| Si j’avais été
consultée, à ma naissance, sur ce que je voulais devenir
(sachant déjà ce que je sais aujourd’hui), j’aurais
choisi d’être une championne de tennis, genre Serena Williams
(bien que je déteste le personnage) qui tape dur, vise juste et
pulvérise l’adversaire. Non que je sois candidate à
la succession de Jack l’Eventreur, mais simplement pour évacuer
la colère qu’accumule en chacun d’entre nous le comportement
irresponsable de nos responsables.
Evidemment, personne n’a jamais pris la peine de me consulter, surtout
depuis que j’ai été en âge de voter. Les noms
que l’on glissait dans les urnes étaient rarement ceux qui
en sortaient. Et j’avais le sentiment d’être flouée.
La politique en elle-même ne m’intéressait pas. Mais
je rageais à l’idée que l’on puisse disposer
de l’un de mes biens, non seulement malgré moi, mais en m’éjectant
hors de mes droits d’un coup de pied au c... J’ai peut-être
des goûts bizarres, mais les coups de pieds, je n’aime pas
ça; ni à cet endroit, ni ailleurs.
Pour être honnête (un mot tombé chez nous en désuétude),
nous devons avouer que nous n’avons jamais vécu dans une
république à la Platon, ni selon les principes d’égalité
et de liberté que Mirabeau lançait comme un défi
à la face du roi de France (Louis XVI). “Nous sommes ici
par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la
force des baïonnettes”, avait-il répliqué au
marquis de Dreux-Brézé, envoyé par le roi pour intimer
aux députés des Tiers-Etats l’ordre de se disperser.
Inutile de préciser que nos gouvernants ne sont pas ici par la
volonté du peuple (qui n’y peut rien) et que les baïonnettes,
ce sont eux qui les tiennent et Dieu sait s’ils en font un usage
abusif!
Bref, nous n’avons jamais vécu en véritable démocratie,
ni selon les principes des droits de l’homme. Surtout depuis l’infamant
accord du Caire et le non moins nauséeux marché de dupes
de Taëf. Mais jamais, comme aujourd’hui, le déni de
justice n’a été érigé en système
de gouvernement. Jamais les institutions n’ont servi aussi systématiquement
de marchepieds. Jamais les lois n’ont été bafouées
à ce point. Jamais la gabégie, la concussion, la malversation,
la corruption, le népotisme, le pillage, la fraude, la tricherie,
l’exaction n’ont atteint ces sommets vertigineux. L’effronterie
va jusqu’à pratiquer un genre de droit de cuissage (au sens
figuré, bien entendu) sur une population dont la majorité
s’abstient de leur faire acte d’allégeance.
Quels que soient les maux dont vous souffrez, les droits que l’on
vous à déniés, les biens dont on vous a dépouillés,
les dommages physiques et moraux que vous auriez subis, ne recourez pas
à l’arbitrage de la loi, si vous n’avez pas en haut
lieu un parrain qui étende sur vous sa mafieuse protection. Ne
vous avisez pas de brandir le code pénal ou civil d’une main
et la Constitution de l’autre. Les lois, qu’elles soient civiles
ou pénales, et la Constitution n’en mènent pas large
par les temps qui courent. Vous risquez de trébucher dessus et
de vous rompre le cou.
Crise économique? Ils s’en fichent. Ne vivent-ils pas, chacun
dans sa basse-cour, comme des coqs en pâte? Qui parle de restrictions?
Ne voit-on pas ces messieurs sillonner le monde en voyages somptuaires,
exproprier, pour complaire à leurs électeurs, des terrains
dont le centimètre carré se vend au carat, brader les biens
publics au moins offrant, entreprendre de construire (entre autres) un
palais des congrès dont nous n’avons nul besoin, gagner une
large superficie sur la mer pour boucher l’horizon avec des immeubles
hideux dont rougirait un HLM, rien que pour vendre chacune de leurs cages-à-poules
plus cher qu’un puits de pétrole?
Sans compter les mafias des communications internationales, le Ku Klux
Klan des concasseurs, la camorra des adjudications, le cartel des carburants,
la razzia des “intouchables” sur le courant électrique,
les crédits à fonds perdus pompés par les sangsues
des conseils autonomes, le vivier où les piranhas du Pouvoir pêchent
leurs contingents de protégés qu’ils font émarger
au budget de l’Etat...
Ceux-là, on n’en parle pas. Ils font partie de l’ordre
établi. Ce serait plutôt les retraites des veuves, le salaire
- impayé - d’un journalier, les indemnités de fin
de service des enseignants du privé, l’assurance hospitalisation
des démunis et des chômeurs, la prise partiellement en charge
des handicapés de la guerre, les 250 livres qu’on arrache
à un vendeur de billets de loterie sur les 500 qu’il gagne
qui mettent en danger l’équilibre budgétaire et menacent
de faire sombrer Paris II, et... mais oui, n’est-ce pas à
cause de ces ogres-là que nous avons accumulé 34 milliards
de dollars de dettes?
“Paroles, paroles, paroles” que tout cela. J’ai perdu
là, comme disait récemment Jacques Chirac, une bonne occasion
de me taire. D’autant plus, que j’ai raté de surcroît
la chance d’être une Serena Williams à la raquette
dévastatrice.
La seule chose qui me console, c’est que, contribuable sous le règne
de Sanioura, j’aurais expié sur terre tous mes péchés
et pourrait, en fin de course, revendtiquer la couronne des martyrs.
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