| En présence
des représentants de Lahoud, Berri et Hariri Émouvantes obsèques à Michel Misk à Notre-Dame des Anges |
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| D’émouvantes obsèques ont été faites lundi en l’église Notre-Dame des Anges, à Badaro, à notre regretté confrère, Michel Misk, directeur général de “La Revue du Liban”, en présence de MM. Ghazi Aridy, ministre de l’Information; Antoine Haddad, député du Metn et Ghassan Salamé, ministre de la Culture, représentant respectivement les chefs de l’Etat, du Législatif et du gouvernement. Aux côtés des membres de la famille, avaient pris place MM. Mohamed Baalbaki et Melhem Karam, présidents des Ordres de la Presse et des journalistes; Me Raymond Chédid, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Beyrouth; MM. Edmond Rizk et Michel Eddé, anciens ministres; Fouad Turk, Choucri Abboud et Farid Samaha, ambassadeurs; Alexis Le Cour Grandmaison, deuxième conseiller et François Abi-Saab, conseiller à l’ambassade de France; Khalil Karam, secrétaire général de la Ligue maronite. On notait parmi la nombreuse assistance, de nombreux journalistes et hommes de lettres, venus témoigner par leur présence l’affection et l’estime qu’ils vouaient au disparu.
Après la lecture de l’Evangile, le R.P. Nidal Abou-Rjeily
a, dans son oraison funèbre, énuméré les qualités
du défunt, combien multiples, lui qui l’a si bien connu,
croyant en Dieu et en ses préceptes. “La presse libanaise,
dit-il, perd en Michel Misk un homme de culture qui n’a œuvré
que pour servir la parole et l’homme”.
KARAM: IL S’EST FAIT LUI-MÊME JOURNALISTE
“Chaque fois qu’il écrivait un article, c’est
un parfum savoureux qu’il vaporisait sur ses lecteurs. Il avait
pétri ses mots de baume. Dans les contemplations de Michel Misk,
un vieux vin bonifié...
ARIDY: UN DÉFENSEUR DE LA LIBERTÉ
“La décoration que nous lui remettons aujourd’hui,
au nom du président de la République, vient s’ajouter
aux nombreuses autres décernées au grand disparu, qui fut
lui-même une décoration, dont s’enorgueillit la presse
libanaise, celle de l’honneur et du dévouement, lui qui incarnait
le courage et la bravoure et qui fut l’un des grands noms de la
profession journalistique, celle de la mission et du message sincère,
honnête et engagé pour un Liban unique et unifié,
celui de la liberté”. |
| Mes 54 ans à “La Revue du Liban”* |
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Les frères Maklouf qui avaient repris en 1941, à Beyrouth,
la publication de “La Revue du Liban et de l’Orient Méditerranéen”,
après l’avoir fait paraître à Paris de 1928
à 1940, jusqu’à l’entrée des Allemands
dans la capitale française, réussirent à former une
excellente équipe qui comptait entre autres: Nabih Abi Zeid, Victor
Hakim, Philippe Safa, Edmond Saad, Camille Aboussouan, Edouard Bassil,
Jean Diab, Maurice Sacre, Vahé Katcha, José Chidiac, Jamil
Jabre, René Aggiouri, Albert Nad, Marc-Henri Mainguy, avant que
ne les rejoignent Aurore Ougour, Evelyne Massoud, Mary Azoury, Samia Abboud,
Sonia Nigolian, Christiane Saleh, René Najjar, Georges Baz, Henri
et Farid Moukheiber, Georges Vigny, Jean Wolf, Claire Gebeyli, Josiane
Aoun, Luc Norin, Agnès de Reuil et l’extraordinaire Gregor,
l’“homme au Monocle” chargé de la rubrique des
spectacles. * Ce témoignage a été publié en 1998 dans le numéro hors série, spécial 70 ans de “La Revue du Liban”. |
| Michel Misk, le plus cher des partants! |
| Par
Melhem KARAM |
| Michel Misk et “La Revue du Liban” sont des jumeaux. Ils ont cohabité depuis qu’elle paraissait de la rue Maarad, sous la direction d’Emile et d’Ibrahim Maklouf. Dans deux salles où personne ne pouvait imaginer que la première revue francophone pouvait y être éditée. En ce temps, tous les journaux et les périodiques occupaient des
locaux modestes, sans que cela affecte la qualité de la production.
A l’époque, “La Revue du Liban” se mesurait au
nombre de ses lignes et non de ses pages. La nouvelle était sociale;
la nouvelle et l’image y étaient imprimées. Et cette
qualité de nouvelles n’étaient considérées
avoir été publiées, si elles ne figuraient pas dans
les pages élégantes de cet hebdomadaire portant les couleurs
de la jeunesse et de tous les âges. |
| Adieu Monsieur Misk |
| Le Monsieur Misk que le public connaissait et appréciait était semblable à celui que nous avions la chance de côtoyer au quotidien, l’affection paternelle en moins. C’était un homme bon et dévoué, pieux, à l’écoute et au service d’autrui. Il était un père spirituel pour nous tous. Cet être estimé, aimé, fut de tous les combats ;
jour et nuit, sa permanence était la même, son enthousiasme
intact. Sa conscience professionnelle et son abnégation à
toute épreuve, forçaient le respect. Lorsque j’étais
enfant, mon père avait l’habitude de m’emmener chez
Monsieur Misk qui me proposait des bonbons et autres douceurs en m’appelant
affectueusement “Habboub”. Plus tard, notre collaboration
s’est rapidement muée en amitié et en déférence
face à cette éminente figure du journalisme. Il aimait jalousement
“La Revue du Liban” avec son grand format. Lorsque cette dame
qu’il avait accompagnée toute sa vie durant, s’est
refaite une cure de jouvence, Monsieur Misk a acquiescé et son
dévouement ne s’est aucunement amoindri. Toujours impeccable,
il rechignait à me voir avec une barbe de trois jours et me pressait
de faire disparaître cette négligence. Votre dynamisme, votre
humour, vos coups de gueule nous manquent, cher Monsieur Misk. |
| En guise d’adieu à un confrère ami |
| En apprenant la mauvaise nouvelle avec beaucoup d’affliction, cette pensée de L. Wright m’est venue à l’esprit: “Ainsi que le vieux bois convient mieux pour brûler; de vieux livres pour lire et de vieux vins pour boire; de même, il est préférable d’avoir de vieux amis”. D’ailleurs, l’adage ne dit-il pas: “Conserve tes
anciennes connaissances; les nouvelles ne durent pas?” “Heureux, tu compteras des amitiés sans nombre Mais, adieu les amis, si le temps devient sombre” Ponsard Quand nous avons fait connaissance, il y a plus de quarante ans dans
les anciens locaux de “La Revue du Liban”, sis à la
rue Allenby, il y a eu entre nous une période de flottement où
la méfiance a marqué nos rapports. J’ai mis du temps
pour gagner la confiance de ce confrère à l’abord
réservé, voire froid et distant, qui ne nouait pas ses amitiés
à la légère. |
| La distinction faite homme |
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Timide de nature, discret et modeste, Michel Misk évitait sciemment
les feux de la rampe. |
| Le seul repos d’un forcené du travail |
| Tout au long des quarante-trois années d’étroite collaboration avec Michel Misk, j’ai été frappé par deux traits prédominants de sa personnalité attachante: son obstination au travail et son total dévouement aux autres, à travers une serviabilité jamais démentie. Homme de grand cœur, il avait la solide réputation de ne jamais dire “non” à quiconque le sollicitait. Travailleur inlassable aux grandes ressources physiques, il abattait
quotidiennement ses douze heures d’affilée à l’ouvrage
(en déjeunant au bureau), sans se départir de son amabilité
et de cette courtoisie qui caractérise les belles âmes. Il
était de la trempe de ces êtres que l’on qualifie de
“parfaits honnêtes hommes” et dont l’espèce
se raréfie de nos jours. |
| Une présence généreuse |
| Avec Michel Misk, c’est tout un pan de notre vie et de celle du Liban qui s’en va. Haute taille, regard bienveillant, éternellement rivé à son fauteuil, dans son bureau transformé en salle de rédaction, petit salon, voire un confessionnal, il s’était taillé un monde dans son propre monde pour y distribuer un peu de bonheur. Il était si facile de l’avoir au bout du fil parce qu’il
était là, présent du matin au soir, même aux
heures les plus sombres de la guerre; d’une conscience professionnelle,
d’une endurance au travail inouïes, toujours prêt à
écouter, réconforter, se rendre utile. |
| Il fait un temps d’absence... |
| Aujourd’hui Michel, malgré tout le mal que je ressens, je suis entrée dans votre bureau, si triste sans vous, si froid. Dehors, il pleut. Une petite pluie têtue, la même que celle
du jour où tu es parti. |
| Nous ne vous oublierons jamais |
| Effondrée par la grande tristesse de votre disparition, les mots me manquent pour exprimer toute ma peine, ma douleur et ma gratitude envers vous. Dans ma vie professionnelle, vous avez été le guide éclairé,
l’orientateur, le père spirituel; alors que j’étais
en première année de Sciences politiques à l’U.S.J.,
vos articles dans “La Revue du Liban” m’ont fascinée
et poussée à aller sonner à votre porte dans les
locaux de la Revue à la rue Allenby. Vous m’avez engagée
pour la rubrique de la page universitaire et depuis, “La Revue du
Liban” est devenue ma seconde famille et vous le père que
j’avais hélas! prématurément perdu. |
| Très cher Michel |
| Tu n’es plus. Les mots me manquent pour dire la douleur qui m’habite. Tu as si longtemps fait partie de ma vie sur le double plan familial et professionnel. Enfant, je t’ai connu comme ami de la famille. Adulte, je t’ai connu à titre de directeur général de “La Revue du Liban”, à travers une collaboration qui dure depuis trente ans. Doué, tout d’abord, d’un “Cœur”;
puis, d’une intelligence, d’une force de caractère
et, surtout, d’une intégrité morale à toute
épreuve, tu forçais l’admiration non seulement de
tes collaborateurs mais, aussi, de tous ceux qui t’ont connu. |
![]() MM. Jean Diab, Edouard Bassil, Mme Suzanne Chédid, M. Melhem Karam, le président Elias Sarkis, M. Michel Misk, Mme Evelyne Massoud et M. Dikran Tosbath. |
| Fière d’être votre disciple |
| Vous rendre hommage me semble être soudain
si difficile. Moi qui ai la plume si légère pour mettre
en valeur les hommes et leurs actes, voilà que mon encre tarit
quand il s’agit de vous. |
![]() M. Michel Misk en compagnie du président Amine Gemayel |
| Rien que des amis! |
| Depuis mon entrée à “La Revue” et depuis plus de cinquante ans auparavant, vous étiez déjà là, assis derrière votre bureau encombré et sembliez ne devoir jamais le quitter. Je dirais l’abandonner. Car ce bureau où vous habitiez pratiquement c’était
un peu votre foyer; “La Revue”, votre compagne adorée
et nous tous vos enfants... qui vous pleurons aujourd’hui. |
![]() M. Michel Misk en compagnie du président Elias Hraoui |
| Adieu cher oncle |
| C’est avec une très profonde tristesse
que je me tiens à tes côtés, ayant déjà
vu partir tous ceux que j’ai aimés depuis mon âge le
plus tendre. |
![]() M. Michel Misk en compagnie du président Jacques Chirac |
| Tel un bénédictin dans sa cellule |
| Il est étrange que ce soit au moment de
leur départ que certains êtres se révèlent
à nous dans toute leur vérité. |
![]() M. Michel Misk en compagnie du président Carlos Menem |
| Pour un grand-père extraordinaire |
| Cher Papisso, je ne sais quoi dire, tu étais mon plus grand trésor. Quand tu es tombé malade, j’étais complètement perdue, je n’avais plus de repères. Tu me manques terriblement. Ta petite-fille qui t’adore |
| Article paru dans "La
Revue du Liban" N° 3882 - Du 1er Au 8 Février 2003 |
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