En présence des représentants de Lahoud, Berri et Hariri
Émouvantes obsèques à Michel Misk à Notre-Dame des Anges

D’émouvantes obsèques ont été faites lundi en l’église Notre-Dame des Anges, à Badaro, à notre regretté confrère, Michel Misk, directeur général de “La Revue du Liban”, en présence de MM. Ghazi Aridy, ministre de l’Information; Antoine Haddad, député du Metn et Ghassan Salamé, ministre de la Culture, représentant respectivement les chefs de l’Etat, du Législatif et du gouvernement. Aux côtés des membres de la famille, avaient pris place MM. Mohamed Baalbaki et Melhem Karam, présidents des Ordres de la Presse et des journalistes; Me Raymond Chédid, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Beyrouth; MM. Edmond Rizk et Michel Eddé, anciens ministres; Fouad Turk, Choucri Abboud et Farid Samaha, ambassadeurs; Alexis Le Cour Grandmaison, deuxième conseiller et François Abi-Saab, conseiller à l’ambassade de France; Khalil Karam, secrétaire général de la Ligue maronite. On notait parmi la nombreuse assistance, de nombreux journalistes et hommes de lettres, venus témoigner par leur présence l’affection et l’estime qu’ils vouaient au disparu.


M. Ghazi Aridy posant sur le catafalque la médaille d’or du Mérite libanais.
 
Au premier rang: MM. Aridy, Haddad et Salamé, représentant les présidents
de la République, de la Chambre et du Conseil.

Après la lecture de l’Evangile, le R.P. Nidal Abou-Rjeily a, dans son oraison funèbre, énuméré les qualités du défunt, combien multiples, lui qui l’a si bien connu, croyant en Dieu et en ses préceptes. “La presse libanaise, dit-il, perd en Michel Misk un homme de culture qui n’a œuvré que pour servir la parole et l’homme”.
Ont suivi, les témoignages affectueux de sa petite-fille, Caline Morcos et de sa nièce Michèle Doumit, avant de laisser la place à M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes qui a prononcé un mot de circonstance.


M. Melhem Karam évoquant les qualités du défunt.
 
Caline Morcos rendant un dernier hommage à son grand-père.

KARAM: IL S’EST FAIT LUI-MÊME JOURNALISTE
“Je remercie, au nom de la presse libanaise et au nom du président de l’Ordre de la Presse, comme en mon nom propre et au nom de la grande famille de “La Revue du Liban”, le président de la République libanaise, le général Emile Lahoud, de l’Ordre du mérite libanais, distinction la plus haute jusqu’à ce jour décernée à Michel Misk.
“Libre, indépendant, enchaîne-t-il, il ne s’est réclamé d’aucune école. Il s’est érigé en journaliste et a porté la parole au bout de la plume. Que puis-je dire de lui? Je ne le revois que pressant le pas comme qui courait, éternellement, derrière le temps pour tenter de le ralentir. Il est entré dans le métier comme un vainqueur, ce métier qui, pour lui, avait l’urgence d’une passion et l’appel d’une vocation...


Le R.P. Nidal Abou-Rjeili prononçant l’oraison funèbre.
 
MM. Michel Eddé, Khalil Karam
et Farid Samaha.

“Chaque fois qu’il écrivait un article, c’est un parfum savoureux qu’il vaporisait sur ses lecteurs. Il avait pétri ses mots de baume. Dans les contemplations de Michel Misk, un vieux vin bonifié...
“Cher Michel, ta famille et nous demeurerons ensemble comme tu l’as voulu: une seule et unique famille, solidaire et forte qui se retrouve avec chaque lever de soleil et qui, avec chaque coucher de soleil, te retrouvera dans tout battement de cœur, dans toute renaissance et œuvre édifiante. Tu resteras avec tous ceux qui t’ont connu et aimé, nous indiquant la voie et les vents continueront à te porter pour mieux te semer”...


MM. Henri Michel Misk, Antoine, Nicolas et Elie Mario Comati.
 
Caline et Rami Morcos, M. Melhem Karam et Mme Perle Morcos.

ARIDY: UN DÉFENSEUR DE LA LIBERTÉ
M. Aridy a, ensuite, épinglé les insignes de la décoration sur le catafalque, avant de déclarer: “Nous faisons aujourd’hui, nos adieux à un collègue qui nous est cher et à un grand défenseur de la liberté et de la parole sincère, au Liban. Michel Misk, nous l’avons connu de loin et avons longtemps observé la longue traversée de sa vie et de son combat. Il fut un père et un frère pour ses collègues, tout comme pour ses enfants et petits-enfants. Il a écrit, commenté, critiqué mais était pondéré, paisible et sincère dans tout ce qu’il a écrit ou dit, afin que “La Revue du Liban” demeure, dans son sens journalistique, politique et historique, une image lumineuse de l’Histoire du Liban moderne. Il a ainsi jeté les fondements d’un avenir dans lequel son apport constitue, par rapport à nous, une relique dont nous puisons force et savoir, un espoir et une école qui nous apprend beaucoup.


MM. Khattar Hadathi
et François Abi-Saab.

MM. Fouad Turk,
Choucri Abboud
et Alexis Le Cour Grandmaison.

M. Edmond Rizk.

“La décoration que nous lui remettons aujourd’hui, au nom du président de la République, vient s’ajouter aux nombreuses autres décernées au grand disparu, qui fut lui-même une décoration, dont s’enorgueillit la presse libanaise, celle de l’honneur et du dévouement, lui qui incarnait le courage et la bravoure et qui fut l’un des grands noms de la profession journalistique, celle de la mission et du message sincère, honnête et engagé pour un Liban unique et unifié, celui de la liberté”.
Les présidents des Ordres de la Presse et des journalistes ont, ensuite, reçu les condoléances aux côtés de la famille du défunt, avant que Michel Misk aille rejoindre les siens, qui l’ont précédé auprès du Seigneur, dans le caveau familial, à Fanar.


Mes 54 ans à “La Revue du Liban”*

Je ne peux évoquer mes 54 ans à “La Revue du Liban” sans rappeler comment j’ai fait mes débuts dans la Presse. C’était en 1943 et encouragé par un ami d’enfance qui travaillait à l’Imprimerie Catholique, je décidai de lâcher le service des Finances de la Délégation Générale de la France Libre au Levant où j’occupai un très bon poste, avant de passer à l’Imprimerie Catholique - une des plus anciennes et des plus réputées du Liban - où je pris le département des éditions françaises. C’est là que je fis la connaissance des frères Ibrahim et Emile Maklouf, fondateurs de “La Revue du Liban” qui y imprimaient leur publication. Le travail me plut et je ne tardai pas à leur donner un coup de main. Mais ici il me faut m’arrêter pour évoquer un souvenir. C’est à Kfour, localité d’estivage du Kesrouan, que je rencontrai Emile Maklouf pour la première fois. Il fit sur le jeune garçonnet en culottes courtes, que j’étais, une impression formidable. C’est en se rendant à Ghiné, autre localité du Kesrouan pour visiter la stèle d’Adonis qu’il s’était arrêté pour quelques heures à Kfour.

Les frères Maklouf qui avaient repris en 1941, à Beyrouth, la publication de “La Revue du Liban et de l’Orient Méditerranéen”, après l’avoir fait paraître à Paris de 1928 à 1940, jusqu’à l’entrée des Allemands dans la capitale française, réussirent à former une excellente équipe qui comptait entre autres: Nabih Abi Zeid, Victor Hakim, Philippe Safa, Edmond Saad, Camille Aboussouan, Edouard Bassil, Jean Diab, Maurice Sacre, Vahé Katcha, José Chidiac, Jamil Jabre, René Aggiouri, Albert Nad, Marc-Henri Mainguy, avant que ne les rejoignent Aurore Ougour, Evelyne Massoud, Mary Azoury, Samia Abboud, Sonia Nigolian, Christiane Saleh, René Najjar, Georges Baz, Henri et Farid Moukheiber, Georges Vigny, Jean Wolf, Claire Gebeyli, Josiane Aoun, Luc Norin, Agnès de Reuil et l’extraordinaire Gregor, l’“homme au Monocle” chargé de la rubrique des spectacles.
Ibrahim et Emile Maklouf ne tardèrent pas à remplacer les écrivains, les hommes de lettres et critiques français, auxquels le gouvernement français, dans les premières années du mandat, avait demandé de collaborer à “La Revue du Liban”. Après avoir quitté Paris, les frères Maklouf, travaillant d’arrache-pied surent donner à leur publication, la première en langue française à adopter la formule illustrée, une place de choix.
En quelques années, grâce à ses collaborateurs, son éclectisme, à l’abondance de ses rubriques “La Revue du Liban” devint l’hebdomadaire le plus lu, non seulement au Liban, mais dans tout le Proche-Orient.
Dès le début, Ibrahim et Emile Maklouf voulurent que “La Revue du Liban” soit un trait d’union entre la mère-patrie et ses nombreux fils établis partout dans le monde.
Toutes les revues en langue française qui ont paru à Beyrouth après “La Revue du Liban” adoptèrent la formule qui avait fait son succès.
Ses rubriques de politique locale et étrangère étaient régulièrement suivies par ses lecteurs. Elle était devenue le reflet de l’actualité libanaise et internationale de la semaine. Pas un événement important se déroulant dans les cinq continents n’y trouvait son écho.
En arrivant à Beyrouth en 1940, les frères Maklouf, comme à leurs débuts à Paris en 1928, se sont trouvés sans argent, sans bureaux, sans imprimerie et sans collaborateurs. La chance devait leur tendre la main. Elle se présenta en la personne de Georges Naccache, le brillant directeur propriétaire du journal “L’Orient” qui mit à leur disposition - il connaissait de longue date “La Revue du Liban” - son imprimerie, un bureau et du papier.
Et c’est ainsi que le 1er septembre 1941 reparaissait à Beyrouth “La Revue du Liban”.
Quelques mois plus tard, Ibrahim et Emile Maklouf établirent leurs bureaux dans un local face à l’escalier menant à l’esplanade du Grand Sérail. Ces bureaux devinrent rapidement le lieu de rendez-vous des journalistes, des hommes de lettres, des artistes et des intellectuels.
“La Revue du Liban” ne tarda pas à emménager dans les bureaux d’“Al-Maarad” de Michel Zaccour en plein centre de Beyrouth dans une artère commerciale, la rue Allenby, qu’elle n’abandonna qu’en mars 1976, en pleins événements, le jour, du coup de force du général Aziz Ahdab.
Le matériel équipant l’imprimerie d’“Al Maarad” étant relativement caduc, les frères Maklouf se virent obligés de le moderniser. A l’atelier de composition à la main, succéda une linotype et sur cette unique machine, “La Revue du Liban” composait des numéros de 96, 100, 116, 120, 124 et parfois 216 et 240 pages.
Je voudrais rappeler l’étonnement d’un chef d’atelier de composition quand au cours d’une visite que j’effectuais, en 1963, à une grande maison d’édition berlinoise Ulstein, je lui relevai que “La Revue du Liban” était composée sur une unique linotype!
Les mondanités dont les Libanais sont très friands avaient leur place dans “La Revue du Liban”. D’ailleurs, elle fut la première à publier des photos de cérémonies de mariages, fiançailles et réceptions.
Les accords passés avec de grandes agences de presse internationale ont permis à ses propriétaires d’être toujours à la pointe de l’actualité. Les événements locaux importants occupaient plusieurs pages. La ligne de conduite en matière politique des frères Maklouf faisait qu’ils n’avaient pas d’ennemis. Ils ont toujours été pour le gouvernement ne manquant pas, quand le cas se présentait, de lui signaler ses erreurs.
Toutes les personnalités de passage au Liban, du monde politique, culturel, social, les vedettes du théâtre et du cinéma se faisaient un devoir de visiter “La Revue du Liban”. Parmi elles, Pierre Benoît, l’auteur de “La Châtelaine du Liban” qui passa plus de deux heures avec Ibrahim et Emile Maklouf en évoquant des souvenirs de Paris.
Les chefs du gouvernement successifs, eux aussi, passaient dans les bureaux de “La Revue du Liban” en faisant avec son directeur des tours d’horizon. La variété des rubriques assurées par le premier hebdomadaire en langue française paraissant à Beyrouth, devait lui valoir une assiduité de lecteurs étrangers établis au Liban ou de passage dans notre pays. Les interviews d’acteurs ayant joué dans les pièces présentées à Beyrouth ou celles de chanteurs et chanteuses s’étant produits dans des night-clubs contribuèrent largement au succès de “La Revue du Liban.”
En 1953, l’élection de Miss Liban au Casino Piscine d’Aley qui vit le succès d’une ravissante Libanaise du Brésil, Norma Misk, venue pour la première fois dans la patrie de son père, eut un profond retentissement. “La Revue du Liban” avait contribué grandement à la réussite de cette manifestation.
L’inauguration en 1959 du Casino du Liban à Maameltein attira une foule de touristes enchantés par la vue merveilleuse qu’offrait la baie de Jounieh. Durant quatre années consécutives, les plus belles filles d’Europe sont venues à Maameltein pour l’élection de Miss Europe. La large place que “La Revue du Liban” accorda à ces manifestations et les interviews recueillies par ses collaborateurs et collaboratrices, à côté des comptes rendus de reporters de la Presse internationale ajouta un lustre pour le Tourisme libanais.
Au cours de 1969, Emile Maklouf ressentit les symptômes du mal qui devait l’emporter. Infatigable au travail, il ne voulut prendre aucun repos allant même jusqu’à accepter l’invitation à trois voyages dont le dernier pour la Quinzaine libanaise de Bruxelles. Souffrant de migraines et d’insomnies qu’il attribuait au surmenage intellectuel et physique, il décida, à sa rentrée de Belgique, d’appeler le Professeur Anis Makhlouf, son parent et médecin personnel.
A Bruxelles, après la soirée inaugurale de la Quinzaine libanaise, il fut conduit à un célèbre laboratoire pour y subir des examens complets. Mais les résultats qui furent directement envoyés à Beyrouth, révélèrent un cancer du poumon nécessitant une intervention chirurgicale. Emile Maklouf demanda à ses médecins de retarder l’opération, car il tenait absolument à terminer le numéro de Noël - on était déjà en décembre - mais l’opération eut lieu. Il put être transporté, à sa demande, à son appartement d’où il avait une vue magnifique sur la mer et la montagne. Quelques jours plus tard, on dut le ramener pour une trachéotomie à l’hôpital où il rendit le dernier soupir le 16 décembre 1969.
Sa mort fut vivement ressentie dans toute la Presse libanaise qui vanta dans ses pages encadrées de noir, le grand journaliste et l’ardent patriote que perdait notre pays.
A “La Revue du Liban” ce fut la désolation. Toute l’équipe: collaborateurs, personnel administratif et ouvriers étaient effondrés.
Réunis autour d’Ibrahim Maklouf dont le malheur faisait pitié, tous jurèrent de continuer l’œuvre pour laquelle Emile Maklouf donna sa vie.
Emile Maklouf mort, le numéro de Noël auquel il tenait tant, parut à temps avec seize pages réalisées en un temps record qui lui étaient consacrées. Avec un extraordinaire courage, Ibrahim Maklouf prit la direction de “La Revue du Liban” en me désignant rédacteur en chef. Quand en 1973 apparurent les premiers nuages devant assombrir le ciel libanais, “La Revue du Liban” avait atteint une période d’or.
La publicité était devenue tellement importante que nos annonceurs se disputaient nos pages. Le nombre des lecteurs augmentait graduellement et de tous les pays nous parvenaient des lettres de félicitations qui constituaient pour nous un motif de fierté.
Mais Israël ne devait pas tarder à détruire notre flotte aérienne commerciale en bombardant l’aéroport de Beyrouth et en créant un climat peu encourageant pour notre secteur commercial et économique.
Quand, en 1975, survint l’incident de Aïn El-Remmaneh qui mit le feu aux poudres et que les tirs à travers les rues de Beyrouth commencèrent à faire des victimes et des dégâts, il y eut un très net ralentissement dans la vie économique et “La Revue du Liban” commença à voir ses recettes baisser. Pour nous commença alors une période difficile. En 1976, nos bureaux de la rue Allenby, comme beaucoup d’autres établissements de la zone commerciale de Beyrouth, furent saccagés et brûlés. Nos archives et notre photothèque remontant à la Première Guerre mondiale, à la période du Mandat et aux premières années de l’indépendance du Liban disparurent entièrement. Entre-temps, “La Revue du Liban” avait changé de propriétaire et c’est M. Melhem Karam, l’actuel président de l’Ordre des journalistes libanais qui en fit l’acquisition.
Le travail continua et au prix de gigantesques efforts, avec le dévouement de notre équipe rédactionnelle et technique nous pûmes, chaque semaine, donner à nos lecteurs un fidèle compte rendu des événements dont le Liban était le théâtre, sans négliger l’apport de l’actualité étrangère.
Des reportages sur la vie à Beyrouth et dans les principales localités étaient publiés. Nos photographes nous rapportaient, souvent au péril de leur vie, des photos saisissantes des combats et des destructions.
Beyrouth ne tarda pas à se diviser en deux zones distinctes: Beyrouth-Est et Beyrouth-Ouest. Le passage d’une zone à l’autre ne se faisait pas sans danger.
Plusieurs de nos confrères y trouvèrent la mort. Pour notre équipe de rédacteurs et d’ouvriers, se rendre à leur lieu de travail présentait des risques considérables, ils les affrontèrent avec un dévouement admirable. Mais au plus fort de la lutte entre l’Armée d’un côté et les Forces libanaises de l’autre, quand il n’était plus possible de quitter son chez-soi, au risque de perdre la vie, notre hebdomadaire cessa de paraître durant quarante jours.
Ce fut le seul arrêt, d’avril 1975 à octobre 1990 que “La Revue du Liban” s’imposa.
Dix-sept ans après la mort de son frère Emile, Ibrahim Maklouf quittait ce monde après avoir donné le meilleur de lui-même pour faire de “La Revue du Liban” un trait d’union entre la mère-patrie et le Liban d’outre-mer et un lien entre l’Orient et l’Occident.
Ibrahim Maklouf est mort dans l’oubli. Cet homme qui maniait parfaitement la langue française eut la satisfaction, avant de disparaître, d’être fait Chevalier de la Légion d’honneur par le président Giscard d’Estaing et c’est l’ambassadeur de France Louis Delamare, lâchement assassiné à Beyrouth, qui devait la lui remettre au cours d’une réception qui s’est déroulée dans les locaux de “La Revue du Liban” en présence du président Chamoun, de MM. Pierre Gemayel, Fouad Boutros, Bachir Gemayel, de plusieurs personnalités du monde intellectuel et de la presse.
Plus de quarante ans de “compagnonnage” avec Ibrahim Maklouf m’ont permis de bien connaître cet homme, d’apprécier son large esprit et ses qualités qui lui valurent l’estime de tous ceux qui collaborèrent avec lui.
Son souvenir reste vivace dans nos cœurs.
La remarquable ascension que connut “La Revue du Liban” entre 1957 et 1976 devait, malheureusement, être stoppée par les douloureux événements dont notre pays a été le théâtre.
Ayant changé de propriétaire, “La Revue du Liban” acquise par M. Melhem Karam de M. Ibrahim Maklouf, a fait sous l’impulsion de M. Karam, président de l’Ordre des journalistes du Liban, un grand pas en avant. Elle est devenue une des revues en langue française les plus demandées tant au Liban qu’au Proche-Orient et dans tous les pays où sont établis des émigrés libanais.
Je ne terminerai pas cette évocation de 54 ans de journalisme, sans rendre un hommage ému à Ibrahim et Emile Maklouf qui, avec leur patriotisme et leur cœur, d’abord en France; puis au Liban, ont contribué à placer “La Revue du Liban” dans le peloton de tête de la Presse libanaise.

* Ce témoignage a été publié en 1998 dans le numéro hors série, spécial 70 ans de “La Revue du Liban”.

Michel Misk

Michel Misk, le plus cher des partants!
Par Melhem KARAM

Michel Misk et “La Revue du Liban” sont des jumeaux. Ils ont cohabité depuis qu’elle paraissait de la rue Maarad, sous la direction d’Emile et d’Ibrahim Maklouf. Dans deux salles où personne ne pouvait imaginer que la première revue francophone pouvait y être éditée.

En ce temps, tous les journaux et les périodiques occupaient des locaux modestes, sans que cela affecte la qualité de la production. A l’époque, “La Revue du Liban” se mesurait au nombre de ses lignes et non de ses pages. La nouvelle était sociale; la nouvelle et l’image y étaient imprimées. Et cette qualité de nouvelles n’étaient considérées avoir été publiées, si elles ne figuraient pas dans les pages élégantes de cet hebdomadaire portant les couleurs de la jeunesse et de tous les âges.
La ligne à “La Revue du Liban” avait sa valeur. Que serait-ce de la photo! Les frères Maklouf tenaient à contrôler chaque ligne, aucun texte n’étant envoyé à la composition et à l’imprimerie, s’il ne portait pas le paraphe des deux Maklouf... ou l’approbation de Michel Misk.
Lui était là, actif et efficace. Assis derrière un petit bureau, il produisait grand, mais sans sortir du giron des Maklouf.
Le jour où “La Revue du Liban” a fait partie de “Dar Alf Leila Wa Leila”, Michel Misk est resté derrière son bureau, en exerçant une supervision plus large qu’au temps de la revue, à la rue Maarad.
Il supervisait la rédaction et l’exécution, naturellement, en se conformant à la politique de l’hebdomadaire qui est resté le premier périodique francophone, en couvrant l’actualité avec une vision plus vaste de la politique, sans perdre son cachet social qui lui a assuré une large diffusion.
Certains noms cohabitent avec les institutions jusqu’à en faire partie. “L’Express” parisienne a perdu depuis longtemps beaucoup de choses, avec le départ de Françoise Giroud et avant son décès. Et, également, avec l’absence de Jean-Jacques Servan- Schreiber. Il est vrai que Raymond Aaron... et, dans une étape déterminée, Jean-François Revel, ont trouvé une place de choix dans l’hebdomadaire, mais celui-ci est resté, en son temps, aux deux fondateurs.
“Le Figaro” a été connu alors que Pierre Gaxotte s’y trouvait, ainsi qu’Alfred Fabre-Luce, Paul Marie de la Gorse et Annie Crevel. A tel point, que leur départ a fait ressentir aux lecteurs quelque chose de l’amertume de la séparation.
Quelque chose de cette amertume est maintenant ressentie avec le départ de Michel Misk, le rédacteur rassembleur, le superviseur jouissant d’un goût raffiné qui persistait à déployer des efforts incessants jusqu’à la parution du numéro dont il était le premier à tourner les pages.
Michel Misk est une grande perte. Notre destin est de lui rester fidèle, nous rappelant en permanence son effort bénéfique et sincère, pour que “La Revue du Liban” demeure en pleine vitalité avec le lendemain ouvert sur les défis, poussant les éléments valables à l’avant-scène et négligeant les éléments inactifs.


Adieu Monsieur Misk

Le Monsieur Misk que le public connaissait et appréciait était semblable à celui que nous avions la chance de côtoyer au quotidien, l’affection paternelle en moins. C’était un homme bon et dévoué, pieux, à l’écoute et au service d’autrui. Il était un père spirituel pour nous tous.

Cet être estimé, aimé, fut de tous les combats ; jour et nuit, sa permanence était la même, son enthousiasme intact. Sa conscience professionnelle et son abnégation à toute épreuve, forçaient le respect. Lorsque j’étais enfant, mon père avait l’habitude de m’emmener chez Monsieur Misk qui me proposait des bonbons et autres douceurs en m’appelant affectueusement “Habboub”. Plus tard, notre collaboration s’est rapidement muée en amitié et en déférence face à cette éminente figure du journalisme. Il aimait jalousement “La Revue du Liban” avec son grand format. Lorsque cette dame qu’il avait accompagnée toute sa vie durant, s’est refaite une cure de jouvence, Monsieur Misk a acquiescé et son dévouement ne s’est aucunement amoindri. Toujours impeccable, il rechignait à me voir avec une barbe de trois jours et me pressait de faire disparaître cette négligence. Votre dynamisme, votre humour, vos coups de gueule nous manquent, cher Monsieur Misk.
Michel Misk était un des piliers de “La Revue du Liban”, son nom était d’ailleurs associé à notre institution. C’est plus qu’un directeur que nous perdons aujourd’hui, c’est un ami, un exemple, un père, un membre de notre grande famille. Adieu Monsieur Misk. Que votre âme repose en paix. Vous resterez toujours présent dans notre esprit.

SAËR KARAM

En guise d’adieu à un confrère ami

En apprenant la mauvaise nouvelle avec beaucoup d’affliction, cette pensée de L. Wright m’est venue à l’esprit: “Ainsi que le vieux bois convient mieux pour brûler; de vieux livres pour lire et de vieux vins pour boire; de même, il est préférable d’avoir de vieux amis”.

D’ailleurs, l’adage ne dit-il pas: “Conserve tes anciennes connaissances; les nouvelles ne durent pas?”
Le très regretté Michel était plus qu’un ami aimant et sincère. Et combien les vrais amis sont-ils devenus rares par les temps qui courent, à qui on peut se fier et sur qui on peut compter.

Heureux, tu compteras des amitiés sans nombre Mais, adieu les amis, si le temps devient sombre”

Ponsard

Quand nous avons fait connaissance, il y a plus de quarante ans dans les anciens locaux de “La Revue du Liban”, sis à la rue Allenby, il y a eu entre nous une période de flottement où la méfiance a marqué nos rapports. J’ai mis du temps pour gagner la confiance de ce confrère à l’abord réservé, voire froid et distant, qui ne nouait pas ses amitiés à la légère.
Mais il lui a suffi d’apprendre que j’étais, comme lui, un ancien élève des Frères maristes, pour que la glace se brise entre nous. D’autant que l’un de nos aînés; le regretté Nouhad Bouez, père de l’actuel député de Jbeil-Kesrouan, a contribué à nous rapprocher à la faveur d’une réunion des “anciens”.
Il y a eu, aussi, le président Fouad Chéhab, également ancien des Frères, qui ne manquait aucune occasion pour nous rappeler nos “obligations” à l’égard de notre Alma Mater. Si bien qu’à la suite d’un article que nous avions publié, évoquant les services rendus à la jeunesse libanaise par l’un de nos maîtres français avancé en âge, le général-président lui a décerné une distinction honorifique, peu de temps avant la mort du récipiendaire.
Fervent croyant, Michel s’en remettait toujours à la volonté divine et acceptait les épreuves sans rechigner. Je ne l’ai entendu se plaindre qu’une fois, au cours de sa dernière maladie. “Si tu savais le nombre des médicaments qu’on m’a prescrits, tu aurais pitié de ton ami Michel”.
Un tel homme était incapable de garder rancune ou de haïr. Je peux assurer qu’au cours des longues années passées ensemble sous le toit d’une même publication, aucun nuage n’a assombri notre relation. Il y a à cela une raison bien simple: notre compagnonnage était empreint d’une confraternité sans faille, doublée du souci de coopérer dans l’intérêt d’un périodique auquel nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, sans jamais nous attribuer, l’un ou l’autre, le mérite d’un travail bien fait.
Paix à son âme.

EDOUARD BASSIL

La distinction faite homme

Avec la disparition de mon grand ami Michel Misk, le Liban perd un représentant authentique d’une génération d’intellectuels idéalistes qui se font rares de notre temps, où le culte du moi s’érige en système favorisant le paraître aux dépens de l’être.

Timide de nature, discret et modeste, Michel Misk évitait sciemment les feux de la rampe.
Aurait-il jamais, lui directeur général d’une revue prestigieuse, accepté de paraître à la télévision ou de figurer dans une page de mondanités!
Aurait-il jamais sollicité une manifestation pompeuse en sa faveur?
Il donnait toujours l’impression d’avoir choisi comme devise: “Pour vivre heureux, vivons cachés”, telle la violette dont le parfum révèle la présence.
Cependant, il ne se cachait point quand il pouvait servir ses amis. Il était si pur, si modeste, si spontané que Georges Schéhadé aurait pu dire de lui comme du héros de “Soirée des Proverbes”, “qu’il garde dans son œil l’émail blanc de l’enfance”.
Très éprouvé, le PEN Club du Liban regrette, vivement, la perte de l’un de ses vétérans les plus émérites.

JAMIL JABRE

Le seul repos d’un forcené du travail

Tout au long des quarante-trois années d’étroite collaboration avec Michel Misk, j’ai été frappé par deux traits prédominants de sa personnalité attachante: son obstination au travail et son total dévouement aux autres, à travers une serviabilité jamais démentie. Homme de grand cœur, il avait la solide réputation de ne jamais dire “non” à quiconque le sollicitait.

Travailleur inlassable aux grandes ressources physiques, il abattait quotidiennement ses douze heures d’affilée à l’ouvrage (en déjeunant au bureau), sans se départir de son amabilité et de cette courtoisie qui caractérise les belles âmes. Il était de la trempe de ces êtres que l’on qualifie de “parfaits honnêtes hommes” et dont l’espèce se raréfie de nos jours.
Dans notre difficile profession, il a formé une pléiade de journalistes qu’il a toujours encouragés, protégés et soutenus. Il usait de son autorité avec tact. Quand, d’aventure, le climat de la salle de rédaction le rendait nerveux et qu’il rabrouait quelqu’un, il s’arrangeait, quelques instants plus tard, pour lui taper sur l’épaule ou marmonner une sorte d’excuse.
Pour moi, que les frères Maklouf surnommaient “le reporter volant”, une de mes satisfactions a été de bénéficier de la présence permanente de Michel Misk au bureau. De n’importe quel point du globe et presque à toute heure du jour, quand j’appelais Beyrouth, la voix familière et chaleureuse de Michel était au bout du fil, toujours fidèle au rendez-vous pour réceptionner mon message, s’enquérir de ma mission outre-mer et me dispenser ses conseils. Mon plus grand privilège aura été d’avoir bénéficié de son entière sollicitude et de son amitié profonde. Il a été pour moi un guide, un aîné attentionné et un exemple de probité professionnelle.
Quand, au sortir de l’hôpital après une intervention chirurgicale, nous lui demandions de se reposer au lieu de reprendre immédiatement le travail, il répondait: “C’est impossible, la “Revue” a besoin de moi”. Elle était toute sa vie, sa raison de vivre, en quelque sorte. Il l’a servie jusqu’à la limite de ses forces. Tels les grands réalisateurs, il s’est entièrement consacré à sa tâche, ignorant jusqu’au bien-être de sa personne. Tous ceux qui l’ont côtoyé garderont de lui le souvenir d’un homme affable, foncièrement modeste dont la simplicité le faisait trop souvent s’effacer et que les honneurs effrayaient.
Michel Misk est de ces êtres que l’on ne pleure pas. Il est de ceux qui demeurent vivants dans la grande Absence, de ceux dont on se souvient et dont la vie exemplaire perpétue à jamais la mémoire.

JEAN DIAB

Une présence généreuse

Avec Michel Misk, c’est tout un pan de notre vie et de celle du Liban qui s’en va. Haute taille, regard bienveillant, éternellement rivé à son fauteuil, dans son bureau transformé en salle de rédaction, petit salon, voire un confessionnal, il s’était taillé un monde dans son propre monde pour y distribuer un peu de bonheur.

Il était si facile de l’avoir au bout du fil parce qu’il était là, présent du matin au soir, même aux heures les plus sombres de la guerre; d’une conscience professionnelle, d’une endurance au travail inouïes, toujours prêt à écouter, réconforter, se rendre utile.
Le téléphone était devenu son arme à poing. Il s’en servait pour diriger sa troupe avec une autorité indiscutable, s’octroyant le droit de gronder, de rudoyer et aussi de sortir de ses gonds. Mais cela ne durait pas longtemps. Il vous tapotait l’épaule, vous donnait une accolade, vous embrassait affectueusement et vous offrait des friandises qu’il dégageait de ses montagnes de feuilles volantes, d’enveloppes et de dossiers où il était le seul à pouvoir se retrouver.
Quand il appelait à la maison, ma fille Anne-Marie, toute petite encore, qui s’émerveillait par la sonnerie du téléphone, accourait pour soulever l’appareil et m’annonçait aussitôt: “C’est Monsieur Miskui”. C’est le surnom qu’elle avait donné instinctivement à M. Misk et qui ne le flattait guère. Et pourtant, Miskui, cela lui allait comme un gant. Bon comme un biscuit et bien plus!
Que dire de M. Misk? Un monument? Une époque? L’un des derniers représentants d’une race de “gentlemen” en voie d’extinction? A part que c’est le maître et l’ami avec qui j’ai collaboré durant une longue tranche de ma vie.

EVELYNE MASSOUD

Il fait un temps d’absence...

Aujourd’hui Michel, malgré tout le mal que je ressens, je suis entrée dans votre bureau, si triste sans vous, si froid.

Dehors, il pleut. Une petite pluie têtue, la même que celle du jour où tu es parti.
La fenêtre laisse passer un courant d’air qui transperce les os jusqu’à la moelle, comme quand on a très mal et qu’on n’arrive pas à le dire avec les mots.
Une seule chose est restée coincée entre votre fauteuil et le coussin. Un bic rouge, ce bic qui me faisait si peur quand, jeune journaliste recommandée par Dikran Tosbath, je faisais mes débuts à la rue Allenby.
Souvent, très souvent vous m’appeliez: “En journalisme, il faut faire simple. Il faut que tout le monde comprenne, alors pas de fioritures inutiles. Recommencez cet article!”
Et moi de reprendre ma plume jusqu’à ce que vous apposiez votre signature et ce fameux “bon à tirer” qui faisait battre mon cœur à la chamade.
C’est alors seulement que je pouvais partir vers une autre feuille blanche et aborder un autre sujet, en n’oubliant pas “d’écrire simple; avec des mots de tous les jours”.
Il y a le silence dans ce bureau déserté, jadis si grouillant de vie. Plus de va-et-vient. Le téléphone s’est tu. On ne demandera plus M. Michel Misk, l’homme qui savait si bien écouter, savait si bien effacer les bleus à l’âme, essuyer les larmes et pleurer parfois avec nous.
Je n’arrive pas à y croire... Pourtant, c’était hier encore votre regard bienveillant, hier encore cette immense complicité.
Hier encore, la guerre et ces heures d’angoisse partagées avec une seule question dans nos cœurs: “La Revue pourra-t-elle paraître à temps...?”
Un après-midi, j’avais rejoint le bureau pour remettre un article. Tu étais toujours là Michel, comme le gardien du phare, fidèle à ta seule passion, le journal.
Durant ces années-là, notre misère s’écrivait en noir et blanc, les deuils, les voitures piégées, la perte d’amis chers.
Mais tu savais, aussi, conjurer ces heures, ces minutes qui apportaient leur lot de tristesse.
Une seule chose comptait. On passerait toutes les nuits s’il le fallait pour la Revue, notre revue.
Aujourd’hui, dans ce bureau déserté, il me semble entendre ta voix.
Je regarde ton fauteuil et je te vois avec dans tes yeux cette petite lueur de malice quand, pour m’encourager, tu ouvrais cette boîte à biscuits pour m’en offrir quelques-uns...
La vie a passé...
Je crois qu’en trente ans de présence à “La Revue du Liban” et à tes côtés, j’aurais en un sens, passé plus de temps qu’en famille, car les miens, tu en faisais partie.

SONIA NIGOLIA

Nous ne vous oublierons jamais

Effondrée par la grande tristesse de votre disparition, les mots me manquent pour exprimer toute ma peine, ma douleur et ma gratitude envers vous.

Dans ma vie professionnelle, vous avez été le guide éclairé, l’orientateur, le père spirituel; alors que j’étais en première année de Sciences politiques à l’U.S.J., vos articles dans “La Revue du Liban” m’ont fascinée et poussée à aller sonner à votre porte dans les locaux de la Revue à la rue Allenby. Vous m’avez engagée pour la rubrique de la page universitaire et depuis, “La Revue du Liban” est devenue ma seconde famille et vous le père que j’avais hélas! prématurément perdu.
Journaliste invétéré, illustre maître de la parole et de la plume, prince dans tous les sens du terme, vous m’avez appris l’amour inconditionnel du journalisme dans un don total de soi, le surpassement au travail avec abnégation, perfectionnisme, scrupule et rigueur.
En vous perdant, la presse francophone au Liban, plus spécifiquement “La Revue du Liban” dont vous avez tenu si brillamment les rênes depuis plus d’un demi-siècle perd un de ses piliers les plus honorables, les plus humains, dont la magie et le charisme continueront à opérer longtemps. Car sachez-le, cher M. Misk, votre esprit restera à jamais ancré dans l’institution où vous ne comptez que des disciples prêts à porter le flambeau que vous avez si bien allumé et entretenu toutes ces longues années.
Très cher M. Misk, le vide que vous laissez parmi toute l’équipe est immense; votre souvenir sera toujours vivant dans nos cœurs, nous vous pleurons avec amertume et ne vous oublierons jamais! Paix à votre sainte âme.

MARIE BTEICHE

Très cher Michel

Tu n’es plus. Les mots me manquent pour dire la douleur qui m’habite. Tu as si longtemps fait partie de ma vie sur le double plan familial et professionnel. Enfant, je t’ai connu comme ami de la famille. Adulte, je t’ai connu à titre de directeur général de “La Revue du Liban”, à travers une collaboration qui dure depuis trente ans.

Doué, tout d’abord, d’un “Cœur”; puis, d’une intelligence, d’une force de caractère et, surtout, d’une intégrité morale à toute épreuve, tu forçais l’admiration non seulement de tes collaborateurs mais, aussi, de tous ceux qui t’ont connu.
Homme de devoir, patriote exemplaire, croyant dans la pérennité du Liban, tu étais toujours à ton poste, même quand la guerre et les combats faisaient rage.
Avec sérénité, tu nous insufflais le courage, nous engageais à assumer nos responsabilités et à poursuivre notre action.
Grâce à toi et à ton savoir-faire, “La Revue du Liban”, premier hebdomadaire francophone national, a pu surmonter les événements et tous les aléas qui ont ébranlé la presse écrite, des années durant et a pu s’imposer avec le meilleur niveau sur le terrain.
Michel tu nous a quittés sans retour. Adieu mais ton souvenir ne s’effacera jamais de ma mémoire.

NICOLE MALHAMÉ HARFOUCHE


MM. Jean Diab, Edouard Bassil, Mme Suzanne Chédid,
M. Melhem Karam, le président Elias Sarkis, M. Michel Misk, Mme Evelyne Massoud et M. Dikran Tosbath.

Fière d’être votre disciple

Vous rendre hommage me semble être soudain si difficile. Moi qui ai la plume si légère pour mettre en valeur les hommes et leurs actes, voilà que mon encre tarit quand il s’agit de vous.

Est-ce parce que tout ce que je dirai ne ressemblera à rien de tout ce que je ressens pour vous? Est-ce parce que je dois m’adresser à l’un des plus grands journalistes francophones que ce pays ait connus, que je me sens devenir toute petite et incompétente? Ou est-ce parce que tout ce que je pourrai apporter comme témoignage, ne sera jamais suffisant pour vous dire merci?
Merci pour toutes ces générations de rédacteurs que vous avez su entourer de votre affection, de votre générosité et de votre savoir, pour mieux leur apprendre comment on acquiert la considération, l’estime et le respect.
Vous avez été ma plus belle carte de visite et me présenter en votre nom était pour moi le plus grand honneur. Et pour cette fierté d’être une de vos disciples, tous mes mots, aussi bien libellés soient-ils, ne suffiraient pas à vous en remercier et à vous assurer que votre souvenir restera indélébile et facile à entretenir.

GISÈLE EID


M. Michel Misk en compagnie du président Amine Gemayel

Rien que des amis!

Depuis mon entrée à “La Revue” et depuis plus de cinquante ans auparavant, vous étiez déjà là, assis derrière votre bureau encombré et sembliez ne devoir jamais le quitter. Je dirais l’abandonner.

Car ce bureau où vous habitiez pratiquement c’était un peu votre foyer; “La Revue”, votre compagne adorée et nous tous vos enfants... qui vous pleurons aujourd’hui.
“Monsieur Misk est mort”. Des propos qui semblent incohérents, incroyables, tant l’homme était vivant et dynamique, l’esprit percutant, l’humour formidable, la présence chaleureuse habitant encore les lieux, en dépit de son absence. Absent de la “Revue” depuis plus d’un an, nous continuions cependant à travailler avec vous, auprès de vous, par télépathie, fidèles à la voie que vous avez tracée et nous avions toujours l’impression que vous étiez là, juste derrière cette porte, désormais fermée, mais où l’homme, le père, le directeur, protecteur continuait à se profiler.
Distingué jusqu’au bout des doigts, charitable à l’extrême, généreux et aimable, vous ne vous étiez fait que des amis dans ce monde de la presse pourtant pas toujours clément.
Les trames de ce réseau s’étendaient à tous les cœurs, Libanais et étrangers vous aimaient tout autant, eux dont les décorations honorifiques qu’ils vous ont remises témoignent de leur estime.
Vous aviez réussi à faire entrer la “Revue” dans chaque maison et dans chaque cœur. Elle portait quelque part votre histoire, celle d’une famille beyrouthine de vieille souche, votre empreinte raffinée, votre pondération, votre respect et votre amour des principes, des grandes et vieilles familles qui ont fait le Liban. Vous incarniez la tradition dans ce qu’elle a de plus noble. Les biens de l’existence vous semblaient dérisoires. Fier et modeste, votre distinction et votre discrétion révélaient la noblesse de vos origines.
Ignorant la fatigue, toujours le premier arrivé et le dernier parti, vous étiez presque vexé d’être précédé. Car là encore, vous étiez le premier et réussissiez, étrangement, à être exigeant envers vous-même et conciliant avec les autres.
“La Revue du Liban” et Michel Misk se sont liés, intimement, l’un signifiant l’autre. Et maintenant, vous partez, vous l’abandonnez, comme une maîtresse trahie, rejetée.
Et bien que peinée et chagrine, comme toute amante sincère, elle ne vous oubliera pas. Elle vous aime. Pour toujours.

NICOLE EL-KAREH NAÏM


M. Michel Misk en compagnie du président Elias Hraoui

Adieu cher oncle

C’est avec une très profonde tristesse que je me tiens à tes côtés, ayant déjà vu partir tous ceux que j’ai aimés depuis mon âge le plus tendre.

Malgré tout, à chaque départ d’un membre de la famille, Michel le grand Archange nous couvrait de ses ailes. Mais avec tout le vide que tu suscites en nous, il n’y a plus que ta sagesse qui nous soutient et ton souvenir, ce souvenir d’un époux, père, grand-père, d’un oncle que nous avons chéri et que nous continuerons à chérir très longtemps.
Adieu cher oncle, notre doyen, ta place est irremplaçable, que le Très-Haut te reçoive dans sa sainte demeure avec le même amour intense que tu nous as toujours fait ressentir et l’infini bonté que toi seul savais si bien sublimer.
Paix à ton âme.

MICHÈLE DOUMIT


M. Michel Misk en compagnie du président Jacques Chirac

Tel un bénédictin dans sa cellule

Il est étrange que ce soit au moment de leur départ que certains êtres se révèlent à nous dans toute leur vérité.

Michel Misk, tel un bénédictin dans sa cellule, disposait d’une grande lumière intérieure qu’il projetait sur sa Revue pour lui donner plus de relief et la rendre plus éclatante. Son sourire sourcier auquel nous fûmes habitués, sa finesse d’esprit, son incomparable culture et sa fidélité dans les amitiés, resteront une référence pour les jeunes générations en quête de repères.
Michel, tu n’es pas parti dans un autre monde, tu es toujours dans ce monde qui est devenu autre. Tu continueras donc à rendre service et à aimer de l’amour qui donne une âme.

PÈRE MANSOUR LABAKY


M. Michel Misk en compagnie du président Carlos Menem

Pour un grand-père extraordinaire

Cher Papisso, je ne sais quoi dire, tu étais mon plus grand trésor. Quand tu es tombé malade, j’étais complètement perdue, je n’avais plus de repères.

Tu me manques terriblement.
Tu ne m’as jamais laissée tomber; c’est toi qui m’as éduquée, qui m’as toujours encouragée, qui as fait de moi ce que je suis maintenant. Je t’admire pour tout ce que tu étais. Ta sagesse, ton humour, ta finesse, ton intelligence, ton élégance et, surtout, pour ta patience. Malgré les longues heures passées à la Revue, tu avais encore la force de t’occuper, méticuleusement, de la maison, de nous supporter mon frère et moi malgré nos impertinences. Merci pour tout ce que tu as fait pour nous. Je te dois tout. Je t’aimerai toujours.

Ta petite-fille qui t’adore

CALINE MORCOS
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 3882 - Du 1er Au 8 Février 2003
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