comprendre la métamorphose de la langue en “langues” et à digérer ce devenir. Parce que le Libanais - et ceci est une grâce de Dieu - est apte à parler les “langues” françaises avec le Parisien, le Suisse, le Belge et le fils du Maghreb arabe.
En Belgique, il y a une langue française. Rien d’étrange en cela, car entre la France et la Belgique “française”, il existe une extension de territoire. Et en Suisse, il y a une langue française; c’est la “Romande” qui adopte des expressions prises de la française de Belgique. De même, elle adopte des expressions employées dans les régions du Jura et au nord des Alpes. En Amérique du Nord, il existe une langue française. Et nul n’a encore oublié le mot du Premier ministre du Canada au sommet francophone du Québec: “Le français vivra toujours sur la terre d’Amérique”.
Il en est de même dans les îles Maurice et La Réunion depuis le XVIIIème siècle.

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Toujours est-il que la francophonie a une plus grande portée que la langue. La francophonie se traduit par de larges horizons englobant la question universelle. L’homme francophone, l’homme d’aujourd’hui repousse les offensives de la mondialisation matérialiste. Un homme non français a commencé à dessiner ces horizons. Un Africain dans une ligue africaine ayant lancé des appels successifs. Tantôt individuels et, tantôt, ayant un cachet officiel, aux fins de rassembler ceux qui s’expriment dans la langue de Hugo et de Lamartine.
Cet Africain que les Francophones n’oublient pas, est Léopold Sédar Senghor. Le jour où il a parlé pour la première fois du sujet de la francophonie en 1955, il était secrétaire d’Etat, au temps où l’Union culturelle française a tenu son premier congrès à Versailles; ce jour-là, il a parlé d’un groupe de peuples s’exprimant en français.
Devenu chef de l’Etat au Sénégal, il est resté fidèle à la francophonie. Il a écrit au mois d’août 1975, au président de la République française, proposant une rencontre des Etats de l’Union culturelle, à l’échelon des chefs d’Etat, cette fois. Valéry Giscard d’Estaing a donné son accord, en suggérant l’élargissement des horizons de la rencontre de Versailles de 1955, la Francophonie ne devant pas se limiter aux questions culturelles et techniques.
Dans cette optique, le premier sommet a tenu ses assises à Paris, du 17 au 19 février 1986.
Le second sommet a eu lieu dans la même optique, au Québec du 2 au 4 septembre 1987, François Mitterrand étant président de la République française. Le sommet du Québec a condamné la discrimination raciale et affirmé le droit du Palestinien de décider de son sort. Il a œuvré en vue d’exempter les pays en difficulté de leurs dettes contractées auprès des pays riches, dans une tentative de cerner le conflit permanent entre le Nord et le Sud. Au Liban, nous avions souhaité que notre part de ce sommet, le Liban étant sous le poids de la crise militaire, financière et économique, débouchât sur plus que la création d’un fonds d’aide autonome.
Le passé colonialiste était présent, bien que les Etats, spécialement africains, aient obtenu leur indépendance. La misère économique demeure présente, aussi; elle empire et augmente, en plus de crises aiguës difficiles à régler!

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Au nom du Liban, bienvenue à la francophonie dans nos murs. Bienvenue au président Jacques Chirac qui regarde avec rationalité les problèmes de cet Orient, spécialement la situation au Liban, à laquelle il accorde la priorité dans ses préoccupations. Bienvenue, aussi, à tous les éminents participants à ces assises.
La francophonie avec toutes ses sources et le président français sont, tous deux, dans le pays de l’homme, comme je l’ai dit au début. Et la francophonie, chez nous, est dans le pays de l’ouverture intellectuelle, à commencer par la langue, la France étant parvenue à l’étape de la néologie, donc de la formulation de nouvelles expressions qu’elle introduit dans son lexique, à partir de la langue comme moyen d’expression, pour parvenir aux cultures et aux civilisations... dans lesquelles nous avons toujours eu un rôle d’avant-garde, toutes les épreuves que nous avons subies ne nous l’ayant pas fait oublier.
Ces épreuves nous ont appris à nous attacher davantage aux grands principes, les principes de la liberté, de la démocratie et des droits de l’homme, tous ses droits, spécialement son droit à la sécurité. Elles nous ont, également, appris que le sauvetage des civilisations réside dans leur empêchement de s’entrechoquer, car la complémentarité civilisatrice édifie une communauté internationale méritant une vie digne, protégeant le droit des peuples de décider de leur sort et garantissant la paix et la sécurité à tous dans un monde que nous voulons, nous Libanais affiliés à la francophonie, comme la patrie du bien-être de l’homme et de la paix.

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